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Damien Mecheri et Sylvain Romieu, déjà auteurs d’un premier livre sur la série des Souls publié en 2015 par Third Editions, prolongent le plaisir et la réflexion sur les deux derniers titres de la dynastie, à savoir Bloodborne et Dark Souls III. Avec toujours plus de passion, toujours plus de recherche et d’esprit d’analyse très souvent bluffant, le second volume de l’ouvrage Dark Souls : Par-delà la mort est disponible depuis le 31 août 2017 – toujours chez Third. Quitte à en faire parfois un peu trop, il constitue malgré tout un livre-somme à poser dans la bibliothèque de tous les fans de ces jeux à nuls autres pareils.

Une analyse structurée, profonde et pertinente

Pour ce second volume, les auteurs ont décidé d’organiser leur ouvrage en trois grandes parties : la première consacrée à Bloodborne, la seconde à Dark Souls III et la dernière à un décryptage plus transversal. Le traitement de chaque jeu reste cependant quasiment le même que dans le précédent livre : création, univers, thématiques, musique. Seule différence notable, Dark Souls : Par-delà la mort – Volume 2 ne s’attarde pas sur les systèmes de jeu, préférant traiter ces titres presque intégralement en tant qu’œuvres ayant des messages à transmettre et à décrypter, des mythologies incroyablement riches et originales, mais qui ne sont pas pour autant dépourvues d’inspirations, loin s’en faut.

Parmi les plus notables et les plus évidentes, il y a évidemment la religion chrétienne, la dark fantasy, mais aussi et surtout H.P. Lovecraft – en ce qui concerne Bloodborne. L’ouvrage fait d’ailleurs une parenthèse très intéressante sur l’auteur et l’homme, avec une biographie concise et claire et une explication convaincante de son influence majeure sur l’œuvre de From Software. Titre aux contours victoriens et horrifiques assumés, Bloodborne bénéficie, dans le livre, d’un travail remarquable d’interprétation, d’analyse et d’une belle réflexion sur les rapports entre humains et divinités, entre la vie et… la mort, ou plus précisément, la natalité et le deuil. Un travail de fond peut-être légèrement moins fourni – et plus sujet par nature à interprétation – sur Dark Souls III, mais le traitement des personnages et de l’univers y est tout simplement remarquable de précision et d’équilibre.

Les deux jeux ont, entre autres choses, pour points communs une conception non linéaire de leur échelle spatio-temporelle, voire carrément une dualité de dimensions prononcée, et Dark Souls : Par-delà la mort – Volume 2 n’hésite pas à le rappeler et à construire sa réflexion à partir de ce postulat. De la même manière, sont souvent évoquées la tendance des Souls à pousser à l’imagination et à la conjecture, ainsi que les motivations complexes et quasiment jamais manichéennes de tel ou tel personnage, de telle ou telle organisation. Le livre n’oublie pas non plus de se recentrer fréquemment sur l’essentiel et insiste sur le rôle majeur joué par certains protagonistes, comme La Présence Lunaire dans Bloodborne ou Le Pontife Sulyvahn dans Dark Souls III.

Le sujet Bloodborne semble passionner particulièrement les auteurs qui nous en livrent un décryptage et une revue globale et particulière extrêmement pertinents. Ils offrent ainsi au lecteur les clefs d’une aventure aussi obscure et passionnante que le sont ses décors et son ambiance. À ce propos, vu le manque d’illustrations dont souffre le livre (par manque de droits, très probablement), il est conseillé de consulter en parallèle le sublime artbook de Bloodborne. Ce sera ainsi l’occasion de (re)mettre un visage sur les noms de certains personnages, que ce soient ceux du jeu original (sorti il y a déjà trois ans), ou ceux du DLC The Old Hunters, dont l’intrigue se révèle pourtant capitale pour comprendre complètement l’univers du titre.

La tentation d’en faire trop ?

En attaquant Dark Souls : Par-delà la mort – Volume 2, il faut cependant savoir à quoi s’attendre : un livre riche, dense, épais, qui a énormément de choses à dire. On regrette surtout principalement sa propension, certes éminemment louable d’un point de vue journalistique, à toujours justifier, référencer et éclairer ses arguments. Cela se traduit par la présence quasi systématique de notes de bas de page (plus de 450 au total pour un livre qui fait moins de 400 pages) ; ici pour préciser quelle description d’objet a permis d’interpréter comme suit, là pour faire un parallèle avec tel ou tel autre domaine culturel. Ce qui rend l’expérience certes enrichissante, mais parfois trop dense. L’équilibre n’est peut-être pas atteint puisque cela affecte un peu la fluidité et le rythme de lecture.

