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Les vieux briscards qui ont connu la belle époque où chaque bar avait deux bornes entre le flipper et le baby-foot pleurent d’autant plus fort la disparition de nos chères salles d’arcade. C’est un phénomène de longue date et mondial – même la Sainte Terre du jeu vidéo, le Japon, est touchée -, et si quelques farouches résistants réussissent à maintenir dans les grandes villes un accès à l’arcade, celle-ci est moribonde.

Destinée à disparaître ? Pas forcément. Car loin de baisser les bras, les amoureux d’arcade continuent farouchement le combat de résistance, soit par la sauvegarde du patrimoine vidéoludique, soit par un accès ponctuel lors de soirées thématiques à une portion de Playhistoire, comme nos amis de Coin-Op Legacy.

Mais aujourd’hui, une nouvelle lueur d’espoir nous est tombé dessus comme un boulet, offrant non pas une préservation d’une histoire vidéoludique mais bien une ouverture sur l’avenir : le système ExA-Arcadia!

Peu d’informations ont filtré pour l’instant – heureusement que la team Shmup’em-All veillait au grain, preuve à l’appui! -, mais l’ambition est de taille. De par son rayonnement annoncé, déjà. En effet, la volonté derrière ce système est la démocratisation de l’arcade contemporaine à l’échelle mondiale, contrairement au système NesicaxLive, système connecté qui restait exclusivement confiné au Japon sur lequel était sorti entre autres la version surboostée de l’excellent hommage aux danmakus (aka bullet hell aka rideau de balles, tu vois le principe, cher lecteur!) Crimzon Clover Fire Ignition, que nous n’avons pu toucher qu’une fois la bête portée sur Steam.

Donc oui, un nouveau système arcade ayant pour vocation la versatilité et qui garde en ligne de mire les possibilités d’adaptation salon/PC, ça fait déjà rêver. Il en est de même pour le line-up de la bête : outre une version arcade de l’excellent Aka To Blue titrée Aka To Blue Type-R, excellent danmaku jusqu’alors confiné aux tablettes les plus puissantes de chez Apple, développé par Tanoshimasu – comptant un ancien de chez Cave au développement ce qui ne surprendra pas grand monde au vu de l’orientation du titre et de sa qualité -, on verra, pour notre plus grande joie, débarquer Super Hydorah AC, de l’incomparable Locomalito – un de mes développeurs préférés dans le monde du retrogaming dont je vous cause régulièrement dès que l’occasion se présente, noble paladin du jeu vidéo ayant pendant des années proposé ses jeux gratuitement et connaissant ces dernières années une reconnaissance bien méritée à travers les versions remaniées avec amour de deux de ses meilleurs jeux, Castilla Maldita EX et Super Hydorah, disponibles tous deux sur Steam, mais aussi sur consoles de tous poils -.

Un troisième jeu jusqu’alors tenu secret a été annoncé très récemment via twitter : Infinos EXA, portage arcade d’Infinos Gaiden, troisième opus d’une série de doujin ayant débarqué sur Steam il y a peu et de très bonne facture.

Trois jeux, trois shmups, trois titres importants chacun pour des raisons spécifiques, je suis Joie. A voir si le système diversifiera sa production par la suite ou si le shmup restera la ligne directrice des sorties, et quel sera l’avenir de ce système qui pourrait marquer un vrai tournant dans l’histoire de l’arcade.

Nos amis de Shmup’em-All suivent l’affaire de près, et ils le font bien.

D’ailleurs, si tu ne l’as pas encore fait, va vite écouter ce podcast, tu verras, c’est bien : https://shmupemall.com/podcast/podcast-shmupem-all-62-mois-de-decembre-mois-fetes-mois-comiket-15884.html

A LSR, on aime ShmupEmAll, SEA pour les intimes, ce n’est ni une suprise, ni un secret. Alors je ne vais pas vous refaire un laïus sur la haute qualité du site en question, l’excellence de leur contenu, la coolitude de leurs membres, la bonne ambiance de leur forum, la surpuissance didactique de leurs excellents one-sissy – donc des one-sissies -, ces vidéos qui enseignent aux joueurs aux doigts gourds quelques ruses pour appréhender plus sereinement certains shmups velus, tout en faisant régulièrement découvrir une petite pépite injustement négligée ou oubliée. Non, je ne vais pas vous le refaire, ce laïus, car si vous n’êtes pas au courant, ça veut dire que vous n’avez pas lu mon excellente chronique Shoot Them Down rédigée avec amour, dédiée au noble genre du Shoot’em up, son histoire, ses arcanes, sa place dans la Playhistoire. Et du coup, je vous boude. Voilà.

