Articles

« Il était une fois … Fableville. Une Communauté clandestine de New York où se sont réfugiés des personnages appartenant à l’univers des contes et légendes. Tous les membres de cette société secrète ont fui des guerres terribles, déclarées par un ennemi connu sous le seul nom de « l’Adversaire », qui a méthodiquement envahi et conquis un par un leurs innombrables royaumes. Les Fables – c’est leur nom – qui ne peuvent pas passer pour des humains sont contraints de rester parqués à La Ferme, une annexe de Fableville, dans le nord de l’Etat ». Merci à Bill WILLINGHAM de nous planter aussi bien le décor… et accessoirement de m’offrir une introduction facile à cet article dédié à « The Wolf Among Us » !

« Je veux grandir… et je veux niquer » (Pinocchio, Fables n°1)

Car, si février 2019 fut consacré à Disney, Le Serpent Retrogamer se penche en ce mois de mars sur les liens entre jeux vidéo et littérature. Au moment de la réflexion sur cette thématique, la transition m’est apparue immédiate et limpide : il me fallait revenir sur « The Wolf Among Us », l’adaptation vidéoludique du fantastique comics « Fables ». En effet, cette œuvre repose sur l’idée géniale de Bill WILLINGHAM de confronter les innombrables personnages de contes et légendes, si chers à Walt DISNEY et dont les adaptations animés ont fait la renommée, à un contexte contemporain avec une maturité visuelle et narrative à en faire se retourner dans sa tombe le bon Walt.

De 2003 à 2015, sur le label Vertigo de DC Comics, WILLINGHAM a pu développer avec grande réussite sa vision des fables, contes, comptines, mythes, légendes et autres œuvres issues du folklore populaire américain et international… des Trois Petits Cochons au Petit Chaperon Rouge, en passant par Pinocchio et la Belle et la Bête.

Assisté au dessin par Lan MEDINA, puis surtout Mark BUCKINGHAM, et James JEAN (et ses somptueuses couvertures), l’auteur offrira au lecteur une histoire rafraîchissante, au gré de 24 albums (version francophone), faite d’intrigues mêlant les genres littéraires, les temporalités et (ce qui fait son identité première) des personnages à l’apparence et au passif (leur propre récit légendaire) des plus hétérogènes. Vous voulez des exemples ? Comment Blanche Neige, divorcée du Prince Charmant, pourra-t-elle asseoir son autorité sur la communauté des Fables alors qu’elle est perçue comme l’incarnation de la naïveté et de la candeur ? Ou quelle légitimité accorder au Grand Méchant Loup (alias Bigby Wolf), investi du rôle de shérif, alors que tous ont encore en mémoire ses anciens méfaits de prédateur sournois ?

Le comics, non seulement fait se rencontrer dans un contexte contemporain ces personnages issus de récits imaginaires, mais renvoie également à leur portée moralisante et allégorique. Ainsi, de manière directe ou indirecte, consciente ou inconsciente, le lecteur aura souvent la joie de pouvoir confronter les symboliques véhiculées par chaque personnage, dans chaque intrigue du comics. A titre personnel, j’ai ainsi constamment agrémenté ma lecture du comics de recherches Internet sur les personnages rencontrés et leur récit originel respectif pour une mise en perspective très enrichissante et intellectuellement valorisante.

« Tell tale » = « raconter des histoires » (Google Translation)

D’octobre 2013 à juillet 2014, le comics « Fables » se verra adapté par le studio californien Telltale Games en jeu vidéo du genre point’n click, en cinq parties construites comme des drama télévisés (générique, caméo, teasing), nommé « The Wolf Among Us », préquelle du comics.

De sa consécration (l’adaptation de la série « The Walking Dead »), à sa chute vertigineuse des derniers mois (licenciement de l’ensemble de ses effectifs), tout a déjà été dit sur Telltale Games. Beaucoup de joueurs, dont moi, sont restés stupéfaits en découvrant sa formule, qui a d’abord fait sa renommée, toute orientée vers la narration, une mise en scène forte et des possibilités de choix inédites au service de licences célèbres. D’autres, aussi nombreux, ont ensuite décrié les limites de ladite formule, péjorativement qualifiée de « à la Telltale », et l’illusion de ses choix, une fois la magie retombée.

