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Vous croyiez en avoir fini avec Lavanville ? Erreur, mes amis, car Lavanville n’en a pas fini avec vous. Avant-hier soir, l’ami Yace nous laissait, après un exposé de la légende de Lavanville et une brillante analyse des effets de la mélodie maudite, sur la conclusion sans appel d’un fake, un joli Creepypasta bien agencé. Pourtant… Aujourd’hui, faisons preuve de « suspension d’incrédulité » comme ils disent, et accordons à Lavanville une fois encore le bénéfice du doute pour affronter le thème musical en diagonale, de façon organique, danser dans les marges de la perception, et peut-être trouver plus de substance qu’il n’y paraît à cette légende décidément tenace. 

Pour te mettre dans l’ambiance, cher lecteur, LSR te conseille ce morceau pour accompagner ta lecture

The Dream Machine

Dans les années 60, l’écrivain Brion Gysin, grand ami de William S. Burroughs, tous deux versés dans l’exploration des sens par tous les moyens possibles – comprenez deux écrivains de génie avec un goût prononcé pour les substances psychotropes bien corsées – crée ce qu’il appelle la Dream Machine, donc, un cylindre agrémenté de fentes régulièrement espacées, tournant à une vitesse très spécifique et muni d’une ampoule positionnée à l’intérieur du dit-cylindre. Le mode d’emploi ? Facile, il suffit de se placer devant, les yeux fermés à hauteur des fentes, pour que la lumière traversant ces dernières vienne caresser vos paupières à intervalles réguliers, à la façon d’un stroboscope en plus doux, et provoque des hallucinations parfois conséquentes, des modifications de l’état de conscience, de la perception du temps, entre autres vertiges et visions kaléidoscopiques.

gysinburroughs

Légende de vieux babos ayant bouffé un champignon de trop ? Et bien pas vraiment, en fait. Tout est dans l’espacement des fentes, la fréquence des flashs, qui est comprise entre 7 et 15 flashs par seconde, soit 7 et 15 Hrz, ce qui correspond aux ondes Alpha, ces fameuses fréquences fantasmatiques qui sont sensées correspondre à la vitesse de croisière du cerveau lorsque celui-ci rêve bien profondément, et auxquelles on prête des solides vertus psychédéliques, y compris dans les sphères scientifiques, et pas seulement chez les babacools en descente de trip! Les ondes Alpha, c’est du sérieux!

Les lecteurs avec du poil au menton – grisonnant – se souviendront peut-être de ce fait divers ayant été relayé par le SacroSaint Journal de 13h, une route en ligne droite théâtre d’un nombre d’accidents défiant les lois de la probabilité, toujours dans les mêmes tranches horaires. Après s’être longuement gratté la soupière, nos scientifiques ont compris : la route était bordée d’arbres espacés régulièrement, et en fin d’après midi, la lumière du soleil venait lécher la rétine des conducteurs, occultée par intermittence par ces arbres projetant leur ombre sur la route. Et lorsque la voiture était lancée à vitesse de croisière, ces clignotements causés par les arbres correspondaient à, vous l’aurez deviné, la fameuse Fréquence Alpha. Quelques arbres coupés et hop, plus de voiture dans le fossé!

Incroyable ? Improbable ? Débile ? Même les plus sceptiques ont forcément déjà ressenti cette sensation de vertige, de désorientation quand exposés aux flashs d’un stroboscope en concert, boite, rave party ou autre, et ce quel que soit le degré de sobriété du sujet. C’est un fait, les flashs lumineux entraînent des réactions physiologiques – et si le doute te titille encore, cher lecteur, va donc causer avec un épileptique de clignotements lumineux -, et la fréquence de ces dits-flashs module leur effet.

Et là, vous vous demandez sûrement pourquoi je vous bassine avec ça, alors qu’on est sensé causer de Lavender Town, bordel! J’y viens, mes amis, j’y viens… Tout fera sens au final, promis!

Salut les mioches ! Quand on vous cause des Pokémon, à quoi pensez-vous ? Au couple Sacha/Pikachu ? Aux évolutions de ces charmantes bestioles ? Aux heures que vous avez passées à faire grandir puis se battre ces bébêtes ? Pokémon c’est un peu tout ça ; c’est aussi et surtout une licence qui permit à Nintendo de conserver quelque audience en cette époque où l’entreprise accusait les coups que Sony lui portait.

