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Point and click… Point…and…click… Si vous avez moins de 30 ans, ce genre vous est peut-être passé totalement inaperçu et vous ne vous êtes très certainement jamais penché sur les quelques jeux que certains vieux cons disent être les meilleurs jamais sortis. Une boite revenant souvent dans leur bouche : LucasArt. Si les sagas Indiana Jones, Monkey Island ou Maniac Mansion ne vous sont pas totalement inconnues, alors vous n’avez pas tout perdu. Il est fort probable en revanche que vous ne soyez pas passé à côté des jeux qui semblent  récupérer en partie l’héritage d’aventure de ces ancêtres, avec ou sans licence, et fonds de commerce du développeur Telltale Games. Back to the Future, The Wolf Among Us, Game of Thrones ou The Walking Dead Saison 1 puis 2, le studio se paie des noms célèbres qu’il retranscrit habilement en jeu. Si nous ne sommes plus réellement dans du point and click, ces jeux reprennent des mécaniques du genre en les transposant dans un style plus moderne : le QTE. Le versus d’aujourd’hui va donc tenter de confronter un titre de l’ancienne école, The Secret of Monkey Island, pur point and click et considéré encore comme l’un des meilleurs jeux du genre,  face à The Walking Dead, premiere saga à succès de Telltale Games issue du comics du même nom et rendu célèbre grâce à la série télévisée. Je défendrai pour ma part la version remastérisé du soft de LucasArts et mon invité ce mois-ci sera Totof, qui répliquera à coups de zombies.

Le scénario

Nous attaquons directement le vif du sujet avec le nerf de ces jeux d’aventure : le scénario. Quoi de pire qu’un jeu qui se veut immersif dans un univers, mais échoue lamentablement dans les méandres des histoires bateaux et convenues ? A priori, aucun risque de ce côté-là pour The Walking Dead qui possède deux solides piliers sur lesquels se reposer, le comics et la série, et se permet même des clins d’oeil aux fans suivant les histoires parallèles. Mais Totof vous en parlera mieux que moi.

Un homme soupçonné de meurtre et une enfant rescapée... deux anti héros

Un homme soupçonné de meurtre et une enfant rescapée… deux anti héros

En effet très cher Garr, le titre de Telltale Games s’inscrit dans un format épisodique, ce qui influe beaucoup sur son rythme, sa mise en scène et son scénario. Fort de cliffhangers, il use des armes des séries dessinées et télévisuelles utilisant le même univers pour mettre beaucoup de suspens et tenir le joueur en alerte et en haleine. Ici, très peu d’humour, puisqu’il s’agit de scènes de vie, ou plutôt de survie, d’hommes et de femmes confrontés à l’horreur d’une confrontation avec des congénères transformés de façon mystérieuse en zombies, et plus généralement à ce qu’ils ont au plus profond d’eux-mêmes face à l’adversité. C’est l’histoire de Lee Everett, accusé de meurtre qui, en transport vers la prison, se retrouve dans une petite ville décimée et gagnée par la peur. Outre cette ellipse, The Walking Dead: Season 1 offre une histoire dramatique, portée par la très forte relation d’affection que vont nouer le personnage principal et la petite Clementine, et qui a la grande qualité de n’être jamais manichéenne. Derrière l’illusion du choix sur son déroulement, c’est plutôt une invitation à vivre les événements selon notre sensibilité, notre émotivité et notre morale. Le scénario est fixé, à vous de savoir comment vous voulez le ressentir, à vous d’opter pour des décisions justes ou partiales, voire despotiques. On tient là l’un des plus gros atouts de ce jeu.

