Articles

, , ,

Nioh

L’époque est aux fausses arlésiennes. Nous avons eu droit à un The Last Guardian réussi et inattendu en fin d’année 2016, et voici que Nioh pointe le bout de son nez, projet commencé depuis plus d’une décennie et auquel certains avaient fini par ne plus croire. La Team Ninja, puisant à la fois dans son propre héritage et dans les séries Souls et Onimusha, nous livre un jeu sur le Japon féodal au gameplay exigeant et précis. Cela suffit-il à en faire un grand titre? Eléments de réponse.

Jouer à Nioh, ni non

Comme il est impossible d’échapper aux comparaisons avec la série de From Software, autant les faire tout de suite. Qu’est-ce que Nioh reprend des Souls? En fait, beaucoup de choses. Le système de combat repose sur la gestion de l’endurance, ici appelée Ki, qui détermine les actions possibles. Une chute totale de cette jauge et c’est la porte ouverte à un combo ou à une mise à mort. Le meilleur moyen d’éviter cela est d’appuyer sur R1 à la fin de l’enchaînement pour une récupération rapide de stamina. Cet élément de gameplay peut être repris par le joueur pour mettre à mal et punir les ennemis jouant trop sur la défensive. Parce que oui, Nioh est plutôt un titre porté sur l’attaque et les enchaînements, et reprend à son avantage les dashs avant et arrière de Bloodborne. Jeu d’esquive plus que d’observation, le soft de la Team Ninja repose sur un système de progression soulesque, avec des âmes engrangées (substance répondant au nom d’Amrita ici) par les victoires qui permettent d’augmenter les statistiques (force, dextérité, endurance, corps, magie…) aux autels faisant office de lieux de repos. Le level design, cependant moins ingénieux, s’inspire également des raccourcis à débloquer et de zones à explorer dans leurs moindres recoins avec souvent pour récompenses à la clef, un objet, un coffre, ou encore un fantôme de combattant qui, ici, pourra être affronté ou non, au choix.

En effet, il n’y a pas d’invasion inopinée comme dans Dark Souls et on a même droit à un aperçu des statistiques et du profil de ces adversaires PNJ. Ce qui permet d’ajuster son approche parce que là est la grande force de Nioh: la souplesse et la profondeur de son gameplay. Il est possible d’affecter deux armes différentes en main droite pour le combat rapproché (katanas, doubles katanas, lances…), ainsi que deux armes de jet (arcs et fusils), ces dernières se révélant plutôt utiles pour attirer ou piéger les ennemis situés au loin, avec de plus des dégâts ciblés qui peuvent véritablement faciliter les joutes. Il faut donc gérer cet arsenal, qui ne devra pas être trop lourd, le poids de l’équipement influant comme dans un Souls. Et surtout, combiner avec les trois postures disponibles avec chaque arme: haute, moyenne et basse, chacune ayant ses combos et ses panoplies de coups spécifiques, ses atouts de puissance, de rapidité et de consommation de Ki. Par exemple, il sera plus prudent d’affronter à la lance en stance moyenne un spécialiste des doubles katanas (parce que permettant une couverture des angles et de tenir à distance avec des attaques d’estoc), ou au contraire un fléau avec un sabre en position basse pour asséner plus de hits rapides et rester au corps-à-corps.

[REFLEXION] Beat’em all : Final Fight ?

BeatEmAllVert

Qui n’a jamais eu envie d’éclater la gueule de monstres belliqueux ou de voyous à la mangue ? De se lâcher en appuyant frénétiquement sur un bouton pour ressentir un vrai plaisir sadique ? Pas grand-monde en général, et peut-être personne dans la sphère des gamers. S’il est un genre qui a assouvi ces bas instincts, c’est bien le beat’em all. De ses débuts en deux dimensions surtout urbains et défouloirs, il a su aller voir du côté des mythologies et exploiter la 3D pour créer un gameplay plus souple et plus exigeant.

