Articles

Comme nous le rappelle un Tim Curry en bas résilles et en hauts talons dans un certain Rocky Horror Picture Show, « don’t judge the book by its cowveheeer!! ». Car si vous vous arrêtiez à celle-ci, vous pourriez ne voir en RunGunJumpGun que ses nombreuses influences, si judicieuses soient-elles, le prendre pour un énième jeu pixel art « à la manière de » perdu dans la masse, un gloubiboulga indigeste sans personnalité sitôt joué, sitôt oublié. Et vous auriez tort. Heureusement, RunGunJumpGun se fait un plaisir de vous cracher son adrénaline à la face dès les premières secondes de jeu, vous rappeler que parfois, pas besoin de plus de deux boutons pour vous faire suer à grosses gouttes, être pris du syndrome de « allez, un dernier stage et j’arrête! » à répétition, et offrir dans la foulée un gameplay fin, efficace, nerveux et singulier. Voyons ensemble de quoi il en retourne!

Endless Gunner!

Dès les premières secondes, un encart vous annonce que les épileptiques doivent éviter ce jeu comme la peste. Et comme pour appuyer son propos, dès la sélection du stage, le jeu nous assène des glissements de couleurs psychédéliques façon Hotline Miami, comme pour nous dire « on est pas là pour déconner!! ». Les tout premiers niveaux nous familiarisent avec le maniement qui illustre à merveille le fameux « easy to understand, difficult to master ». Votre personnage court en permanence dans des décors peu hospitaliers saturés de pièges, de canons, de scies circulaires, de pics et autres joyeusetés. Une collision avec un piège et c’est la mort immédiate, avec un respawn rapide qui n’est pas sans rappeler une version sous amphétamines de l’excellent Bit.Trip Runner -lui-même un hommage assumé à l’excellent Pitfall!, dont le respawn, avec le corps du joueur ramené au dernier checkpoint en traversant la zone parcourue et que l’on retrouve ici en version survitaminée, était directement emprunté au second épisode, Pitfall! 2 : The Lost Caverns-.

rgjg-stage

Les stages sont courts, le rythme est dense, les morts nombreuses, et les seuls moments de respiration interviendront entre les stages, durant lesquels vous serez pris à parti par les divers Warlords tantôt antipathiques, tantôt mystérieux, mais confirmant le désespoir post-apo ambiant -et si vous voulez en savoir plus sur le contexte général, jetez un oeil sur la page de BD animé sur le site du jeu-, le sentiment d’urgence et la nécessité de vous faire la malle, en volant si possible au passage les précieuses gemmes disséminées dans les stages. Et pour ce faire, vous aurez besoin de votre Gatling futuriste et accessoirement des deux boutons qui la contrôlent.

rgjg-cutscene-perso

Two buttons game

Le premier tirera en continu vers le sol. Il vous permettra donc de sauter, d’amortir votre descente dans les zones périlleuses où toucher le sol revient à mourir, à la façon du très bon Downwell. La physique de votre personnage est précise, impitoyable, sa réactivité incisive. Dès les premiers stages, la mort est au rendez-vous, souvent cruelle mais jamais injuste. Le second bouton fera office de tir classique, frontal, à la façon d’un run & gun traditionnel. Il vous servira à détruire les divers obstacles qui jonchent votre parcours et qui entraveront parfois votre course. Car à la façon d’un shoot’em up, le scrolling est continu, inexorable, et accentue ce sentiment générale de fuite en avant. Le moindre décalage entre le scrolling et le personnage en cas de ralentissement de ce dernier, aux prises avec un mur, un tonneau ou quelque autre obstacle entravant sa course, sera marqué par un étouffement de la bande-son préfigurant une mort imminente.

RunGunJumpGun, sous ses atours brut de décoffrage qui pourraient évoquer un jeu bourrin, est extrêmement fin et précis, malgré la simplicité de ses contrôles. La réactivité du joueur est mise à rude épreuve, et dans les stages avancés, tout se jouera dans le choix de votre touche « maître » -enfin, maîtresse, plutôt-. Car votre Gatling, si elle a suffisamment de force pour vous élever dans les airs, a aussi un brin de recul lors de vos rafales frontales, à peine perceptible dans un premier temps, mais déterminant dans les stages les plus velus, une fois la physique générale du jeu domptée. Nombreux sont les stages qui vous pousseront à alterner entre les deux tirs avec finesse et rapidité. Et dans ces cas-là, vous devrez soit maintenir le tir frontal en continu, pour l’interrompre ponctuellement par des rafales verticales très finement dosées afin de gérer votre lutte contre la gravité sans vous prendre ni le plafond ni le sol, tous deux recouverts de pics, tout en détruisant allègrement les pièges et obstacles se dressant devant vous, soit faire l’inverse, en fonction de la position des pièges et de l’orientation du level design. La danse entre les obstacles, les tirs à l’unisson se croisant tels des murs de flamme sera périlleuse, et un choix judicieux de votre touche de départ sera déterminant.