Tout le paradoxe est là, puisque Dark Souls: Par-delà la mort – Volume 2 témoigne surtout d’une progression réelle de l’ouvrage et de ses auteurs par rapport au précédent tome. Aussi bien sur le plan de l’analyse, que de la synthèse des recherches effectuées sur les différents Wikis ou forums, que d’un point de vue purement stylistique et journalistique. Cet opus se distingue ainsi de son prédécesseur dans la qualité de son propos de fond, encore plus poussé et pertinent, d’une volonté d’être plus exhaustif et de justifier ses sources, d’apporter plus de détails sur les descriptions d’objets et les références à d’autres domaines. Un tel livre aurait d’ailleurs mérité un index, puisqu’il est de ceux qui risquent de faire référence en la matière et il ne serait pas étonnant de revenir le consulter, simplement à la recherche d’une information sur un personnage, ou un lieu.

Chaque jeu est introduit par les contextes et coulisses de développement, en s’appuyant notamment sur des interviewes du créateur, Hidetaka Miyazaki. Des précisions à la fois nécessaires et plaisantes, qui dénotent de réelles connaissances et d’une documentation sérieuse sur le sujet. De même, les rappels du premier Dark Souls, essentiels à la compréhension du troisième épisode (qui se veut plus une suite directe que le II) sont faits de manière claire et concise. Tout comme le sont les chapitres dédiés aux musiques des deux titres, encore une fois remarquables dans le décorticage des morceaux, des instruments et des tonalités utilisés.

À la fois techniques et plaisants à lire, ces passages font partie des points forts du livre. Tout comme l’est, pour terminer, la grande attention apportée aux différences qui peuvent exister entre les versions française et anglaise du jeu. Les dialogues et les descriptions des objets étant quasiment les seules portes d’entrée vers le lore des jeux estampillés Souls, chaque mot a son importance et les auteurs sont là pour apporter les éclairages nécessaires pour comprendre telle ou telle subtilité. Un souci du détail qui s’avère ici déterminant pour donner au propos justesse, épaisseur et cohésion.

À retenir

Dark Souls: Par-delà la mort – Volume 2 est un livre qui fait encore mieux que son prédécesseur, pourtant déjà excellent. Aussi bien sur le fond que sur la forme, l’ouvrage donne la preuve d’une progression certaine dans le style et la manière de travailler des deux auteurs. Il se pose ainsi comme une référence sur Bloodborne et Dark Souls III, à la fois pour la qualité de ses analyses et l’exhaustivité des thématiques et des informations qu’il fournit.

Encore un livre sur les jeux vidéo donc ? Oui mais RETRO cette fois-ci. Plus exactement, un livre coopératif en projet qui retrace 25 ans de jeux vidéos en France (De 1987 (l’arrivée de la Master System et de la NES en France) à 2011) !

« En effet, jusqu’à maintenant, la majorité des livres sortis ont traité l’histoire des jeux vidéo au travers des jeux vidéo eux-mêmes. Soit de façon générale, soit de façon pointue sur un titre ou un genre en particulier. »

Déclare le chef de cet audacieux projet, celui a eu l’idée de donnée une version de l’histoire du jeux-vidéo d’un point de vue original, celui de l’actualité française. Un chapitre sera par ailleurs consacré à l’avant guerre Sega/Nintendo avec les premières consoles distribuées en France à la fin des années 70. Voici l’annonce du livre d’après le créateur du projet Darkunfold :Sans titre 1

« Les Jeux vidéo en France : 25 ans de news rétro» vous fera donc revivre une multitude d’annonces, de news ou d’anecdotes autour des jeux vidéo. Des exemples ? L’émission Télévisator 2 avec Cyril Drevet, la création de la société Nintendo France, le train Sega, Mario au cinéma, Sega en Formule 1, le scandale de l’épilepsie, l’arrivée des multitaps sur la Super Nintendo, la manette Megadrive à 6 boutons… et tout cela rien qu’en 1993 ! Je vous laisse donc imaginer le nombre d’informations que proposera le livre sur ces 25 dernières années de jeux vidéo sur consoles (de salon et portables) ! »

A vous donc de soutenir le projet et de commandez votre exemplaire avec la possibilité de choisir votre couverture parmi 5 disponibles. Que demander de plus ? Pour plus d’info sur le livre ou pour en commandez un ici. GL HF.

Sckhrat

1824-commodore-64-a-visual-compendiumHello les amis, ici je pense qu’on est tous au moins un peu amateur des pixels et de leur pouvoir, de leur impact sur notre notre imaginaire ou en tout cas sur nos souvenirs. Attention, je parle des vrais pixels et vieux sprites d’antan, pas de la mode vulgaire du pixel art tape-à-l’oeil-moderne-ki-fait-trop-kool-t’asvu. La classe alliée à la simplicité, le tout modulé par les contraintes technologiques et industrielles d’époque, le reflet de tout un game design et de tout une génération en somme. Ça me fait frissonner rien que d’y penser. Eh bien l’Anglais Sam Dyer vient de lancer un projet Kickstarter de bouquin, une sorte de compendium rendant hommage à l’impact visuel de la Commodore 64. Ça vous fait envie ?

