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Semaine Star Wars…tellement de choses à faire. Face aux excellents tests de l’équipe, il était dur de choisir une saga avec suffisamment de choses à dire. Mais je me suis rappelé qu’au beau milieu des excellents X-Wing et jeux NES, un jeu qui ressemblait fortement à Doom et Duke Nukem 3D m’était parvenu sous forme de démo. Enfin, on pouvait débiter du StromTrooper en masse sur des musiques mythiques. Son nom? Star Wars : Dark Forces. C’est donc par là que nous allons commencer et voir la série Dark Forces qui prendra le chemin des Jedi pour enchanter un paquet de joueurs PC puis consoles.

attention l’article contient certains spoilers, même s’ils sont minimes.

SUR LES TRACES DE DOOM

DF1La saga des Dark Forces/Jedi Knight est très appréciée des joueurs pc et pourtant, l’idée à bien failli ne jamais exister. Nous sommes en 1993, et Lucas Arts a déjà fait son petit bout de chemin dans le domaine des jeux d’aventure (dont le cultissime Day OF The Tentacle). Le brainstorming va bon train sur leur prochaine réalisation, toujours sur ordinateur. Et entre deux séances de travail, tout le monde s’éclate à trucider du monstre en masse sur Doom. Les jours passant, les équipes se dirent que finalement faire un jeu basé sur le mythique jeu d’Id Software serait une très bonne idée, mais sans vraiment avoir d’univers à utiliser pour aller avec le gameplay. En effet, de l’aveu du game designer et chef de projet Daron Stinnett, la saga Star Wars n’a absolument pas été envisagée dans un premier temps. Ce n’est qu’après la claque infligée par le jeu X-Wing sur PC (réalisé par Totally Games) que la décision est prise de lorgner du côté de George Lucas pour trouver l’inspiration. Côté histoire, il est question de reprendre Luke Skywalker en personnage principal. Le problème est que prendre le personnage mythique impose de très nombreuses contraintes, parmi lesquelles le fait de respecter à la lettre des actions et une histoire toute tracée du chevalier Jedi. Pour contourner ça, Stinnett et ses équipes prennent le parti d’un tout nouveau personnage. Ce sera donc un mercenaire du nom de Kyle Katarn, qui engagé par les Rebelles pour une mission d’enquête sur les plans secrets de son ex employeur (l’Empire), va peu à peu épouser leur idéal.

DF2Sur le plan technique, les premières ébauches montre un jeu très fidèle…voire trop. Le nom de code alors est sans équivoque puisque le prototype est nommé « Doom Clone ». Mais LucasArts veut créer un vrai felling Star Wars, et se trouve pas mal embêté car personne ne sait programmer de jeux 3D. Stinnett ne se démonte pas et vient chercher des élèves d’école d’architecture pour les convaincre de participer au projet Dark Forces. Parmi eux, Ingar Shu, un gros joueur de son état qui n’a pas hésité une seule seconde à accepter la proposition (il fera partie de l’équipe Shadow Of Empire plus tard). C’est ainsi que les travaux sur le moteur Jedi Engine (basé sur le Doom Engine) peuvent commencer. Les principales améliorations apportées sont du domaine du level design, que ce soit les niveaux à étages, l’inclusion du saut qui apporte de nombreux avantages (passages puzzle) ou encore les effets atmosphériques ici et là. De nombreuses idées qui pour l’année de sortie (1995) ont été judicieuses. Pour l’histoire, les développeurs ont veillé à respecter , malgré leur liberté d’action, une logique qui s’inscrit dans l’univers global de la saga. D’ailleurs Kyle Katarn, qui est pour le moment un ex-impérial converti à la cause des Rebelles suite à l’apprentissage de la mort par ces derniers,  va avoir un rôle primordial dans les suite du jeu, et même dans l’univers étendu de Star Wars (ainsi que Jan Ors sa guide Rebelle). Pour le jeu en lui même, malgré son âge avancé il reste intéressant de le faire pour avoir une autre vision de l’univers Star Wars. La durée de vie est correcte, les prouesses du moteur sont visible (cf, un Tie Fighter sort en 3D d’un hangar) et la musique bien qu’en MIDI reprend les thèmes mythiques de la saga. Malheureusement le jeu ne sera pas si plébiscité par la presse de l’époque.

