Articles

castlevania

Amateurs de goules, de vampires, d’affrontements épiques, d’ambiances gothiques, fans de films de la Hammer, vous frappez à la bonne porte, car en ce sombre Lundi de mars débute à LSR une semaine dédiée à la grande série Castlevania. Avec sa trentaine d’épisodes, dont la plupart flirtent avec l’excellence, difficile d’effectuer une sélection satisfaisante pour honorer l’affrontement du clan Belmont contre les forces du Mal. Et nous ouvrons donc le bal avec cet épisode PSP. Si vous serrez les dents en vous disant qu’un remake n’a rien à fiche ici, c’est que vous ne connaissez pas le remake en question. Car outre le fait que celui-ci soit respectueux de l’original et justifié par des raisons évoquées plus bas, il offrira aux plus braves non seulement l’accès à l’épisode originel sur PC Engine, mais aussi à sa suite directe, le mythique Symphony of the Night sur Playstation! Une bonne occasion d’aborder une époque charnière pour la série de Konami, et de parler de deux de ses meilleurs épisodes, vous ne trouvez pas ?

Le Chaînon Manquant

remise aux goûts du jour d'un titre honteusement méconnu...

Remise aux goûts du jour d’un titre honteusement méconnu…

Symphony of the Night est considéré encore aujourd’hui par beaucoup comme tout bonnement le meilleur épisode de la série. Mais la radicale transformation de l’essence de la série avait de quoi laisser perplexe. En effet, on passait de jeux d’action-plateforme somme toute linéaires – même si la ligne est emberlificotée dans un enchaînement de salles et d’escaliers – à de l’aventure-action labyrinthique où l’on progressait à coups d’aller-retours, le personnage débloquant des capacités au gré du périple lui permettant d’emprunter des chemins inaccessibles auparavant. Labyrinthe, dimension RPG, pas de doute, c’est l’épisode du basculement vers le MetroidVania, terme un peu galvaudé de nos jours qui a néanmoins le mérite à la fois d’être explicite et de rendre à Samus et Alucard ce qui leur appartient. Et l’avalanche contemporaine de MetroidVania de tous poils, tant les jeux gratuits sur le net comme la série des Robot Wants… ou les deux épisodes magnifiques de KOLM que les sorties remarquées sur les plateformes de téléchargement de pépites comme Guaccamelee ou Outland, confirment l’importance radicale du titre de Konami, en en empruntant sans vergogne les mécaniques de level design et de gameplay.

Entrez, si vous l'osez, dans le château de tous les cauchemars...

Entrez, si vous l’osez, dans le château de tous les cauchemars…

Mais si l’on pouvait penser que SOTN représentait une rupture dans la continuité de la série, et pouvait presque s’apparenter à une trahison de l’essence de celle-ci, la redécouverte grâce à ce remake PSP de l’épisode Chi no Rondo nous prouve qu’il n’en est rien, que ce n’est finalement que le prolongement, certes audacieux et radical, d’une évolution amorcée par l’épisode PC-Engine.

TESTPitfallcover

Pour un joueur passionné, il est souvent difficile de remonter au delà de sa propre « Année Zéro ». Lorsque vous avez grandi avec une SuperFamicom, les jeux NES vous semblent généralement trop faiblards techniquement, et les amateurs des 8 bits de luxe seconde génération (Famicom, Master System) souffrent quand il s’agit de tâter de l’Atari 2600. La préhistoire vidéoludique, c’est rude, c’est comme ça. Et pourtant, certains jeux, certes rares, réussissent, même après des dizaines d’années, à vous claquer au visage comme des évidences, à transpirer le génie malgré la taille des pixels et leur aridité formelle. Des pépites, des coups de maître. Pitfall! premier du nom fait partie de cette catégorie, de cette petite caste d’Elus dispensant la bonne parole vidéoludique, tant par sa classe intrinsèque que par son influence rien moins que massive sur l’univers du jeu vidéo au sens large. 

Pitfall Stories

TESTpitfallcrocoSi le titre fait office de Saint des Saints auprès des plus vieux, ceux qui ont eu la chance de connaître les joies de l’Atari 2600, pour les autres, Pitfall! n’est qu’un nom que les critiques grisonnants aiment à évoquer dès que l’on parle de la plateforme au sens large. Il est bon de faire le distinguo entre les débuts d’un genre et sa préhistoire. L’époque de l’Atari 2600 était excitante et sauvage, dans le sens où chaque jeu était abordé en tant que tel, singulièrement, sans qu’il soit rattaché à un genre. Le territoire vidéoludique était encore en friche et les codes des genres pas encore installés, chaque jeu obéissait à ses propres règles. Là où SuperMario fait clairement partie de ceux qui installèrent les codes du jeu de plateforme, et des jeux comme Donkey Kong à la préhistoire de ce dernier, Pitfall! est une oeuvre de transition entre les deux ères, portant en lui une portion considérable de l’ADN du plateformer à venir tout en restant résolument singulier, entier, à la façon de ses contemporains. De plus, il opte pour une forme de gameplay pluriel, choix particulièrement audacieux à une époque où la plupart des jeux reposent sur l’exploitation d’une mécanique exclusive, que ce soit Pacman, Space Invaders ou Donkey Kong. Voyez plutôt.