Quoi de radicalement différent entre 2D et 3D?

imagesIl ne s’agit pas de refaire ici l’excellente réflexion menée par greyfox0957 sur l’évolution entre 2D et 3D, mais plutôt de tenter d’analyser les différences entre ces deux modes dans le beat’em all. Kung-Fu Master (1984), pilier de l’arcade et considéré comme le premier du genre, utilisait une progression sur un unique plan horizontal, sans aucune profondeur. Le joueur peut se déplacer seulement à droite ou à gauche et doit faire face aux ennemis arrivant des deux côtés de l’écran. Vigilante (1988), censé être sa suite, utilise le même principe. Mais le beat’em all a connu entre-temps Renegade (1986) et Double Dragon (1987), qui lui ont offert de la profondeur et la possibilité de jouer à deux simultanément. Surtout, il y a une émulation avec un genre voisin, le Versus Fighting, qui étoffe considérablement les panoplies de coups et fait sienne la joute frontale. Si chaque coup porté dans le titre de Technos l’est dans un plan, la verticalité est bien là, puisqu’elle change considérablement le choix de l’angle d’attaque et permet de se positionner autrement. On ne fait plus qu’appuyer sur des boutons; on bouge, on évite. Le beat’em all gagne ainsi une demie dimension qui l’affranchit du Versus Fighting. Malheureusement, il pâtit de la comparaison en termes de palettes de coups et l’arrivée de Final Fight (1989) et de ses trois personnages bien différents va donner au genre une épaisseur non négligeable. Quoiqu’il en soit, le beat’em all semble tenir une tradition de cette 2,5D qui l’amènera à l’aboutissement malheureusement méconnu Guardian Heroes (1996) et au récent et ardu Scott Pilgrim contre le Monde (2010) qui renoue avec le design pixel et la baston de loubards à l’ancienne. Comme d’autres genres, la transition vers la 3D ne s’est pas faite en un jour et Die Hard Arcade (1996), même s’il utilise un mode de déplacement et des graphismes nouvelle génération, ne s’affranchit pas dans son gameplay de la 2D, figeant un peu les coups et les personnages dans un plan. Pourtant, la 3D marque l’arrivée des combos complexes au sein du beat’em all et apporte de vraies notions d’évitement, d’élévation verticale, de souplesse et de maitrise plus que de castagne. Le juggle devient une arme de choix et le moyen de chahuter radicalement les ennemis. Pour ne citer qu’eux, Devil May Cry (2001), God of War (2005) et Bayonetta (2010) en feront une apologie jubilatoire.

[REFLEXION] Où diable le démon se cache-t-il ?

Incarner le héros, l’Élu devant pourfendre et chasser de la surface terrestre les forces du Malin est un schéma simple et classique que le jeu vidéo a toujours aimé reprendre et utiliser. Mais ces chers démons digitaux, êtres définis comme tels de par leur nature de génies, anges déchus, esprits ou bien encore familiers, qui sont-ils vraiment : ennemis, compagnons ou nous-mêmes ? Une analyse de cette thématique dans le domaine du jeu vidéo tend à montrer que le médium a proposé et réussi nombre d’approches du sujet.