DF4En effet, Star Wars : Dark Forces est souvent catalogué comme un « simple clone de Doom » avec un personnage principal « manquant de personnalité ». Néanmoins le jeu a un succès et Stinnett propose d’accueillir des invités un peu particuliers pour jouer au jeu. En effet, John Romero et Tom Hall, les révolutionnaires du FPS d’ID Software (et créateurs de Doom accessoirement) acceptent de tester le jeu inspiré de leur création. Et ils sont catégoriques, le jeu est une tuerie, ce qui ne manque pas de réjouir les équipes de LucasArts. Après cet adoubement sur la partie « jeu » de Dark Forces, Stinnett et ses collègues ont l’honneur à une conférence de presse de compter parmi leurs bêta testeur, du nom de…George Lucas. La tension est grande, et le cinéaste critique la présence d’humains « tuables », ce qui lui déplait fortement à côté des StromTroopers (qu’il a créé dans le film pour cette raison entre autres). Mais au fils du temps, le game designer raconte que Lucas s’est ensuite amusé à grimper partout et explorer tous les recoins par plaisir de jeu, tout en appréciant l’ambiance générale du titre et le personnage de Kyle Katran. Une double validation inespéré du travail de tout une équipe, qui poussera tout le monde à plancher sur une suite, poussant son personnage principal dans une voie particulière.

DU PROFANE AU JEDI

DF5Pour le développement de Star Wars Dark Forces 2 : Jedi Knight(1997), Daron Stinnett ne dirige plus l’équipe pour travailler sur Full Throttle (et Outlaws). A sa place c’est un membre de l’équipe originale qui endosse le poste : Justin Chin. Avec l’évolution de la technique, le jeu subira bon nombre de changements par rapport à Dark Forces 1, à commencer par Kyle Katran. Son simple rôle de mercenaire va se transformer petit à petit en celui d’apprenti chevalier Jedi . Dans l’année qui suit le « Retour du Jedi », Kyle va apprendre que le meurtre de son père est l’oeuvre du seigneur Sith Jarec, qui compte rebâtir l’Empire sur les cendres du reigne de Palpatine. Kyle(Jason Court) va donc partir en voyage et va apprendre progressivement à maîtriser la force avant l’invention des midiconneri..chloriens. Une aventure classique qui va refermer bien plus de choses. D’ailleurs l’accent est mis sur un jeu beaucoup plus cinématographique, avec des scènes incarnées par de réels acteurs, qui sans atteindre des sommets de jeux s’en sortent plutôt bien. Côté jeu en lui même, on reste sur un FPS mais le moteur de Doom passe complètement à la trappe. Technologie oblige, c’est une des premières fois qu’un jeu utilise l’accélération 3D par le biais de Direct3D. Et comble du hype, le son du jeu ainsi que les musiques passent par le système Surround.

DF6Mais c’est sur les innovations du gameplay que le jeu va se démarquer. Justin Chin va déclarer que son premier impératif est simple : il faut se sentir Jedi une fois le clavier en main. Le travail sera alors de très longue haleine pour reproduire numériquement les combats, et plusieurs choix sont effectués. D’abord la vue passe de la première à la troisième personne lorsque le sabre laser est enclenché, ce qui permet de faire la distinction avec le gameplay des armes avec en plus une simplification pour ne pas frustrer le joueur. Enfin un système de pouvoirs Jedi fait son apparition, à la manière de sorts dans un jeu de rôle. Suivant différents types, les pouvoirs seront soit neutres/sombres/lumineux. Au delà du côté agressif si l’on va vers le côté obscur de la force, ou soignant/protecteur si l’on va vers la lumière, même la fin du jeu sera influencée. Si on rajoute tout le parcours du joueur pour devenir un Jedi, et de la première fois ou deux acteurs combattent au sabre laser depuis 14 ans, l’immersion est grande. Un précurseur, dans une moindre mesure, de ce que vont être les jeux comme Knights Of The Old Republic. Pour couronner le tout, un mode multijoueur fait son entrée dans la série. Il reste assez rudimentaire, avec peu de modes et quelques cartes (augmentées à l’avenir) mais pouvoir se mesurer entre Jedi n’a pas de prix, si bien que plusieurs années après le jeu sera encore maintenu par des fans.