rungunjumpgun-stage-mur-de-flammes

Maverick Runner

Sur cette base simple commune à la plupart des endless runner -genre évoquant généralement le petit jeu sans prétention sur téléphone destiné tuer le temps dans le métro et magnifié par le susmentionné Bit.Trip Runner, entre quelques autres-, RunGunJumpGun finit par offrir la rigueur et le rythme effréné digne d’un mariage entre Super Meat Boy et -encore et toujours- Bit.Trip Runner (oui, j’aime la série Bit.Trip, au cas où un doute subsisterait...), en évoquant tout autant l’exigence et le Pixel Art psyché des jeux de Terry Cavanagh. On retrouve beaucoup de Maverick Bird dans RunGunJumpGun, ce jeu de Cavanagh créé sur le modèle de Flappy Bird lors d’une jam -la très justement nommée Flappy Jam organisée afin de désamorcer le pseudo scandale autour du jeu (accusations crasses de plagiat et positionnement quand même un poil suspecte du jeu en tête des pages de téléchargement sur l’AppStore) et montrer le soutien de la communauté envers le jeune dotGears et son jeu-, en s’inspirant de l’exigence et la difficulté de ce dernier tout en y injectant un souffle de folie psychédélique et un dynamisme dont l’original était malheureusement dépourvu.

rgjg-pics-plafond-sol

Dès le titre, RunGunJumpGun annonce une sorte de programme, entre influences revendiquées et unions sacrilèges. On y retrouve, outre les -nombreuses- références susmentionnées, des éléments empruntés au run & gun, avec son personnage courant et tirant à tout va, au jeu de plateforme, dont « run & jump » s’avère être une description efficace du genre -et accessoirement le titre d’une brillante chronique dédiée au jeu de plateforme rédigée par le non moins brillant Flbond-, au shoot’em up, avec son scrolling continu et son tir rectiligne. RunGunJumpGun est référencé jusqu’à l’os, indéniablement. Mais a-t-il suffisamment de personnalité pour dépasser ce jeu de références et offrir quelque chose de singulier ?

A retenir

On peut voir dans RunGunJumpGun un témoignage de son époque, une oeuvre-somme de ce que la scène indépendante s’est approprié durant cette dernière décennie. Il illustre parfaitement la phrase de Tony Conrad : « History is like music : completely in the Present ». RunGunJumpGun nous raconte une époque qui a vu naître une relation singulière au rythme de jeu avec l’apparition du frénétique et exigeant Super Meat Boy, qui a vu exploser la fascination pour ce qu’on appelle désormais sans vergogne le Pixel Art, qui a marqué le retour d’une difficulté, d’une exigence que l’on croyait confiné aux jeux d’antan. Il nous raconte tout ça et bien plus encore. Mais heureusement, RunGunJumpGun ne se contente pas de mélanger les influences à tout va. Car de ce melting pot de références émerge un jeu solide, précis, incisif, fun, intelligemment pensé, maîtrisé, qui a ce supplément d’âme lui permettant de magnifier les références tout en s’en désolidarisant et chanter sa chanson propre, écrire ses quelques lignes n’appartenant qu’à lui dans le grand livre de la Playhistoire. Evitant l’écueil du gloubiboulga indigeste, il impose son rythme avec détermination et offre des heures de fun et de souffrance à qui prétendra en voir le bout. Une excellente surprise !