C’est donc aux autres que je m’adresse, les lecteurs de bon goût. Après une première invitation il y a quelque mois pour un podcast plein de bonnes choses, les amis de SEA ont reconvié votre serviteur – au cas où vous auriez vraiment un serviteur dans la vraie vie, là, c’est de moi que je cause, hein, pas que ça crée des histoires, des malentendus et tout – pour un second round rondement mené, malgré la canicule ambiante – car oui, je suis en retard partout, y compris dans mes news, et quand on l’a enregistré, il faisait CHAUD!! -. Des news, des digressions, du teasing, de la bonne humeur, un retour sur la place du shmup sur Steam et son évolution, bref, que du bon! Vous trouverez le programme ici, vous pouvez téléchargez le podcast là. Voilà. Quant à moi, je vous retrouve bientôt pour un chapitre bonus de Shoot Them Down – qui traitera de quoi, me demandes-tu, cher lecteur ? Tu le sauras en écoutant le Podcast -. Et sur quelques articles entre temps car à LSR, les vacances, on connait pas!

Ah, la soirée Shoot Them Down...

Ah, la soirée Shoot Them Down…

Il y a bientôt un an se déroulait à la salle d’arcade Coin-Op Legacy une soirée spéciale, à plus forte raison pour moi, puisqu’elle clôturait une année de bons et loyaux services sur Shoot Them Down, une chronique dédiée au shoot’em up, à son histoire, à ses codes – tiens, d’ailleurs, la soirée s’appelait aussi Shoot’em Down, maintenant que j’y pense… Curieux hasard… -. Et parmi ceux qui ont rendu cette chronique – et cette soirée, tant grâce à leur contenu que grâce aux lots gracieusement offerts – possible, outre le possy LSR qui s’est donné à fond jusqu’à l’évanouissement, on compte entre autres le site encyclopédique dédié amoureusement au genre shmup.com, ainsi que la joyeuse équipe passionnée jusqu’au bout des ongles de chez shmupemall.com, dont les articles approfondis et les one-sissy – donc one-sissies, devrait-on probablement dire – ont été et continuent d’être une source d’inspiration, de surprise, d’informations et de plaisir. Bref, à LSR, on aime SEA, et depuis un bon bout de temps!

C’est donc avec un plaisir conséquent que votre serviteur a accepté l’invitation de Trizealbis et de Geekolosky pour participer au Podcast d’avril 2015, pour causer de l’actualité shmup, revenir sur la chronique Shoot’em Down, et accessoirement donner envie de se pendre à mes hôtes via une discussion sur l’avenir du genre. Bon OK, depuis, je suis banni du site, et même d’internet, j’ai dû changer de nom – on m’appelle désormais Il Burvitos, ça va, c’est discret -, et je soupçonne l’équipe de SEA de planter des aiguilles dans des poupées à mon effigie… Mais le podcast est vachement bien! C’est téléchargeable ici, c’est gratuit, et le simple fait de l’écouter augmente vos skills aux jeux vidéos et guérit les rhumes légers et les crises d’allergie au mythrill, satisfait ou remboursé!

EDIT : Le podcast sera diffusé le 24 avril (2015, hein!) à 21h sur la webradio Nihon No Oto. Viendez, les amis, viendez!

REFLEXIONShmupcover

Ca fait un bout de temps que je veux faire un article massif sur le shoot’em up, genre qui a présidé à la naissance de l’univers vidéoludique et qui continue d’imposer sa juste mesure, malgré son étiquette très « 21ème siècle » de pratique de niche. Mais comme l’année prochaine LSR vous concocte une petite surprise à cet égard, plutôt que d’aborder le shmup au sens large, parlons ici d’un courant au sein du shmup : le danmaku, ce fameux « rideau de balles », à la fois second souffle majestueux du genre, et paradoxalement instrument de sa chute dans la sphère populaire. Vous vous interrogez sur cette noble pratique qui semble réservée aux guerriers ? Vous vous demandez ce qui s’est passé entre R-Type et DoDonPachi SaiDaiOuJou ? Vous avez vu de la lumière et vous êtes entrés ? Pas de problème, il y a de la place pour tout le monde! C’est parti pour une petite introduction au danmaku, histoire de comprendre ce qui fait son essence, la différence entre celui-ci et un shmup « classique »! Et on va faire ça de façon didactique, à coups d’affirmations un peu caricaturales qui tracent à coups de crayon gras les contours du genre, et vont me permettre de développer quelques uns des traits principaux du genre. Allons-y, survolons une portion non négligeable d’un des genres les plus riches de la playhistoire, et assurément le plus ancien!

Dans l’Enfer des Balles

« Dans un Danmaku, tu as plein, mais alors plein de bullets dans tous les sens! » 

Le True Last Boss de Mushihimesama et ses patterns tout à fait raisonnables...