DF7Le jeu sera fortement apprécié des joueurs et par la presse, ce qui fera revenir une tête connue sur la série : Daron Stinnett.  Une extension sera d’ailleurs dirigée en commun par les deux hommes, appelée Mysteries Of The Sith. Même si le jeu reste plus ou moins dans la continuité de Jedi Knight, l’histoire reste intéressante car elle lance une vieille idée pensée depuis Dark Forces. Kyle Katarn est maintenant dans le conseil Jedi de la nouvelle République, et a sous sa houlette la Padawan Mara Jade, ancienne Impériale revenue sur le chemin de la lumière. Sans couvrir tous les secrets de l’histoire, les troubles dans la force le pousseront à fuir la force, pour seulement être recueilli par un Jedi très connu de la saga Star Wars. En résumé cette extension clôt l’aventure de la meilleure des manières et Jedi Knight va débuter sa propre histoire, qui continuera avec Jedi Outcast.

TRAVAILLER AVEC UN PADAWAN

DF8Après un passage en hyper-espace par le bug de l’an 2000, il est temps de donner une suite à la saga. Justin Chin est parti créer l’éphémère studio Infinite Machine, et Daron Stinnett est employé à superviser des titres Star Wars liés à la nouvelle prélogie cinéma, ce qui fait que Lucas Arts ne gère plus le développement en interne. Pour ce faire, ils engagent les équipes de Raven Software, qui conviennent parfaitement au poste. Tout d’abord car l’équipe venait de terminer Soldiers Of Fortune, un FPS ultra gore mais mis en avant pour sa physique et son game design, faisant du titre l’une des références de l’année. Mais c’est également pour la longue expérience dans le domaine du FPS, avec les Heretic et Hexen, supervisés par une pointure du secteur : Id Software (le monde est petit). D’ailleurs, Heretic premier du nom a reçu un soutien tout particulier en la personne de John Romero lui même. Entre élèves de l’illustre modèle, le mariage est donc obligatoire. Une fois l’accord passé, l’environnement technique est choisi, avec le moteur de Quake III Arena fortement modifié et une refonte dela gestion des animations qui sera utilisée dans Soldiers Of Fortune II : Double Helix. En parlant de ce dernier, Raven Software devra faire un tour d’équilibriste pour pouvoir en l’espace d’un an sortir ce titre, ainsi que Jedi Outcast. De plus en 2002, le jeu est également annoncé sur deux consoles du moment, à savoir la Nintendo Gamecube et la Xbox de Microsoft Mais ils comptent bien donner le meilleur d’eux même et raconter la suite des aventures de Kyle Katarn.

DF10Perturbé par la possibilité d’être séduit par le côté obscur, le héros principal décide de s’éloigner de la voie de la Force. L’aventure commence donc avec une simple enquête sur une base Impérial considérée comme abandonnée (et abritant des cristaux), toujours accompagné de sa « collègue » Jan Ors. Mais une embuscade tendue par le Sith Desann et Tavion, mène Jan à une capture certaine, tandis que Kyle est amené à revenir dans la Vallée des Jedi pour récupérer son sabre laser. Sur place, il est accueilli par celui qui a été son maître Jedi : M. Luke Skywalker. Ce dernier lui fait passer une série d’épreuves pour prouver son rang, mais malgré une certaine satisfaction, ressent une colère en Kyle qui pourrait s’avérer très dangereuse. Mais le temps presse, et en lui confiant le sabre laser, il lui donne plus d’informations sur les origines de son ennemi. Notre héros peut donc partir dans sa quête, où il apprendra le sombre dessein qui se prépare : la création d’une armée appelée « Reborn », avec les cristaux pour envahir la galaxie et écraser la nouvelle république. Raven Software, avec l’aide de LucasArts, signe un scénario totalement assumé dans l’univers de Star Wars. Kyle Katarn devient un personnage inscrit dans l’univers étendu, Luke Skywalker joue un rôle important, on traverse des lieux communs des films (comme Bespin avec un rôle pour Lando Calrissian) et la série qui partait d’une simple adaptation d’un univers en fait dorénavant parti. Chose notée dans plusieurs médias, et pas seulement dédiés aux jeux vidéos.  En parlant de jeu…