Oui, imaginez si les Pokémon avaient été dès l’origine les valets de la Playstation, cette pauvre Nintendo aurait sans doute définitivement chaviré devant l’ogre Sony. Alors rendons à GameFreak l’honneur d’avoir su maintenir à flot le géant d’hier, et par là où on l’attendait le moins, c’est à dire sur Game Boy, la portable monochrome ! Bon et bien sûr, les monstres de poche n’ont pas tardé à coloniser d’autres supports et aujourd’hui sont de véritables institutions du jeu vidéo. Déjà très portée sur le jeu compétitif, les Pokémon ont acquis une durée de vie tout simplement exponentielle et figurent parfaitement les échanges entre joueurs, pardon entre dresseurs, car les monstres de poche, vaillants gladiateurs en pixels, ne sont finalement que des esclaves…

Si l’on y pense, la licence Pokémon est surtout une épouvantable pantomime : un jeune garçon qui part vers l’inconnu avec son compagnon pour lutter contre d’autres protagonistes, sans aucne garantie d’avenir… Pas sûr que je laisserai mon gosse faire ça. Mais au -delà, les Pokémon c’est un peu « du pain et des jeux » : faire s’affronter des créatures sur fond de vertus de fair-play et autres nobles intentions de devenir le meilleur dresseur… Sans être un Michel Onfray à la manque, je trouve que ça fait un peu « combats de coq » !

Mais tout ceci n’est que fictif, et les Pokémon sont une success story indéniable.

Mais alors pourquoi en causer dans une semaine spéciale sur es aspects sordides et autres creepypasta liés aux jeux vidéo ? Outre le côté éminemment belliqueux de l’entreprise Pokémon -illustré par l’arrogance de bien des dresseurs- la légende autour des Pokémon ne souffre pas que ces adversaires mystérieux ou ces nouveaux participants capables de se faire Mewtwo en claquant des doigts ; elle transite aussi par Lavanville, charmante bourgade tirée du premier Pokémon. Cette version, initiatrice d’une licence pesant plusieurs milliards aujourd’hui, se double donc d’un véritable mythe sinistre : le thème de Lavanville et ses effets dévastateurs.

(à mettre en stepbox : Pour vous ambiancer, accompagnez la lecture avec ce fond sonore)

C'est beau, une Lavanville, la nuit...

C’est beau, une Lavanville, la nuit…

L’air de Lavanville

Ville construite autour d’un cimetière de Pokémon (vaillants héros morts au combat pour leurs dresseurs, charmant tableau), Lavanville dénote clairement. J’en profite pour constater que « dresseur » sonne sans doute mieux que « laniste », et pourtant….

C’est dans cette plaisante localité que les joueurs devront franchir une tour infestée d’esprits et affronter la Team Rocket, qui apparaît ici beaucoup plus hargneuse que dans la série… Car dans l’anime, les antagonistes principaux sont largement « dédramatisés » par leur côté bêtement vantard qui les ravale au rang d’ennemis « bêtes et méchants » un peu comme les Dalton de Lucky Luke.

Dans Lavanville, l’air est infiniment plus pesant que dans le reste du jeu, avec ces références explicites à la mort et au deuil, ainsi qu’à la tristesse qui en découle. Choix surprenant pour un jeu essentiellement destiné à de jeunes joueurs. Il est vrai que l’appréhension du jeu vidéo au Japon se fait sur un modèle plus « adulte », largement édulcoré ailleurs ; prenons-en pour preuve les régulières censures qui ont modifié les versions occidentales de Castlevania par exemple.

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Labyrinthe de tombes, so cute!

L’endroit est baigné d’un environnement sonore lugubre en accord avec sa thématique. Et c’est par l’oreille qu’arrive la tragédie : ce thème musical serait la cause de malaises et aurait poussé plus de deux cents enfants…à mettre fin à leurs jours. Quand on parlait de sinistre…

Le « Thème de Lavanville » serait une illustration des effets insidieux que pourraient produire certains agencements de notes et ainsi prendre le contrôle de notre perception, au prix de profondes sensations de désorientation amenant à l’abolition du raisonnement et de la proportionnalité des réponses psychiques, poussant donc jusqu’à commettre l’irréversible. Les répétitions d’un bref cycle de noires et de blanches accentuent la pesanteur du thème et offrent un assemblage sonore éminemment crispant qui jure avec les autres compositions beaucoup plus joyeuses. Un parti pris certes guère injustifié (à Lavanville se joue votre destin tout de même), mais cette spécialité de l’endroit serait si abrupte si brutalement assénée qu’elle en produit un effet trouble : celui de totalement investir l’esprit qui ne s’attendait pas à tant, imprégné qu’il était de l’ambiance jusque là très légère du jeu même dans les phases d’affrontement.