Le True Last Boss de Mushihimesama et ses patterns tout à fait raisonnables…

Commençons par l’évident, le flagrant, vu que même le nom du genre, se traduisant par « rideau de balles », arbore fièrement cet aspect de la chose, tel un étendard majestueux. Oui, dans un danmaku, il y a de la bullet en masse, du pruneau au kilo, ça poutre, ça tire, ça remplit l’écran, au point d’intimider les nouveaux venus. Pourtant, la difficulté fait partie de l’ADN du shoot’em up, un genre pas avare en challenge, et l’avalanche de bullets a simplement transposé le mode sur lequel la difficulté inhérente au genre se manifeste. Donc plus difficile, pas sûr, mais assurément différent. Mais attention, pour faire un bon danmaku, il ne suffit pas de saturer l’écran de tirs ennemis en vous laissant cul nu devant cette annonce de mort assurée! Trois paramètres sont au centre de cette foison de bullets. Déjà, il faut impérativement que le joueur ait un chemin, une possibilité de survie, sinon ce serait juste du n’importe quoi. Si l’on meurt dans un danmaku, c’est à cause d’une erreur personnelle, pas à cause d’un mauvais équilibrage du jeu. Ceux qui ont pu admirer les avalanches wagneriennes de bullets dans le magnifique Mushihimesama (2005) de Cave ou la série des Touhou le savent : il y a toujours une échappatoire, tout est question d’esquive et de placement, de réflexes et de sang froid. Ikeda, acteur majeur dans le monde de Cave racontait que lorsqu’il a joué à Battle Garegga (1996) de Raizing, il a ressenti une ivresse particulière, ce plaisir singulier de jongler avec adresse dans un océan de balles qui mettent à mal vos réflexes. Bon, il disait aussi que ça lui rappelait le troisième loop de Gradius (?!!), ce qui en dit long sur le niveau du gaillard, mais le constat était sans appel, après une course à l’armement dans le shmup, le désir de revenir à un gameplay plus viscéral, plus organique se faisait sentir, c’est ce qu’il manquait à des titres comme les Raiden tardifs notamment les Raiden Jet et Raiden Fighters, excellentes séries se perdant néanmoins dans l’orgie d’options, de vaisseaux disponibles (entre dix et vingt!).

Avalanche massive dans des motifs géométriques se déplaçant lentement, Touhou dans toute sa splendeur!

Avalanche massive dans des motifs géométriques se déplaçant lentement, Touhou dans toute sa splendeur !

Le second paramètre, tout aussi essentiel, est simple : il faut que ça soit beau! J’admets, la formulation est peu élégante, mais pourtant, la beauté des patterns, leur déploiement évoquant des géométries complexes en perpétuelle mutation est réellement au centre de ce qui fait la force du danmaku. Dans la série des Touhou, des motifs hypnotiques se croisant avec souplesse et élégance inondent l’écran et mettent à mal les sens du joueur. Mushihimesama, toujours lui, marque un cap dans l’évolution de Cave, qui s’adonne ici au plaisir coupable de la surenchère, avec comme but avoué de mettre à genoux leur nouveau hardware, de tester ses limites en terme d’affichage. Le résultat est tout bonnement magistral. Mais Ketsui (2002), dans un genre plus sobre et, il faut l’admettre, plus cruel, s’il ne donne pas dans cette même échelle de surenchère, propose peut-être des patterns parmi les plus vicieux et les plus impressionnants du genre, avec des trajectoires élastiques en deux temps, véritable bullet ballet dans lequel le joueur virevolte, la survie ne tenant parfois qu’à un pixel. Et enfin, le troisième, variant suivant les époques et les séries concernées, serait la lenteur relative des projectiles adverses. Dans cette danse entre esquive millimétrée et positionnement stratégique, cette lenteur est un élément important, permettant au joueur d’analyser les patterns, d’anticiper leur déploiement, de survivre, tout simplement. Là où un Touhou donnera dans l’excès de projectiles à l’écran et compensera par une lenteur extrême des patterns, un DonDonPachi sera plus nerveux, proposant des patterns moins chargés mais plus agressifs. On ne peut pas parler de recette systématique, évidemment, mais plutôt de tendance générale.

Dans Mars Matrix, ça avoine, ça va vite, ça fait mal!

Dans Mars Matrix, ça avoine, ça va vite, ça fait mal !