DF11L’entrée dans un véritable moteur 3D change un grand nombre de choses dans le game deisgn du titre. Les simples couloirs avec étage des deux anciens titres deviennent des structures entières, avec aucune restriction (pour l’époque) sur le nombres d’élements à afficher. Les développeurs se sont donc intéressés à bâtir des niveaux plus larges et surtout hauts, pour s’amuser avec le moteur mais également pour une raison de gameplay. Les joueurs avaient fortement apprécié les phases de combat Jedi dans l’opus précédent, avec certains critiquant toute fois l’impression d’être « bloqués ». Dans Jedi Outcast ils pourront donc courrir/sauter/frapper leurs adversaires avec un plaisir immense (chose qui sera importante pour le mode multijoueur). Du reste l’aventure possède une grande durée de vie, avec des clins d’oeil en masse, et une courbe de difficulté énorme. Mais c’est le mode multijoueur qui met tout le monde d’accord. Débuté par Raven Software en même temps que la campagne, son code est repris entièrement Rich Whitehouse, un jeune programmeur. C’est l’un des plus complets du genre en 2002, avec une grande sélection de personnage (aussi bien des films que du jeu), de modes (deathmatch, capture de drapeau, duel de sabre, …) et une personnalisation plus poussée des parties (nom, nombre de joueurs, couleur du sabre, gestion d’équipe, ….). Les serveurs ne désemplissent pas et le jeu est considéré comme « addictif, prenant » et remporte même plusieurs prix. Mais les équipes de développement ne perdent pas de temps, et avec Soldier Of Fortune II un nouveau jeu doit être bouclé : Jedi Academy.

BIENVENUE A LA POLIC…JEDI ACADEMY

DF16Raven Software à une contrainte importante : le jeu doit être fini en moins d’un an. Avec un moteur toujours basé sur du Quake III modifié, il a fallu trouver une nouvelle histoire pour intéresser le joueur. Le concept de l’action dans l’académie des Jedi est vite trouvé (car présente dans Outcast) , et il est prévu de de faire faire à Kyle Katarn des missions indépendantes pour le compte de l’Ordre Jedi. Mais deux contraintes se dressent: le système de missions flingue le scénario et l’utilisation de Kyle pose un gros problème. En effet, à la fin du précédent épisode, le maître est censé être parmi les plus puissants de toute la galaxie, et la continuité de ceci rendrait le joueur totalement invincible. Mais à chaque problème sa solution, et le personnage principal sera un étudiant de la prestigieuse académie, que le joueur pourra customiser à sa guise. Quand à notre barbu préféré, il ne disparaît pas et devient le professeur du joueur, permettant ainsi de lier toute la chronologie naturellement. Toujours pour assurer les délais, l’équipe de Jedi Outcast voit arriver non sans bonheur les personnes ayant travaillé sur  Star Trek: Voyager – Elite Force. Selon les dires de Jon Zuk, qui dirige le projet, une réunion s’organise ensuite avec LucasArts pour déterminer le scénario du jeu et le squelette des missions. Il est donc décidé de suivre toutes les étapes de la formation d’un Jedi, son apprentissage passant par de nombreuses missions et voyages.

DF19Ce postulat de départ permet à Raven Software de se diversifier fortement dans les décors. Le joueur pourra traverser et rencontrer des créatures hostiles ou non dans des temples, des canyons, des étendues désertiques, etc… LucasArts, bien ancré dans la folie des nouveaux films Star Wars, propose aux développeurs toutes les informations et le matériel nécessaires pour inclure des lieux connus des films. Si bien que Hoth, Tatooine et Coruscant seront inclus dans l’aventure, ce qui est une performance au vu de délai très court de développement. Une grosse amélioration par rapport au précédent épisode, qui va avec une refonte entière des animations et des textures.  Jarrod Showers expliquera que la manipulation des outils de modélisation aura été plus un amusement qu’un  travail, si bien que ceux ci ont été réalisés pour le public. Il reste une grosse partie à réaliser, à savoir le coeur du jeu : les pouvoirs Jedi.