A titre personnel, malgré les imperfections de ses productions, je retiendrai l’idée première du studio, celle qui nous fait déjà regretter son inéluctable disparition : raconter des histoires.

Ainsi, comme toute production Telltale, « The Wolf Among Us » prête inévitablement le flanc à la critique en termes de faible interactivité (QTE, gestion d’inventaire quasi-inexistante) et d’illusion d’impact de nos choix (clairement perceptible en recommençant le jeu). Toutefois, il restera mémorable pour tout qui aura été sensible à ses récit et ambiance de polar noir, ses personnages charismatiques et ambivalents, et bien sûr le respect remarquable accordé au matériau d’origine.

Noir, c’est noir

« Qu’est-ce qu’un bon polar ? C’est d’abord une bonne enquête, avec un mystère à la fois complexe et accessible, des personnages douteux, des indices plus ou moins utiles, des entretiens sans fin (…) » (CANARD PC n°385, août 2018, Netsabes). Vous aurez tout cela dans « The Wolf Among Us ».

Comme sur la série « The Walking Dead », Telltale développe dans « The Wolf Among Us » une intrigue inédite au comics d’origine, tout en s’inscrivant parfaitement dans son contexte.

Le jeu nous fait ainsi incarner Bigby Wolf, shérif/détective, confronté à un jeu de pistes criminelles remuant toute la communauté des Fables. Investi, avec Blanche Neige (Snow White), du maintien de la paix et de la sécurité à Fabletown, Bigby devra de concert mener une enquête policière semée d’embuches et œuvrer indirectement à son rachat aux yeux des sceptiques (toujours traumatisés par son violent passif).

Dans sa construction apparente, « The Wolf Among Us » fait inévitablement penser au tome n°1 du comics (« Légendes en Exil ») avec lequel il dispose de réelles similitudes : une première scène macabre lançant le récit, même tandem complice constitué de Bigby et Blanche Neige partageant leur quête de légitimité, Fabletown comme unité de lieu, quelques personnages similaires (la Belle et la Bête, cochon Colin, Barbe Bleue, Jack Horner), recherche d’indices et de suspects, démonstration de la vérité devant un jury collectif, etc.

Néanmoins, en comparaison du comics, le jeu vidéo parvient à apporter une touche plus grave et sombre à son polar par sa mise en scène, son jeu d’acteurs et son ambiance sonore remarquables. En conséquence, les fans du comics remarqueront un certain retrait de l’humour (noir) caractéristique de l’œuvre de WILLINGHAM. Aussi, le langage particulièrement cru utilisé dans le comics semblera un poil adouci dans l’adaptation vidéoludique.

« La satisfaction que procure un polar vient de ce moment où, après avoir imaginé une infinité d’hypothèses, on comprend, on voit enfin clair. Bref, le déclic. Un bon polar vous permet d’y arriver. Un excellent polar montre également le personnage que l’on suit comprendre à son tour, après avoir imbriqué toutes les pièces, et il y a là une double satisfaction » (CANARD PC n°385). Je ne répondrai pas à votre place à la question de savoir si « The Wolf Among Us » est un bon ou un excellent polar. Essayez-le !

Pour ma part, je peux simplement témoigner que l’épisode final m’aura laissé particulièrement pensif et intrigué sur les tenants et aboutissants de l’histoire… avant le déclic survenu plusieurs heures plus tard, à tête reposée, me permettant de clôturer mon interprétation de cette première (et ultime) saison.

A retenir

De nos jours, rares sont les jeux ne prenant pas le joueur pour un gamin inculte adepte du « battle royale » décérébré. Loué soit Telltale pour la réflexion gratifiante qu’il nous offre en conclusion de ce « The Wolf Among Us », adaptation réussie du fantastique « Fables » de WILLINGHAM (lisez-le !).

Telltale est mort, vive Telltale !

2014-11-30_00013

Mettons les choses au clair : Telltales commence à s’essouffler. Alors que tout le monde s’accorde à penser que la 2ème saison de The Walking Dead est moins bonne que la 1ère (attention, je n’ai pas dis mauvaise) et que les premiers épisodes de Game of Thrones ne s’adressent qu’aux très grands fans, j’avais très peur pour ce « Tales from the Borderlands ». Qui plus est, qui dit Borderlands dit humour à la con, noir et décalé. Et quand je vois le résultat du dernier jeu humoristique de Telltales, Retour vers le Futur, et bien j’ai peur. Je n’ai d’ailleurs jamais eu aussi peur. Mais j’avais envie d’y croire! Et à l’aube de la série, à l’issu du premier épisode je me suis dit « j’avais bien raison d’y croire! »

Pour les Fans ?