Au regard de ces aspects, on peut légitimement s’interroger sur l’identité des jeux de Takumi, comme les deux excellents Gigawing, mais plus spécifiquement sur l’impitoyable Mars Matrix (2000). Si la densité extrême du jeu en terme de bullets nous incite à le considérer comme un danmaku pur jus, son système de jeu, basé sur l’utilisation d’un bouclier déflecteur de bullets qui renvoie ces dernières sur les adversaires dans une orgie d’items bonus, va un peu à l’encontre du principe premier énoncé plus haut, l’esquive millimétrée, bien que la précision extrême soit bien évidemment de la partie pour qui entend ne pas donner dans le credit-feeding frénétique. De plus, les adversaires avoinent comme des sauvages avec des bullets qui certes remplissent l’écran, mais foncent sur vous très rapidement comparativement aux canons du genre, et ça ne semble pas être équilibré suivant un système de patterns géométriques. La question reste à débattre, mais personnellement, je considère les jeux de la firme comme des outsiders de qualité qui ne répondent pas exactement aux spécificités propres au danmaku. On flirte avec le danmaku, c’est certain, mais en restant dans les marges du genre. Bon, on me souffle à l’oreillette que vous n’en n’avez rien à foutre, donc passons gaiement à la suite!

 « Il y a trop de bullets à l’écran, j’ai la place pour faire passer le vaisseau! NOOOoo…Tiens ? Je suis pas mort ? »

Dans Deathsmiles, protégez le coeur de votre sorcière bien aimée!

Dans Deathsmiles, protégez le coeur de votre sorcière bien aimée!

Ah, la grande époque des Space Invaders (1979) et autres R-Type (1987) où la moindre boulette effleurant votre vaisseau (parfois même de loin!!), le moindre frottement avec un élément du décor vous assurait une perte de vie sans autre forme de procès! Le danmaku, on l’a vu, donne dans la surenchère de bullets à l’écran, laissant des passages particulièrement étroits entre ces dernières, largement plus étroits que la taille de votre vaisseau, pour sûr. Votre survie reste cependant possible, car la taille masque de collision, c’est-à-dire la zone vulnérable de votre vaisseau, a été revu à la baisse. Désormais, seule la zone centrale de votre vaisseau doit être protégée, le reste traverse les bullets sans problème. Cette dimension au centre de la survie dans le danmaku a de quoi déstabiliser dans un premier temps, car le réflexe instinctif de tout joueur élevé au bon grain de chez Irem sera de protéger le vaisseau dans son ensemble, mais pourtant, il est fondamental d’aller contre son intuition et d’évaluer extrêmement précisément cette zone de vulnérabilité, la voir, l’imprimer, car sans ça, vous êtes foutu. Fort heureusement, celle-ci est souvent identifiable au sein du sprite de votre vaisseau : généralement, c’est tout simplement le cockpit, comme dans le titre phare de la série culte du genre façon Cave : DoDonPachi. Par la suite, Cave mettra cette zone en exergue de façon d’autant plus explicite, comme dans DeathSmiles (2007), où elle est représentée par un coeur, ou encore dans Mushihimesama (non, je ne suis pas obsédé par ce jeu…), où le masque de collision apparaît sous forme d’orbe lorsque le bouton de tir est maintenu.

parsec47

Parsec47, un véritable abstract danmaku ultra nerveux, épuré.

Le choix de l’identifier explicitement est judicieux, car ça permet au joueur de ne pas passer par cette phase un peu pénible où l’on se prend des bullets perdues en étant persuadés que normalement ça devait passer, et que l’on finit par avoir une idée un peu vague de la chose, laissant du coup les phases de navigation millimétrée sous le signe de coup de moule. Les doujins (terme désignant des jeux – ou autre – autoproduits, mais aussi une véritable scène parallèle particulièrement prolifique et faisant la part belle au danmaku, où l’on a à boire et à manger, et où une avalanche de p’tis jeux sympas côtoient de nombreuses pures perles comme la série des Touhou ou Crimzon Clover) Parsec47 (2003) et Noiz2a (2003), tous deux de Kenta Cho, danmakus minimaux et abstraits graphiquement empruntant le gameplay et le scoring system de l’étrange et jouissif Dangun Feveron (aka Fever SOS) (1998) de Cave, vont jusqu’à représenter le vaisseau comme un masque de collision de quelques pixels entourés de modules de décoration, permettant de tout sacrifier à la surenchère et à la nervosité. Néanmoins, où tracer la limite dans cette course à la réduction du masque de collision ? A partir de quel moment passe-t-on du travail de précision au sentiment de flottement accompagné de techniques approximatives et un peu kamikazes sous le signe du « ça peut p’tet passer, non ? » ? La combinaison entre le masque de collision du vaisseau, celui des bullets, et les rideaux de balles où un projectile en cache forcément un autre, ce sentiment est au seuil de la porte. Clairement, le mode Ultra de Mushihimesama flirte avec cette limite. Ca n’empêche évidemment pas la perle de Cave d’être adulé et pratiquée à bras-le-corps par des joueurs d’exception comme A-M ou DamDam, mais poussera peut-être les joueurs avides de précision au fil du rasoir et de lisibilité sans faille plutôt vers des DDP ou des Ketsui.