TESTpitfallundergroundVous incarnez l’aventurier Pitfall Harry (à ne pas confondre avec Dirty Harry) (ni Mata Harry), cousin éloigné d’Indiana Jones dont le but est, outre de survivre aux pièges d’une jungle hostile, de récolter les trente-deux trésors disséminés sur un parcours périlleux, et ce en moins de vingt minutes. Simple, efficace, sans fioriture à l’image des jeux de son époque. Pas de quoi fouetter une loutre, néanmoins, dit comme ça. Mais si Pitfall! entre dans la légende, ou plutôt l’écrit carrément, ce n’est évidemment pas pour son synopsis, mais bien pour ses idées de gameplay. Dès l’ouverture de la partie, le jeu crée la surprise en respectant les promesses faites par la jaquette : le jeu se passe effectivement sur deux plans autonomes, choix déjà audacieux. Si vous décidez d’évoluer à l’air libre, vous affronterez tous les pièges de ce territoire décidément bien hostile : rondins de bois, crocodiles voraces, lacs, cratères béants, serpents venimeux, feux ardents, tout est là pour vous signifier que vous n’êtes pas le bienvenu! Le sous-sol est moins hostile, n’ayant à son actif que quelques scorpions qui demande un certain doigté pour être enjambés, que l’on prend néanmoins rapidement. Cependant bon nombre de vos tentatives souterraines vous mèneront droit dans le mur – littéralement – vous forçant alors à rebrousser chemin et perdre de précieuses secondes pour rejoindre la surface. Lorsque l’on se penche un peu plus avant sur les spécificités de ces deux niveaux de jeu, on remarque que le sous-sol, en plus d’assurer un parcours plus confortable, fait véritablement office de passage « secret » ou tout au moins de raccourci car si le joueur emprunte cette voie souterraine, la succession des écrans de jeu s’en retrouve bousculée, un écran souterrain équivalant à un nombre défini d’écrans à la surface, soit un raccourci de cinq écrans.

TESTpitfalltarzanComparé à la grande majorité des jeux de l’époque dont l’action est confinée à un seul cadre délimité, Pitfall! est carrément visionnaire, et sa mécanique réussit à mêler à une essence de pur plateforme des éléments (légers) de puzzle game. Car si l’on peut aborder Pitfall! comme un simple jeu de survie, la présence de ces raccourcis souterrains s’intègre à un autre niveau de jeu : le scoring. En effet, dans Pitfall!, à l’instar des grands noms du shoot’em up, le véritable challenge commence à partir du moment où l’on est capable de le finir – mais vu la difficulté du titre, on  passe un bon bout de temps à simplement essayer de sauver ses miches d’aventurier et jouer le chrono en se contentant des quelques trésors amassés durant les vingt minutes sauvages où les écrans se suivent, se ressemblent, mais proposent un challenge toujours renouvelé suivant une combinatoire particulièrement intelligente d’un nombre déterminé d’éléments, les gouffres et lacs qui apparaissent et disparaissent suivant une séquence régulière, ainsi que les salutaires lianes venant s’ajouter à la liste de pièges énoncée plus haut. Si le jeu est exigeant en terme de précision, tous les pièges ne sont pas mortels, et se faire rouler dessus par des bûches ou tomber à l’étage inférieur après un saut mal négocié au dessus d’un trou n’impliqueront qu’une pénalité de score. Pour le reste, on devra prendre des risques et sauter de crocodile en crocodile pour franchir des lacs en prenant bien gare à se positionner sur leur tête au moment où ces gourmands ouvrent la gueule, on franchira étendues d’eau et précipice à l’aide d’une liane, avec un petite séquence mélodique évoquant de façon convaincante le cri de Tarzan, bref, on osera l’aventure. Ajoutez à ça la possibilité ébouriffante pour l’époque de pouvoir commencer le jeu en passant par la gauche, attaquant ainsi la séquence des 255 écrans à l’envers, et vous comprendrez aisément pourquoi Pitfall! est entré dans la légende.