Borderlands, c'est un univers comme j'aime : drôle, noir, et décalé

Borderlands, c’est un univers comme j’aime : drôle, noir, et décalé

Cette histoire interactive est un pur produit de fan service. Les références sont extrêmement nombreuses, peu de choses sont expliquées sur l’univers… Le jeu considère que vous vous trouvez en terrain connu. Cependant, cet univers post-apocalyptique déjanté pourrait vous charmer, même si vous êtes un néophyte. Et cela a été mon cas. Après avoir un peu pataugé avec l’anglais (oui le jeu est uniquement en anglais), et avec l’univers de Borderlands que je ne connaissais pas du tout, je me suis pris d’affection pour les personnages et les enjeux. Et du coup, j’ai réellement envie, maintenant, de me plonger dans Borderlands! Par contre, si vous êtes un mordu de la licence (ou que vous avez au moins aimé l’univers), et que vous ne savez plus quoi faire avec vos 4 persos niveau max, que vous avez chopé toutes les armes perles du 2, que vous en êtes au point de vous farcir Crawmerax seul et au corps à corps tellement vous avez retourné les jeux, alors celui-ci vous permettra enfin de relâcher la gâchette et de finir tranquillement vos vacances sur Pandore… Et quelle ambiance! Telltale a de nouveau fait un travail incroyable pour s’approprier l’univers créé par Gearbox Software. Le style graphique est quasi identique, on retrouve énormément de références aux autres jeux, l’humour est toujours aussi débile pour notre plus grand bonheur… Quand aux musiques, Jared Emerson-Johnson montre encore une fois son talent, avec des thèmes plus rythmés cette fois-ci (ainsi que quelques musiques tirées des anciens jeux). Alors si Telltale sait nous faire rire, alors là je ne sais plus!

Une suite avec des nouveaux personnages ?

Deux personnages que vous allez adorer !

Deux personnages que vous allez adorer!

L’histoire se déroule quelque temps après Borderlands 2 et ses extensions, donc attention aux spoils. Première surprise de cette nouvelle série de Telltale : vous contrôlez non pas un, mais 2 personnages (pirouette aussi présente dans la série Game of Thrones, mais c’est moins bien ^^). Rhys, un employé d’Hyperion équipé d’un bras et d’un œil bionique, et Fiona, une escroc pandorienne. Chacun d’eux possède une « capacité » qui lui est propre : le premier peut utiliser son œil pour analyser l’écran où il se trouve, soit pour découvrir des éléments importants, soit pour obtenir des informations plus ou (surtout) moins utiles sur l’univers. La seconde peut conserver de l’argent sur elle, qu’il possible de dépenser ou pas à certains moments, ce qui peut changer la tournure que prennent les événements. Concernant leur personnalité, difficile de la résumer, puisque le jeu vous laisse encore une fois le choix de leurs réponses lors des dialogues : bien que Rhys soit plutôt un beau parleur et gaffeur, il peut être un trouillard ou un cynique sûr de lui, en fonction de vos choix. Fiona, de son côté, peut tout autant être une criminelle au grand cœur qu’une impitoyable escroc. Tout commence lorsque Rhys, employé de la station Helios, se voit convoqué chez le patron de celle-ci. Ce dernier se révèle être Vasquez, son rival de toujours, qui s’est octroyé ce grade après avoir balancé son prédécesseur par le sas (oui c’est Borderlands mes amis!). Sa première action est d’affecter Rhys au nettoyage des poubelles de la station. Furieux, ce dernier décide de prendre sa revanche avec deux de ses collègues après avoir appris que Vasquez comptait acheter une clé d’Arche à un pandorien. Rhys et son meilleur ami Vaughn se rendent donc sur Pandora pour effectuer la transaction à sa place et garder la clé d’Arche… Mais ça tourne mal, vous vous en doutez! Je ne détaillerai pas plus le scénario, celui-ci étant le principal intérêt du jeu. Cependant, sachez qu’il ne s’agit que d’un prologue ; le véritable début de l’aventure se situe tout à la fin de l’épisode.