DF20La base de Jedi Outcast a été conservée, mais il fallait un meilleur équilibre entre la liberté de mouvements (saut, course, etc…)  et le level design devant être un minimum directif. Car si les joueurs peuvent obtenir plus de pouvoirs, dans une personnalisation encore plus poussée, les premiers tests ont montré un jeu complètement cassé en un rien de temps. Les puzzles ont été donc adaptés pour contenir les pouvoir juste le temps de réfélchir à une sortie, mais en parallèle un brainstorming a été créé par Jon Zuk pour trouver des manières intéressantes de parcours chaque niveau avec le plus de pouvoir possible, en nivelant juste pour encourager le Jedi en devenir à varier les plaisirs. Le tout donne un jeu plutôt très varié, avec une rejouabilité plus présente que dans les épisodes précédents, mais le scénario s’en ressent et les graphismes n’ont que peu évolué. Et c’est malheureusement ce que retiendront les critiques. Par contre le mode multijoueur est toujours à un niveau de travail de contenu sans précédent. Avec plus de modes, plus de personnalisation, le support des mods plus stable et des duels de sabre laser plus fluide, le mode est encore maintenu aujourd’hui (non officiel) avec une communauté présente. Raven Software a réalisé il y a peu le code source de ses deux FPS Star Wars, mais sous réserve de licences le tout a été retiré. Et malheureusement avec la fermeture de Lucas Arts, la série sera surement jamais continuée.

A retenir

D’un simple titre voulant rendre hommage à un ténor du genre FPS, LucasArt puis Raven Software ont réussi à imposer leur vision de la saga de Georges Lucas. Tout a été compris dans le but d’une adaptation, avec un game design dépendant du matériel, mais un game design pensé avant même de coller l’univers Star Wars. Et l’inclusion de la série dans l’univers étendu de Star Wars entérine cette reconnaissance. Une réussite qui malheureusement s’arrêta brusquement sans jamais revenir.

Bienvenue une chronique qui pleure aujourd’hui la funeste disparition d’un des plus grands viviers de moments inoubliables, littéralement magiques, LucasArt, ou LucasFilm Games, suivant les époques. Le nom, pour des trentecinquenaires (plus ou moins 23%) évoque forcément une avalanche de souvenirs à base d’images colorées, de crises de rire, de neurones brûlés à force de se casser la tête sur une énigme tordue, de scénarios inventifs, qui faisaient voyager, au point qu’en choisir un s’avère tout bonnement impossible, entre le tout premier duel dans Monkey Island, ou même simplement son générique, la folie de Maniac Mansion, les dialogues bien sentis et les animations magistrales de Day of the Tentacle, le passage de la bibliothèque dans Indiana Jones and the Last Crusade, tant de petits détails qui font la marque d’un grand studio. Après avoir porté mon choix sur les Monkey Island, malgré leur surreprésantation dans nos pages (mais quand aime, on ne compte pas, si ?), j’ai longuement hésité entre une scène du premier Monkey Island qui m’avait fait rire, je veux dire VRAIMENT rire, pas sourire en coin, le moment où l’on disparaît dans le mur du gouverneur pour piquer l’idole, et qu’une série d’actions complètement épico-loufoques sont effectuées automatiquement, et mon tout premier souvenir de Monkey Island II (et je vous renvoie dans la foulée à l’excellent test du non moins excellent Totof!). Au cas où le titre ne soit pas assez clair, c’est sur ce dernier que je me suis rabattu (…euh, pas sur Totof, hein, je parle du jeu!).

Oui, je sais, vous commencez à la connaitre, cette image!

Oui, je sais, vous commencez à la connaitre, cette image!

Comme vous le savez (si vous êtes un des deux lecteurs ponctuels de cette chronique), mon parcours vidéoludique m’a fait traverser bon nombre de cafés enfumés à un âge où les garçons jouent normalement à la barbie déguisés en fille (…euh…), avant d’acheter un Amstrad CPC, puis, quelques années plus tard, un Amiga 500, bluffé par la beauté de ses graphismes, par les jeux d’arcades testés dans génération 4, Tilt et compagnie, mais surtout, surtout les jeux d’aventure, les point’n click, avec leurs perspectives hallucinantes, leurs couleurs, leurs énigmes, leurs musiques… Et on peut dire que mon compagnon de route à disquettes ne m’a pas déçu sur ce plan (niveau arcade par contre, c’était une autre danse, mais heureusement, j’ai pu mettre la main sur quelques perles comme Gods, dont je vous parlerai bientôt) (si, vous n’y couperez pas!). Mais si rutilants qu’étaient les graphismes de l’Amiga, si puissant qu’il puisse me sembler à l’époque, il ne faisait pas le poids face aux PC de combat qu’on trouvait chez les familles un peu plus friquées, appartenant généralement au Grand Frère, cette entité hostile qui se moque de vous avec ses potes, vous nargue avec ses Wing Commander et ses Alone In The Dark, vous permettant de regarder éventuellement une minute ou deux de gameplay avant de vous virer en ricanant…