Informations sur le jeu

Plateformes : Steam

Genres : endless gunner

Développeurs : ThirtyThree

Éditeurs : Gambition Digital Entertainment

Date de sortie : 31 août 2016 

toma überwenig

 

Sly Trilogy

La Psvita serait-elle la console de recyclage par excellence ? Vu le très peu de nombre de licence qui sont crées spécifiquement pour la console, la portable de Sony est à défaut une excellente console de portage. On ne va pas trop se plaindre, au mieux on découvre des œuvres qui sont excellentes et encore plus quand on peut jouer n’importe où : Persona 4 The Golden pour ne citer que lui. D’un autre côté, on se remange un côté nostalgique qui fait renaître moult souvenirs de jeunesse Final Fantasy X HD et Jak Trilogy en tête. Désormais le raton-laveur rejoint les jeux qui font remplir sa pauvre ludothèque sans trop se forcer. Une autre question se pose pour celui-ci tout de même : Est-ce que tous les jeux de consoles de salon se valent sur consoles nomades ?

Mesdames et Messieurs, je peux vous annoncer fièrement que oui, nous avons atteint la limite. La saga Sly n’étant déjà pas vraiment une saga qui m’emballe avec joie et félicité, ces jeux ne sont pas amusants à jouer sur console, sur portable, sur rien, mais avant de se jeter dans le tas de fumisterie de l’art de la critique bohémienne, jetons un coup d’œil dans le rétro. La série Sly a été développée par le studio Sucker Punch, firme basée à Bellevue, ville périphérique de Seattle. Fondé en octobre 1997 par deux anciens employés de Microsoft, Brian Flemming aidé de Chris Zimmerman, les deux compères n’avaient pas vraiment d’expérience du jeu vidéo, ni d’idée pour commencer leur business, rien ne les empêcha de se jeter dans la bulle vidéoludique sans souci. Un problème de taille restait à régler avant de commencer leur premier projet vidéoludique, trouver un nom à l’entreprise. Selon les dires de Chris Zimmerman « On avait pas vraiment d’idée au début, on voulait juste trouver un nom qui se dégage des codes stricts de Microsoft, Brian et moi on avait fait une liste d’une dizaine de noms, ma femme passant par là, elle nous a dit : « tant que ça ne s’appelle pas Sucker Punch (terme con con aux US) », provenant d’une femme classe quarantenaire, son avis comptait moins que les gosses de 14 ans que nous sommes, on a gardé ce nom. » Désolé de décevoir un vendeur de jeux vidéo qu’on laissera anonyme qui m’avait dit fièrement que le nom du studio provenait du film de Zack Snyder, je serais au chômage, je sais où j’aurai postulé.

sucker-punch-productions

Leur nom est pour le coup très évocateur de leur travail, cette team ne se prend pas la tête, ils prennent leur temps, préférant développer un jeu tous les 3 ans pour le peaufiner et le finir au maximum afin de ne pas être victime du syndrome Ubisoft (j’y reviendrai dans une autre critique).Leur dernière licence Infamous est une excellente illustration du talent de leur studio et que je recommande chaudement à ceux qui n’ont pas eu la chance de le faire. Mais avant cette licence de mutant aux pouvoirs chelous, Sucker Punch développa la trilogie Sly sur la Playstation 2 de 2003 à fin 2005. Le jeu vous plonge dans la peau de Sly Raccon, voleur raton-laveur de père en fils, reconnu mondialement pour son talent de filouterie. Lui et ses potes Murray l’hippopotame rose et Bentley la tortue, parcourent le monde pour voler les objets les plus pimp de l’Humanité Animalière. Le jeu se présente comme un plateformer 3D, la particularité et le grain que j’aime beaucoup dans cette licence, c’est son enrobage.

sly-review-2

Le chara-desgin, l’esthétique cel-shadding et les décors sont tous superbes, je trouve que c’est varié,c’est dense et c’est beau. Après leur première production Rocket : Robot on Wheels sur N64, Sly est une suite logique d’un désir de faire un dessin animé interactif, le jeu a d’ailleurs été récompensé à la GDC 2003 pour son personnage ainsi que son esthétique réussi. La qualité visuelle n’est plus à prouver certes, mais cela ne fait pas un jeu fun à jouer. Par ailleurs, il est drôle de noter qu’un film du premier volet de la saga est prévu en salle pour 2015-2016, je pense que les pontons de Sony ont eu la même pensée que moi, Sly serait un excellent film d’animation plutôt que de jeu vidéo. Pourquoi ? La narration et le background de cet univers se suffisent à eux-mêmes. J’ai aimé la narration de la trilogie, pas la façon où c’est raconté, mais l’idée du raton laveur qui taille la route pour poursuivre les assassins de ses parents tout en gardant un ton enfantin et second degré avec des méchants hauts en couleurs et une bande de copains à leurs trousses, oui, je verrai ça dans un film d’animation, reste qu’il faudrait des mecs avec beaucoup de talent pour que le film ne soit pas un bide culturel.