Un début d'histoire d'amour incongru qui va partir méchamment en sucette

Un début d’histoire d’amour incongru qui va partir méchamment en sucette

Liberté de choix et influence sur le scénario sont en effet des options très modernes du jeu d’aventure. The Secret of Monkey Island s’inscrit plus dans un format narratif très scripté, l’histoire étant calée à l’avance sur une seule voie, pas vraiment de droit à la fantaisie mais est-ce vraiment nécessaire ? The Secret of Monkey Island suit les péripéties de Guybrush Threepwood, jeune homme particulièrement maladroit et candide qui souhaite par dessus tout devenir pirate. Il se rend alors sur l’Île de Mêlée pour rencontrer le Conseil des Pirates, seul habilité à vous donner l’appellation d’origine contrôlée. Pour mériter le titre, le bleu doit remplir trois quêtes : battre la Reine du Sabre, voler une idole dans le manoir du gouverneur et trouver un trésor caché, grand classique des histoires de voyous des mers. Lors de la réalisation de ces épreuves, Guybrush va entendre parler de pirates fantômes, de l’Île aux Singes réputée introuvable et va rencontrer l’amour. Seulement, alors qu’il tombe éperdument amoureux d’Elaine, la fille du gouverneur, le fameux pirate fantôme alias LeChuck, également épris de la demoiselle, attaque la ville, la capture et la ramène sur l’Île aux Singes… La boucle est bouclée. S’ensuivent alors diverses péripéties et situations cocasses mettant en scène des pirates, des cannibales, des fantômes, un vendeur de bateau, des villageois et un mariage, le tout mené par un Guybrush aussi paumé que déterminé.

Vous l’aurez compris, on est loin de l’ambiance dark post-apocalyptozombiesque du jeu de mon ami. Pourtant, grâce aux divers supports scénaristiques, aux cliffhangers ainsi que les divers parallèles entre le comics et la série qui n’échapperont pas aux fans, The Walking Dead arrive à faire passer le scénario de The Secret of Monkey Island pour un (très bon) sketch. Telltale Games s’octroie donc le premier point.

 

Après les aventures textuelles pur jus où l’on devait taper nos actions en toutes lettres, sont arrivé sur le marché pour le plus grand bonheur des feignants les Point’n Click, révolution dans le monde de l’aventure, et modèle qui perdure encore. LucasArt, encore appelés à l’époque LucasFilm Games s’imposèrent en maître dans le domaine, de par la finition magistrale de leurs réalisations, leur humour ravageur, et leur sens de l’ergonomie. Et bien que de superbes séries comme Indiana Jones aient eu un franc succès, c’est pourtant Monkey Island qui trône en tant que représentant de cette époque bénie, l’apprenti-pirate mettant une fessée mémorielle au charismatique professeur-archéologue-aventurier-fouetteur professionnel. Irrésistible, drôle, absurde, génial, replongeons, comme ça, juste pour le plaisir, dans l’univers de l’île aux Singes…

« Je veux devenir pompier »

Les perspectives des batiments participent grandement à l’ambiance magique de l’ensemble, de même que les objets farfelus dans votre inventaire..

Parler de Monkey Island revient, pour la plupart des joueurs de ma génération (c’est à dire les vieux) à parler de leur histoire de gamer, car il fait partie de ces jeux qui façonnent l’histoire vidéoludique, qui en définissent les contours. La simple mention du nom fait généralement apparaître un sourire ténu pendant que le regard s’égare à l’horizon. S’ensuit un silence confortable à peine troublé par quelques soupirs nostalgiques… *soupir nostalgique* Oui, Secret of the Monkey Island est un monument. A cette époque, le point’n click succédait aux jeux d’aventure textuels, où il fallait taper des commandes du genre « fouille poubelle », « prendre pied de biche », et où l’on pouvait s’amuser à taper des gros mots ou des ordres étranges pour tester les limites de l’imagination des programmateurs. Mais si l’impression de liberté était grande, dans les faits, ça tournait généralement assez vite en jeu de devinette dont la finalité était de trouver ce que les créateurs avaient décidé de vous faire taper à tel moment du jeu. Le point’n click réglait ce problème en mettant en place soit un système d’icônes, soit une liste d’actions énoncées par écrit, pour un résultat analogue qui allait tout changer : rendre toutes les actions possibles visibles à l’écran. C’est à cette génération bénie qu’appartient Monkey Island, lorsque la dérive poético-galère des essais de phrases plus ou moins heureuses avait laissé place à un système efficace et fonctionnel qui fait encore sens aujourd’hui. Seul le coté galère a été sacrifié, et l’on se retrouvait face à des énigmes plus riches, puisqu’opérant dans un cadre défini. LucasArt l’avait bien compris, et le papa de Monkey Island aussi, l’excellent Ron Gilbert, ce dernier abordant la chose avec un humour tonitruant, et une qualité d’écriture sans précédent. LucasArt maîtrise déjà le Point’n Click, ayant offert aux gamers des perles comme Maniac Mansion, ou la série des Indiana Jones, mais cette dernière, bien que magistralement réalisée, doit s’incliner : même le charme d’un Harrison Ford numérique est occulté par la force de frappe de Guybrush Threepwood.