C’était partout ainsi, sauf chez une personne, appelons le Yannick (vu qu’il s’appelait Yannick, ça tombe bien), le fils de bourge poseur du collège (qui a très bien tourné et est devenu extrêmement sympathique avec le temps, mais quand vous êtes pété de tunes et gamin, généralement, ça vous monte à la tête, c’est classique) (je veux dire, il a eu une Neo Geo avec PLUSIEURS jeux pour Noël, merde, quoi!) (et il avait une guitare électrique!) (Et un poney!!) (bon, peut-être pas de poney, en fait…). Je ne sais plus vraiment à quel période cette anecdote se déroule, mais en gros, ce doit être la fin du collège, certainement la fin d’année de troisième, et j’ai fini très récemment le premier Monkey Island. Ses vrais potes étant certainement ailleurs ce jour-là, Yannick décide de piocher dans les seconds couteaux par ce beau mercredi après-midi de fin ensoleillé, et je me retrouve chez lui, dans cette grande maison près du collège. Par souci d’exactitude, je tiens à préciser que l’ordinateur n’était peut-être pas à lui mais plutôt à son père. Mais dans mon souvenir, c’était le sien (un poney, je vous dis!! Et une moto aussi, sûrement!). Après m’avoir rossé à Fatal Fury, fait baver sur sa guitare, nous sommes vite allé dans la salle où se trouvait le PC.

Malgré le fait qu’on ne se connaissait pas vraiment à cette époque, de simples camarades de bahut même pas dans la même classe, une passion commune nous avait réuni ce jour là : la magie de Monkey Island. Et plus particulièrement le fait que j’avais réussi à finir Monkey Island sans la solution (enfin presque, j’étais aux trois quarts du jeu lorsque la solution a paru dans un de mes magazines préférés, et quand une soluce paraissait, on devenait tous un peu flemmards, on commençait par la consulter en cas de crise, maison finissait généralement par torcher le jeu le magazine ouvert sur les genoux…). Car Yannick était bloqué, et pas bien loin dans le jeu. Et ça l’énervait. Donc qui de mieux placé pour l’aider que le seul trimard ayant investi dans autre chose qu’une Super Famicom ou une Megadrive sous prétexte que les jeux était moins chers (à terme en tout cas) ? Mais Yannick n’était (étonnamment) pas chien, et après m’avoir ébloui avec le magistral Wing Commander, il a chargé le jeu et m’a laissé le découvrir tout seul comme un grand. Et quelle claque!

L'écran maudit en question...

L’écran maudit en question…

Le nombre de couleurs à l’écran était improbable, la finesse des graphismes à tomber à la renverse, comme dans mes fantasmes les plus fous, mais en mieux! Moi qui croyait naïvement que les jeux étaient forcément plus beaux sur Amiga, j’ai eu droit en direct à une séance gratuite d’humilité, parce que le jeu était somptueux. Mais bon, l’après-midi touchait presque à sa fin, et il ne fallait pas non plus arriver en retard à la maison. Yannick charge dont sa partie, à peine plus loin que le tout début. Ricanant intérieurement, mais pas trop, car j’étais excité à l’idée d’avancer dans jeu magnifique, je prenais la souris. La solution à notre problème était simple : il fallait creuser dans un cimetière. Sauf que non, pas moyen de creuser. Donc le ricanement s’éteint, laisse place à un légitime agacement. Ce qui n’a évidemment rien changé, à part qu’en plus, j’avais la rage! Alors quoi, même pas foutu de profaner une tombe vidéoludique ?!! Peut-être qu’on n’est pas au bon endroit ? Mais en même temps, c’est clair, c’est ici qu’il faut creuser! Oui, je sais, sauf que ça marche pas!!…etc. Je suis rentré (en retard) chez moi sans avoir réussi à creuser cette saleté de tombe, et ça, c’était cruel.