Sly_Collection_4

Comme je le disais au début, l’équipe de Sucker Punch n’a pas le rodage à l’époque du développement du premier volet comme ses collègues Naughty Dog (Jak & Daxter) ou Insomniac (Ratchet & Clank) pour ne citer qu’eux. Le premier volet est sorti après le premier Jak et aussi Ratchet & Clank, et déjà, je trouvais le gameplay de Sly super-rigide et moins fluide que les autres plates-formers de Sony. Au fil des volets ça c’est amélioré certes, mais le jeu en restait tout de même lourd dans son gameplay avec une sale impression de jouer à un sous Crash Bandicoot ou J&D, presque ennuyeux et léthargique entre les mains. Son autre problème étant l’ouverture en open-world du jeu, dans le sens où les niveaux ne se suivent pas, il faut aller à des points pour lancer les missions, et déjà ça quand ce n’est qu’un jeu d’infiltration, je trouve ce procédé chiant même si c’est pour créer une certaine ambiance et crédibilité de faire un coup monté comme en vrai, mais on revient au problème de l’ennui total. Un dernier problème inhérent de la saga, je trouve la version française honteuse, les dialogues sont écrits par des adultes pour des enfants, ce qui crée un problème de qualité d’écriture et c’est surjoué comme dans un mauvais dessin animé, ça ne rend pas honneur à l’oeuvre surtout que toutes les vannes sont vraiment plates et aucunes ne font mouches alors qu’en VO, bien ça a du sens, et même plusieurs lectures. Je sens déjà quelques réfractaires me balancer du fumier sur mon paillasson d’anglophone péteux, mais en me remettant dans le contexte, Jak & Daxter et Ratchet & Clank qui je le rappelle sont aussi des plateformer exclusives des consoles de Sony, profitent eux, d’une excellente Version française, la voix et le texte français de Daxter en tête. Bref, on pourra retourner le problème de la saga à tort et à travers, mais je ne pourrai jamais me faire à ce jeu autre que de regarder. La collection sur Psvita ? Ah oui, merde, je dois parler de ça. Déjà derrière le dernier volet de la licence Sly Cooper : Thieves in Time sur PS3 et Playstation Vita, le studio Sanzaru Games (qui sont en train de développer Sonic Boom pour Sega) avait sorti la trilogie de Sly en HD en 2010 sur la console de salon, il aura fallu quatre ans pour que Sony décide d’utiliser la cartouche du portage flemmard pour remplir le calendrier de 2014 de la Psvita par manque de jeux indépendants ou d’exclusivité croustillante.

TESTPitfallcover

Pour un joueur passionné, il est souvent difficile de remonter au delà de sa propre « Année Zéro ». Lorsque vous avez grandi avec une SuperFamicom, les jeux NES vous semblent généralement trop faiblards techniquement, et les amateurs des 8 bits de luxe seconde génération (Famicom, Master System) souffrent quand il s’agit de tâter de l’Atari 2600. La préhistoire vidéoludique, c’est rude, c’est comme ça. Et pourtant, certains jeux, certes rares, réussissent, même après des dizaines d’années, à vous claquer au visage comme des évidences, à transpirer le génie malgré la taille des pixels et leur aridité formelle. Des pépites, des coups de maître. Pitfall! premier du nom fait partie de cette catégorie, de cette petite caste d’Elus dispensant la bonne parole vidéoludique, tant par sa classe intrinsèque que par son influence rien moins que massive sur l’univers du jeu vidéo au sens large. 

Pitfall Stories

TESTpitfallcrocoSi le titre fait office de Saint des Saints auprès des plus vieux, ceux qui ont eu la chance de connaître les joies de l’Atari 2600, pour les autres, Pitfall! n’est qu’un nom que les critiques grisonnants aiment à évoquer dès que l’on parle de la plateforme au sens large. Il est bon de faire le distinguo entre les débuts d’un genre et sa préhistoire. L’époque de l’Atari 2600 était excitante et sauvage, dans le sens où chaque jeu était abordé en tant que tel, singulièrement, sans qu’il soit rattaché à un genre. Le territoire vidéoludique était encore en friche et les codes des genres pas encore installés, chaque jeu obéissait à ses propres règles. Là où SuperMario fait clairement partie de ceux qui installèrent les codes du jeu de plateforme, et des jeux comme Donkey Kong à la préhistoire de ce dernier, Pitfall! est une oeuvre de transition entre les deux ères, portant en lui une portion considérable de l’ADN du plateformer à venir tout en restant résolument singulier, entier, à la façon de ses contemporains. De plus, il opte pour une forme de gameplay pluriel, choix particulièrement audacieux à une époque où la plupart des jeux reposent sur l’exploitation d’une mécanique exclusive, que ce soit Pacman, Space Invaders ou Donkey Kong. Voyez plutôt.