Deus Ex Manichéen

A tout seigneur des Enfers, tout honneur. Aborder le sujet du démon en particulier et du Diable en général dans le jeu vidéo renvoie tout naturellement à… Diablo. Le titre de Blizzard est le pilier du genre hack’n slash et donne dans l’éternel duel entre le Bien et le Mal. Plus précisément seigneur de la terreur, Diablo est là pour ennuyer les habitants de Tristram et des environs, avec ses frangins Méphisto et Baal. Et avec surtout une bonne armée fidèle, bien fournie et composée d’esprits, de fantômes, de démons qu’il faudra allègrement détruire. On est ici dans un schéma de défouraille jubilatoire, simple et directe, dans un contexte bien manichéen où le joueur incarne le gentil et puissant héros devant sauver le monde. Le détendu et rêveur Dragon Quest met également aux prises avec le Seigneur des Ténèbres. La série nippone investit de plus le personnage principal – muet et dont le manque de caractère permet beaucoup de projections de la part du joueur, d’une mission sacrée car il est généralement le Héros, l’Élu destiné à vaincre le méchant Satan. Les hardcores Ghosts’n Goblins et Ghouls’n Ghosts lorgnent du côté de la légende du roi Arthur, posant le cadre d’une quête à la rescousse d’une bien-aimée enlevée par les vils démons. Ils s’inspirent de sources médiévales, religieuses, châtelaines et familiales que le récent et également ardu Demon’s Souls emprunte aussi. Les légions démoniaques peuvent aussi représenter autre chose que le Mal pur : l’horreur et le dégoût. Les FPS Doom et Quake sont infestés de monstres répondant plus à des délits de faciès que de crainte devant leur toute-puissance. La boucherie n’est pas loin et c’est ici avec des flingues, des fusils et des lance-roquettes de space marines dévoués plus que destinés que le joueur explose les démons. Futuriste et technologique, l’atmosphère est malsaine, sale et sombre. Repousser l’Envahisseur, c’est également ce que proposent Okami et Okamiden avec de plus la possibilité d’incarner carrément une divinité. La conception japonaise du démon prend ici toute son expression, ainsi que le lien avec Dame Nature que tentent de ternir les alliés d’Orochi, serpent à huit têtes incarnant le Mal. Clover offre ainsi une représentation moins humaine de la lutte contre le démon, volontiers tournée vers le règne animal et le divin. Les guerres de clans sont au cœur de Ninja Gaiden et Onimusha, Nobunaga Oda l’antagoniste principal étant ici un rival ayant choisi de devenir un honni Oni au moment de sa mort. Le démon est ici une âme damnée, une forme humaine tourmentée comme les draugrs des séries occidentales The Elder Scrolls et The Witcher, les habitants des cercles de Dante’s Inferno et les plus célèbres de tous : les vampires, dont les serviteurs vidéoludiques les plus connus se trouvent dans Castlevania.

[TOPTOF 50] Action/Infiltration – N°4: Onimusha 2

Chaque mardi, Totof vous propose de découvrir un jeu de son top 50 personnel, classé par catégories. Un classement subjectif pour lancer le débat.

Les jeux vidéo, ce sont surtout des bonnes doses d’adrénaline et des boss d’anthologie… Voilà pourquoi Onimusha 2 m’a laissé tant d’excellents souvenirs. Manier le sabre du charismatique Jubei Yagyu pour pourfendre ces satanés démons a été un réel plaisir. Plaisir manette en main, plaisir des yeux avec cette magnifique harmonie combats en 3D-décors en 2D, plaisir des oreilles avec ces bruitages proches du kitsch lorsqu’on découpe du Oni… Je me souviens encore de la nuit où j’ai fini le jeu, à veiller jusqu’à six heures du matin, accroché à mon pad, privilégiant l’efficacité coup de pied-exécution dans les combats à cause de la fatigue grandissante. Mais avant tout, l’image qui me revient quand je pense à ce jeu est celle de ce boss à la classe folle: Gogandantess. Se proclamant à raison meilleur bretteur de la caste démon, il croise la route de Jubei à plusieurs reprises et lui en fait voir de toutes les couleurs. C’est bien simple, il est pratiquement intouchable lors des premières joutes, il faut juste survivre. Le battre enfin reste un plaisir de gamer indescriptible. Surtout quand cela fait suite à une cinématique dans laquelle il joue le chevalier servant et se montre fair-play. Respect monsieur et merci pour cet inoubliable duel à l’épée. J’adore ce genre de personnages ni trop lisses, ni trop méchants, un peu solitaires, sûrs d’eux, avec une auto-dérision qui leur colle à la peau (qui n’a pas reconnu Végéta dans cette description?). Matez donc cette vidéo si vous ne me croyez pas !

Le Serpent