Articles

Après avoir collaboré étroitement sur Binding of Isaac Rebirth, mon ami Greyfox et moi nous retrouvons à nouveau en phase puisque, alors que ce dernier vous a offert il y a peu un brillant test Neo Retro du non moins brillant Super Hexagon, du encore moins moins brillant – donc hyper brillant, en gros – Terry Cavanagh, j’ai décidé de m’atteler à Maverick Bird, du même auteur, qui par bien des aspects se rapproche de Super Hexagon. Et dans la foulée, j’en profiterai pour aborder le cas Flappy Bird, phénomène particulièrement intéressant qui cristallise une tendance singulière dans le paysage vidéoludique.

Mais d’où viens-tu, Maverick Bird ? Le Cas Flappy Bird

Comme son nom l’indique presque, Maverick Bird est une repompe assumée et revendiquée du controversé Flappy Bird. Revendiquée, puisque le sous titre du jeu est « A Flappy Bird Fan Game », mais aussi et surtout puisque Maverick Bird a été créé lors d’une Game Jam créée autour des tristes événements entourant l’affaire Flappy Bird. Explications.

Flappy-Bird

Le One Button Game dont tout est parti *musique sinistre en fond*

Flappy Bird est un one button game développé par Dong Nguyen sur support tactile en mai 2013 où l’on dirige un oiseau lourdeau devant passer entre des obstacles évoquant très directement les tuyaux de Super Mario Bros. chaque touchette sur la tablette fait battre des ailes l’oiseau – d’où le titre -, et le joueur doit se débattre avec l’inertie de l’oiseau et l’étroitesse des espaces dans lesquels l’oiseau doit passer. Le jeu est très difficile. TRES difficile. Et pas très bon, il faut l’admettre. Mais ce qui aurait dû n’être qu’un événement anecdotique noyé dans la masse de jeux à quelques centimes d’euros sur tablettes et compagnie s’est retrouvé projeté sur le devant de la scène parmi les jeux les plus téléchargés du Google Store en quelques semaines, en janvier 2014. Des vidéos de joueurs découvrant le jeu et enchaînant les scores nuls – au sens strict, c’est à dire zéro pointé – apparaissent rapidement sur le net, et le jeu se forge une réputation de jeu infernal. Par un effet de curiosité, tout le monde chope Flappy Bird pour voir, tenter de passer un obstacle ou deux pour frimer dans la cour de récré – bon, plus probablement au bureau, mais vous saisissez l’idée, non ? -. Bref, un buzz, ni plus ni moins.

Entre ces deux écrans, un instant à peine... sans cesse revécu... again...and again...and again...

Entre ces deux écrans, un instant à peine… sans cesse revécu… again…and again…and again…

Seulement voilà, certaines voix s’élèvent. Certains dénoncent la médiocrité du jeu, d’autres mettent en doute le fait que le jeu ait pu atteindre des scores de ventes aussi massifs aussi rapidement, qu’un buzz aussi tardif est suspect, et accusent le développeur d’avoir triché d’une façon ou d’une autre, mais aussi d’avoir plagié Piou Piou de Kek, d’avoir piqué des décors de Mario sans demander la permission au plombier. Bref, ça part en vrille. Le 8 février 2014, le développeur vietnamien décide de retirer son jeu, plus par lassitude, fatigué par l’ampleur que prend une histoire qui n’en méritait pas tant. C’est ainsi que la scène indépendante, en guise de soutien à Dong, décide d’organiser une Flappy Jam massive, où l’idée est de créer un jeu à la limite de l’injouable reprenant/remixant le concept de Flappy Bird, et dans la foulée dénoncer le coté déplorable des pressions exercées sur Dong à base, essentiellement, de jalousie face à un succès, usurpé ou non. Belle entreprise permettant de remettre le jeu au centre du débat. Et au milieu des dizaines et dizaines de jeux, l’on trouve au moins une vraie perle : Maverick Bird.

Si par hasard vous venez de sortir d’une longue hibernation et que vous étiez passé à coté des perles de la série Bit.Trip, Nintendo a pensé à vous et réédite en version boite (et pour une somme modique) l’intégralité de ces perles téléchargeables à la base sur le WiiWare. Retour sur ce condensé de plaisir pur et ce qui constitue peut-être la déclaration d’amour au retrogaming et aux dieux sacrés des origines du jeu vidéo la plus vibrante de cette génération en six épisodes, tout en se permettant au passage de revisiter et s’approprier les genres, et de questionner implicitement l’orientation générale prise par l’industrie du jeu vidéo. Rien que ça.

Old School Rules!

A une époque où la surenchère visuelle est de mise, et où les capacités des machines sont mises à rude épreuve, l’équipe de Gaijin Games décide de reprendre les fondamentaux, et lance en 2009 la série des Bit.Trip, un projet audacieux dont chaque épisode constitue un hommage assumé à un évènement qui a marqué l’histoire du jeu vidéo, que ce soit un jeu (Pong, Arkanoid, Pacman) ou carrément un genre, comme le jeu de plateformes ou le rail-shooter. C’est ainsi qu’ils décident de placer au centre de la série la notion de plaisir de jeu, en misant sur l’efficacité du gameplay, sa souplesse, et le tout en musique, au son des beats qui scansent l’action avec brio. Car cette série pourrait être considérée comme une succession de rhythm-games se manifestant dans des genres différents : Beat serait une sorte de Pong halluciné, Void une relecture de Pacman où l’on mange des beats (comprendre « boules » ou « pixels ») noirs tout en grossissant et l’on évite des beats blancs, le bouton servant à « digérer » votre festin et à revenir à une taille plus transportable, Runner un hommage au jeu de plateformes déguisé en faux one-button-game où le Commander court toujours en évitant les obstacles, ne pouvant que sauter dans un premier temps, mais disposant progressivement de cinq actions possibles, ce qui, vous vous en doutez, va rendre les choses autrement plus excitantes (et plus difficile aussi, everything comes with a price…), Fate une relecture littérale du rail-shooter, où le Commander glisse sur une ligne tortueuse, accroché par le coeur à cette dernière, en tentant d’éviter les balles grâce aux courbes de la ligne (vous ne contrôlez que le déplacement horizontal, l’axe vertical dépendant des formes de la ligne sur laquelle vous glissez, troublant dans un premier temps, mais vite jouissif et instinctif, comme pour chacun des gameplays proposés), tout en massacrant et en ramassant des bonus, comme dans tout shooter qui se respecte.

Je n’ai oublié personne ? Ah, si, Flux. Conclusion de la saga, c’est en quelque sorte le voyage de retour du Commander, le reflet de Beat augmenté de tous les acquis de la série, un véritable festival de pixel-art qui intègre les codes des autres épisodes, offrant une myriade de strates visuelles et sonores auxquelles vous accédez (ou non) suivant vos performances, des balles à éviter en plus de celles à renvoyer, des bonus à ramasser, bref, des ajouts simples mais qui sont exploités à la perfection pour diversifier tant le gameplay que l’expérience vidéoludique. Mais j’ai aussi mis de coté Core, pour une raison simple : c’est le seul « vrai » rhythm-game de la série, dans lequel vous devez intercepter en rythme des beats lorsqu’ils passent devant l’une des quatre lignes de tir possible. Si les autres chapitres reposent sur la musique en tant que propos artistique et esthétique à part entière, celui-ci la met en scène de façon particulière en l’intégrant au gameplay, d’où clairement un rhythm-game, mais pas que… Maintenant qu’on a lu le menu, il est temps de goûter les plats…