TESTpitfallundergroundVous incarnez l’aventurier Pitfall Harry (à ne pas confondre avec Dirty Harry) (ni Mata Harry), cousin éloigné d’Indiana Jones dont le but est, outre de survivre aux pièges d’une jungle hostile, de récolter les trente-deux trésors disséminés sur un parcours périlleux, et ce en moins de vingt minutes. Simple, efficace, sans fioriture à l’image des jeux de son époque. Pas de quoi fouetter une loutre, néanmoins, dit comme ça. Mais si Pitfall! entre dans la légende, ou plutôt l’écrit carrément, ce n’est évidemment pas pour son synopsis, mais bien pour ses idées de gameplay. Dès l’ouverture de la partie, le jeu crée la surprise en respectant les promesses faites par la jaquette : le jeu se passe effectivement sur deux plans autonomes, choix déjà audacieux. Si vous décidez d’évoluer à l’air libre, vous affronterez tous les pièges de ce territoire décidément bien hostile : rondins de bois, crocodiles voraces, lacs, cratères béants, serpents venimeux, feux ardents, tout est là pour vous signifier que vous n’êtes pas le bienvenu! Le sous-sol est moins hostile, n’ayant à son actif que quelques scorpions qui demande un certain doigté pour être enjambés, que l’on prend néanmoins rapidement. Cependant bon nombre de vos tentatives souterraines vous mèneront droit dans le mur – littéralement – vous forçant alors à rebrousser chemin et perdre de précieuses secondes pour rejoindre la surface. Lorsque l’on se penche un peu plus avant sur les spécificités de ces deux niveaux de jeu, on remarque que le sous-sol, en plus d’assurer un parcours plus confortable, fait véritablement office de passage « secret » ou tout au moins de raccourci car si le joueur emprunte cette voie souterraine, la succession des écrans de jeu s’en retrouve bousculée, un écran souterrain équivalant à un nombre défini d’écrans à la surface, soit un raccourci de cinq écrans.

TESTpitfalltarzanComparé à la grande majorité des jeux de l’époque dont l’action est confinée à un seul cadre délimité, Pitfall! est carrément visionnaire, et sa mécanique réussit à mêler à une essence de pur plateforme des éléments (légers) de puzzle game. Car si l’on peut aborder Pitfall! comme un simple jeu de survie, la présence de ces raccourcis souterrains s’intègre à un autre niveau de jeu : le scoring. En effet, dans Pitfall!, à l’instar des grands noms du shoot’em up, le véritable challenge commence à partir du moment où l’on est capable de le finir – mais vu la difficulté du titre, on  passe un bon bout de temps à simplement essayer de sauver ses miches d’aventurier et jouer le chrono en se contentant des quelques trésors amassés durant les vingt minutes sauvages où les écrans se suivent, se ressemblent, mais proposent un challenge toujours renouvelé suivant une combinatoire particulièrement intelligente d’un nombre déterminé d’éléments, les gouffres et lacs qui apparaissent et disparaissent suivant une séquence régulière, ainsi que les salutaires lianes venant s’ajouter à la liste de pièges énoncée plus haut. Si le jeu est exigeant en terme de précision, tous les pièges ne sont pas mortels, et se faire rouler dessus par des bûches ou tomber à l’étage inférieur après un saut mal négocié au dessus d’un trou n’impliqueront qu’une pénalité de score. Pour le reste, on devra prendre des risques et sauter de crocodile en crocodile pour franchir des lacs en prenant bien gare à se positionner sur leur tête au moment où ces gourmands ouvrent la gueule, on franchira étendues d’eau et précipice à l’aide d’une liane, avec un petite séquence mélodique évoquant de façon convaincante le cri de Tarzan, bref, on osera l’aventure. Ajoutez à ça la possibilité ébouriffante pour l’époque de pouvoir commencer le jeu en passant par la gauche, attaquant ainsi la séquence des 255 écrans à l’envers, et vous comprendrez aisément pourquoi Pitfall! est entré dans la légende.