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Bloodevil

En ce moment, les retrogamers sont à la fête, pas seulement ici, chez nous :-), mais aussi en librairie ! Deux  livres sortent quasi simultanément, écrits par deux journalistes qui n’ont pas grand chose à voir entre eux, à part leurs passages respectifs sur la chaîne Nolife, et surtout leur passion pour le monde du jeu vidéo, une passion qu’ils savent communiquer avec brio !

Marcus, Philippe Kieffer : Nos Jeux Vidéo des années 70 à 90, édité chez Hors Collection, paru le 6 octobre 2010.

Marcus, dinosaure de la presse spécialisée, joueur invétéré pas forcément bon, comme il nous le prouve régulièrement sur la chaine Nolife dans son « Chez Marcus », a lâché un moment la manette pour prendre la plume. Avec Nos Jeux Vidéos des Années 70-90, ce dernier, de sa patte un peu « grande gueule » et son ton plein d’humour, consigne avec soin deux décennies de jeux vidéos. Si le style de l’ouvrage est typiquement « Marcusien », on notera le sérieux en terme de recherche, et la volonté d’exhaustivité, ne laissant rien de coté, approfondissant quand nécessaire, bref, une vraie démarche d’amoureux du jeux, qui nous rappelle que ce guignol sympathique est aussi un vrai bon journaliste. On attend les suivants avec impatience !

Erwan CARIO : Start ! La Grande Histoire des Jeux Vidéo, aux Éditions de La Martinière, paru le 29 septembre 2011.

De son coté, Erwan Cario, c’est un peu la licence culturelle du retrogaming. Journaliste chez Libération, gamer des premières heures du jeu vidéo (on ne dit pas « vieux », on dit « expérimenté »), c’est lui qui a réussi à mettre en place la page hebdomadaire sur l’univers du jeu vidéo depuis 2001 dans le journal sus-cité et un des premiers à ouvrir ce monde de passionnés un peu fermé vers l’extérieur. Élément central du site ecrans.fr, le pendant « culture populaire » de Libé sur le net, c’est avec Start ! La Grande Histoire des Jeux Vidéos qu’il partage sa passion avec nous, en mettant l’accent sur les grandes dates, les grands moments du jeu vidéo, mais toujours en restant du coté du joueur, la claque que ce dernier s’est pris en touchant Pong pour la première fois, en découvrant Pac Man, Space Invaders, en réfléchissant sur la violence du choc des sens quand on chevauche dans le soleil couchant dans Red Dead Redemption, et sur tout ce qui se passe entre. Pas spécifiquement rétro, il ratisse suffisamment large pour qu’on y trouve tous largement notre compte.

Les deux sont de très beaux livres, pleins d’images, de graphismes (une petite préférence ici pour celui de Cario qui, esthétiquement offre un voyage du Pixel’Art aux fresques d’un FF XIII, là où Marcus reste résolument plus Pop), les deux sont jouissifs et assez profonds pour que les exigeants y trouvent leur compte. Si vous avez des sous, que vous êtes trop jeune pour avoir vécu cette époque, ou que vous êtes un vieux con nostalgique, ou que comme moi vous désiriez simplement embrasser cette culture à pleine bouche et avec la langue, vous pouvez y aller, choisissez ou soyez riche et prenez les deux, ils ont chacun des choses à dire.

Pix’n Love, tout le monde commence à connaitre et surtout à aimer. Ces éditions publient un énorme pavé de plus de 400 pages consacré aux jeux de la Famicom et de son équivalent occidental, la NES, ou Nintendo dans nos vertes contrées. Cette entreprise est tellement énorme et bien renseigné que je ne peux que vous la conseiller ! Entre exhaustivité et analyse, Pix’n love, l’auteur nous présente les titres de la machine. En raison de l’ampleur du projet, chaque titre est décrit sous la forme d’une très petite vignette regroupant tout de même de nombreux détails pertinents : année de sortie, éditeur, genre, langue, capture d’écran, ainsi qu’une note sur 5 (tient donc, comme chez nous !) accompagnée d’un court texte souvent critique d’une soixantaine de mots. D’autres photos se trouvent aussi des niches à l’intérieur de l’ouvrage. Pix nous a alors constitué une énorme base de données à consulter de façon ponctuelle. Notons toutefois la présence, en préambule de l’encyclopédie, d’une très large introduction consacrée à la naissance de la console. Très plaisante à lire, elle constitue néanmoins une redite inutile aux possesseurs du volume 3 de L’Histoire de Nintendo sorti tout récemment, et écrite par Florent Gorges, notre Historien de l’intrépide. Comme toujours aux Editions Pix’n Love, la maquette est très soignée et s’enrobe de couleurs agréables à l’oei. L’ouvrage est, en outre, présenté à la manière d’une cartouche NES dans un fourreau noir et rouge du plus bel effet On croirait en avoir une entre les mains ! En ce sens, La Bible Famicom / NES constitue tout simplement un bel objet que l’on glissera avec plaisir dans sa bibliothèque de retrogamer. A noter que vous pouvez vous procurer le bouquin pour 30 euros sur editionspicnlove.com. Vous connaissez votre prochain achat !