Bon, alors certains d’entre vous vont certainement me dire « euh, tu as essayé de creuser devant la pierre tombale, pas dessus ? » et à ceux-là qui font les malins, je répondrai « ben ouais… attends… NOOOOOOOOoooooooooo…. », car oui, je m’étais acharné sur tous les pixels de la pierre tombale, (logique de jeu : une tombe représentée par sa pierre tombale, et vu qu’on creuse une tombe, on clique sur la pierre tombale pour ce faire, non ?!), mais pas une fois il m’était venu la riche idée de tenter de cliquer sur cette bonne terre bien meuble qui ne demandait que d’être retournée. Alors les mêmes mécréants qui m’ont disrespecté quelques lignes plus haut en me donnant la solution de cette énigme vont peut-être mettre en doute le fait que j’ai fini le premier. Et ils auraient tort. C’est comme ça, dans ces point’n click aux logiques tordues, des fois, on a tellement la tête dans le guidon que l’évidence saute partout dans la pièce sauf à vos yeux. C’est comme ça. Encore aujourd’hui, j’ai honte…

Et voilà, c’est sur cette ultra longue anecdote (mais pouvais-je faire moins pour LucasArt ?)que je vous laisse, en vous donnant rendez-vous dans sept jours, pas plus, pas moins.

toma überwenig

 

Après les aventures textuelles pur jus où l’on devait taper nos actions en toutes lettres, sont arrivé sur le marché pour le plus grand bonheur des feignants les Point’n Click, révolution dans le monde de l’aventure, et modèle qui perdure encore. LucasArt, encore appelés à l’époque LucasFilm Games s’imposèrent en maître dans le domaine, de par la finition magistrale de leurs réalisations, leur humour ravageur, et leur sens de l’ergonomie. Et bien que de superbes séries comme Indiana Jones aient eu un franc succès, c’est pourtant Monkey Island qui trône en tant que représentant de cette époque bénie, l’apprenti-pirate mettant une fessée mémorielle au charismatique professeur-archéologue-aventurier-fouetteur professionnel. Irrésistible, drôle, absurde, génial, replongeons, comme ça, juste pour le plaisir, dans l’univers de l’île aux Singes…

« Je veux devenir pompier »

Les perspectives des batiments participent grandement à l’ambiance magique de l’ensemble, de même que les objets farfelus dans votre inventaire..

Parler de Monkey Island revient, pour la plupart des joueurs de ma génération (c’est à dire les vieux) à parler de leur histoire de gamer, car il fait partie de ces jeux qui façonnent l’histoire vidéoludique, qui en définissent les contours. La simple mention du nom fait généralement apparaître un sourire ténu pendant que le regard s’égare à l’horizon. S’ensuit un silence confortable à peine troublé par quelques soupirs nostalgiques… *soupir nostalgique* Oui, Secret of the Monkey Island est un monument. A cette époque, le point’n click succédait aux jeux d’aventure textuels, où il fallait taper des commandes du genre « fouille poubelle », « prendre pied de biche », et où l’on pouvait s’amuser à taper des gros mots ou des ordres étranges pour tester les limites de l’imagination des programmateurs. Mais si l’impression de liberté était grande, dans les faits, ça tournait généralement assez vite en jeu de devinette dont la finalité était de trouver ce que les créateurs avaient décidé de vous faire taper à tel moment du jeu. Le point’n click réglait ce problème en mettant en place soit un système d’icônes, soit une liste d’actions énoncées par écrit, pour un résultat analogue qui allait tout changer : rendre toutes les actions possibles visibles à l’écran. C’est à cette génération bénie qu’appartient Monkey Island, lorsque la dérive poético-galère des essais de phrases plus ou moins heureuses avait laissé place à un système efficace et fonctionnel qui fait encore sens aujourd’hui. Seul le coté galère a été sacrifié, et l’on se retrouvait face à des énigmes plus riches, puisqu’opérant dans un cadre défini. LucasArt l’avait bien compris, et le papa de Monkey Island aussi, l’excellent Ron Gilbert, ce dernier abordant la chose avec un humour tonitruant, et une qualité d’écriture sans précédent. LucasArt maîtrise déjà le Point’n Click, ayant offert aux gamers des perles comme Maniac Mansion, ou la série des Indiana Jones, mais cette dernière, bien que magistralement réalisée, doit s’incliner : même le charme d’un Harrison Ford numérique est occulté par la force de frappe de Guybrush Threepwood.