TEMPSMODERNEPuppetcover

Dès les premières images de Puppeteer glanées sur le net, j’étais sous le charme. Aussi, lorsque la galette fit sont apparition au QG du LSR, j’étais déjà résolu, afin de pouvoir tester la bête, à affronter et à vaincre, quels que soient les moyens utilisés : photos montages de Yannou dans des postures honteuses l’obligeant à changer d’identité et de pays (mais étaient-ce vraiment des montages…), laxatifs dans le goûter de Flbond, somnifères dans celui de Koreana_, duel à l’épée contre le Serpent, je ne reculai devant aucun acte de courage, aucune bassesse… jusqu’à ce qu’on me dise que j’avais qu’à demander, si je voulais le tester, pas de problème, on est pas comme ça à LSR. Après avoir blindé les boissons de mes collègues de GHB dans l’espoir qu’ils oublient les sévices et humiliations que je leur avais imposé sur un malentendu (et avoir caché les corps de ceux que je n’ai pas réussi à sauver à temps) (désolé, Garr, Rest In Peace my friend), je rentrai chez moi sautillant tel un farfadet après deux thermos de café car oui, j’avais eu gain de cause, et je pouvais me lancer à corps perdu dans cette aventure à mi-chemin entre le conte pour enfant et la pièce de théâtre.

Un conte à en perdre la tête

Admirez les jeux de texture, les couleurs, et dans la foulée, la taille imposante des antagonistes!

Admirez les jeux de texture, les couleurs, et dans la foulée, la taille imposante des antagonistes !

Puppeteer est vraiment beau, très beau. Le grain des textures, le choix des couleurs, la qualité du charadesign, la souplesse des animation, l’excellence des cut-scenes, la qualité des doublages, pas à dire, la direction artistique est au point, et tout à fait adaptée au mode de narration, qui prend la forme étonnante d’une pièce de théâtre de marionnettes. L’action est donc toujours cadrée par une scène, et l’on saute de tableau en tableau, tous plus enchanteurs les uns que les autres, accompagnés par les commentaires d’une voix-off chaleureuse faisant office de narrateur et servant de liant entre l’action de votre personnage et les cut-scenes qui s’enchaînent suivant un rythme soutenu, absorbant le joueur dans ce conte étrange et sombre mêlant sorcière à moitié malveillante, roi ours usurpateur de trône de la Lune, un chat trop bavard, un tigre féroce, un royaume lunaire, des décors enchanteurs, des enfants kidnappés et tués, et vous-même, Kutaro, un enfant transformé en poupée de bois et décapité par l’horrible Roi Ours. Contrairement aux très nombreuses victimes qui vous précèdent, vous avez eu un coup de chance et avez été pris en main par le chat qui vous initie à la technique du changement de tête, chaque tête étant lié à un pouvoir, et entre lesquelles vous pouvez jongler à loisir. Mieux, vous allez rapidement découvrir une paire de ciseaux magiques, sorte d’Exalibur de ce monde décalé, qui vous choisit comme porteur et vous prête ses pouvoirs. Dans un monde fait de chiffons, de tissus, et de poupées de bois, celui qui détient ces ciseaux magiques a un avantage certain… On est pas loin des créations ambiguës de Tim Burton, structure de conte pour enfants avec un propos assez sombre, mais non dénué d’humour, dans un cadre tout bonnement somptueux, où têtes et ciseaux représentent les deux mamelles du gameplay.

Les ficelles de Puppeteer

Dans Puppeteer, on règle le débat à coups de ciseaux!

Dans Puppeteer, on règle le débat à coups de ciseaux !

Mais bon, comment tout ça fonctionne ? Parce que ça a beau être excitant sur le papier, et magnifique à regarder, un jeu de plateforme se doit d’être plus que ça, d’avoir des mécaniques bien trempées. Et une fois l’émerveillement visuel passé, les défauts commencent à apparaître. Si l’on peut considérer que l’on a affaire à une sorte de descendant du légendaire Pitfall!, – à savoir un jeu de plateforme à tableaux dont le but est d’éviter les pièges et de rejoindre la sortie en récupérant des trésors – boosté par d’excellentes idées, on se rend vite compte que celles-ci sont sous-exploitées. Parlons tout d’abord de la mécanique des têtes, une des deux principales originalités du gameplay de Puppeteer, qui se retrouve finalement ravalée au rang de gadget. En effet, les pouvoirs liés aux têtes ne servent qu’en des cas très précis, et uniquement pour débloquer des bonus lâchés par un squelette si vous avez la tête de squelette, par un sandwich si vous avez la tête de sandwich, par une araignée… Bref, vous avez compris (j’espère!). Dans l’action, ça se traduit de façon très sommaire. Lorsque vous passez à un endroit de l’écran cachant un bonus, une image représentant la tête à utiliser apparaît en surimpression, et à vous de la chausser et de cliquer sur la croix directionnelle bas pour faire apparaître la créature généreuse qui va vous offrir une chiée de cristaux ou débloquer la route vers une zone bonus. Mais encore faut-il avoir la bonne tête sur en stock, ce qui, lors du premier run, n’arrivera que rarement, et sent la ruse à peine déguisée pour booster artificiellement la rejouabilité… Mais voilà, le problème, c’est que ça ne va pas plus loin que ça. En dehors de ces ponctuels moments, à l’instar des anneaux dans Sonic, votre stock de têtes représente votre vie. Lorsque vous perdez la tête, vous pouvez la récupérer durant un certain laps de temps, puis celle-ci disparaît. Une fois épuisé votre stock de têtes, vous perdez une vie. L’idée était excellente sur le papier, mais se retrouve sous-exploitée, et c’est bien dommage, car au final, la mécanique des têtes n’apporte pas grand chose… La possibilité, à la fin de l’acte 1, de consulter la Collection de Têtes poussera les plus méticuleux à tenter d’en compléter les cases vides en rejouant les niveaux, mais on reste au stade de la collectionnite.

Technique de découpe verticale qui vous permet de vous jouer de la gravité.

Technique de découpe verticale qui vous permet de vous jouer de la gravité.

Bah, pas de panique, en plus de l’idée des têtes, on a l’excellente idée de la paire de ciseaux magiques! Kutaro dérobe cette paire de ciseaux au Roi Ours à la demande de la sorcière. Mais contrairement à la masse de gamins que celle-ci a envoyé au casse-pipe, non seulement vous réussissez à mettre la main dessus, mais en plus cet artefact enchanté vous choisit comme maître et vous laisse profiter de ses pleins pouvoirs, ce qui change radicalement la donne. Là encore, les mouvements et les textures des étoffes tailladées sont un régal pour les yeux. L’inertie du découpage vous permet de vous déplacer dans les airs tant que vous avez quelque chose à découper. Parfois même apparaissent à l’écran des pointillés qui vous permettent du découpage éclair, rapide et souple. Bien évidemment, cette lame doublée vous sert aussi d’arme contre les ennemis, enfants transformés dont vous libérerez les âmes à coups de ciseaux. Et là encore, sur le papier, ça fonctionne. En fait, même dans l’action, ça marche plutôt bien. Néanmoins, on sent déjà poindre un des gros défauts du jeu, que je ne vous mentionnerai que plus tard pour maintenir le suspense. Non, parce que pour l’instant, on a d’autres chats à fouetter, car je ne vous en ai pas encore parlé, du chat! Imporant, le chat! Ce dernier ne se contente pas de parler, il vous aide à dénicher les bonus cachés dans le décor. Vous pouvez faire fouiner ce dernier soit à l’aide du joystick analogique droit et de R2, soit à l’aide d’un ami qui fouillera le décor pour vous via une seconde manette. Rôle pas spécialement excitant, il a néanmoins le mérite d’exister, et vu la profusion de cachettes à gratouiller, la petite soeur habituée à jouer avec une manette éteinte pendant que vous ricanez dans votre barbe peut être impliquée dans l’aventure, si elle n’est pas trop gourde. Le premier joueur domine et le second meuble, certes, mais que ce soit à un ou deux joueurs, on a quand même de quoi faire en terme de trésors cachés, que ce soient des gemmes, des têtes ou carrément un bonus stage, et on préférera volontiers voir un second joueur se charger du chat plutôt que de casser l’action en jonglant entre les deux joysticks. Néanmoins, ces artifices ne parviennent pas à nous faire oublier les deux gros défauts du titre. (oui, c’est bon, j’en parle pour de vrai, cette fois!)