Dans les années 90, de nombreux genres de jeu ont véritablement fait le bonheur des gamers sur PC. Des genres très différents dont certains sont, encore de nos jours, sur le devant de la scène comme les FPS et les STR. Parmi ces jeux, certains n’ayant pas ou peu suivi l’évolution ont aujourd’hui presque totalement disparus. S’il est vrai que quelques titres comme la série des Runaway tentent de faire perdurer le genre, le Point ‘n’ Click n’existe plus vraiment. Cependant, s’il y a un nom à retenir, C’est évidemment Lucas Arts, des maîtres du Point ‘n’ Click à qui l’on doit notamment Maniac Mansion, Day Of The Tentacle, Monkey Island, Sam & Max ou encore Full Throttle. C’est à ce dernier, sorti en 1995, que nous nous intéresserons ici.

Plein gaz !

Full Throttle, sorti en 1995, est l’un des derniers Point ‘n’ Click développé par le fameux studio de George Lucas. A l’instar de ses prédécesseurs, le jeu se veut emprunt de beaucoup d’humour visible à travers les dialogues, la mise en scène ou le character design. Ici, nous incarnons Ben, chef d’un gang de motard appelé « les Putois ». Au début du périple, au détour d’un bar, notre héros est approché par un certain Adrian Ripburger, un homme d’affaire plutôt sinistre ayant besoin de l’appui de motards pour faire bonne figure auprès des actionnaires et ainsi passer à la tête de la dernière entreprise de motocyclettes, Corley Motors. Cependant, Malcolm Corley, créateur et dirigeant de l’entreprise exige que ce soit le gang de Ben, les Putois, et uniquement eux qui puissent accompagner Ripburger. Ben, biker libre comme l’air, refuse l’invitation de l’homme d’affaire. Celui-ci ne va donc pas hésiter à assassiner Malcolm et faire porter le chapeau à Ben et son gang pour arriver à ses fins. A vous donc, à travers le personnage de Ben, de faire la lumière sur cette affaire et prouver votre innocence. Même si le pitch de départ semble fade, le traitement qu’il en est fait tout au long du jeu est tout simplement réussi. L’intrigue, qui nous fait visiter des lieux atypiques, est bien amenée et les personnages que vous rencontrez sont tous intéressants.

Je vais pas vous mentir, la belle époque des micro-ordinateurs et des disquettes de seulement 4 Mo, je ne l’ai pas connue. Mais ce serait une erreur de faire abstraction d’un temps qui a donné ses lettres de noblesses au jeune média qu’est le Jeu Vidéo. Et si certains titres paraissent injouables ou obsolètes, nombre d’entre eux parviennent encore aujourd’hui à tenir le joueur en haleine.

Kampfkohlrabi

Les point’n click, pour la plupart d’entre eux, conservent encore un charme indéniable, surtout s’ils ont bénéficié du savoir-faire de LucasArts en la matière. Car oui, les Maniac Mansion, Indiana Jones, Day of the Tentacle demeurent encore aujourd’hui des grands classiques. Humour, esthétique, histoire, tout les ingrédients sont là pour faire de ces aventures de très bons moments à passer devant un écran. D’ailleurs, certains profitent d’un petit coup de lifting pour faire parler d’eux.

Rulzdemol

The Secret of Monkey Island Special Edition fut pour moi l’occasion de goûter à ces expériences devenues trop rares aujourd’hui et qui pourtant demeurent extraodinaires. Aux commandes d’un pirate stupide et intrépide, vous parcourez les sept mers à la recherche de je-ne-sais-quel trésor, pourchassé par un capitaine fantôme, à profiter des célèbres duels d’insultes, à résoudre des énigmes qui ne semblent avoir aucun sens, à croiser des autochtones frugivores, j’en passe et des meilleures…

Toadboue

Sirocco