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Voici donc le dixième épisode de cette chronique Biblio-Rétro. Probablement le dernier de cet exercice annuel, mais rien ne l’empêche de revenir épisodiquement sous la forme d’une rubrique à part entière sur le site de LSR. Le meilleur pour la fin? Difficile d’y répondre, tant on a eu la chance de traiter des ouvrages intéressants, notamment l’artbook du mythique Ōkami, l’analyse de la narration de Dylan Holmes, la plongée dans l’univers pixelisé de Simon et Ludo, ou l’immersion dans le monde de l’arcade nippon. Mais un ouvrage passionnant et complet, signé Nicolas Courcier et Mehdi El Kanafi de Console Syndrome, aux éditions Pix’n Love, sur l’une des plus grandes sagas du jeu vidéo: The Legend of Zelda.

Chronologique

legend_of_zelda_gameplay2-150x150Seconde version de l’ouvrage sorti fin 2011, le livre se présente sous la forme d’un grimoire relié, avec encre sobre, marque-page doré et aucune illustration. Nintendo étant très à cheval sur ses droits d’images, les auteurs ont donc décidé de ne se consacrer qu’au texte. Le but est de retracer l’histoire de la série The Legend of Zelda, chacun des premiers chapitres étant consacrés à un épisode canonique et traités par ordre de sortie. Les derniers s’attardent sur les spin-off (dont l’innommable et inoubliable épisode Wand of Gamelon sur la CD-i de Philips) et des analyses de la musique et des principaux personnages Link, Zelda et Ganon. Réflexions qui trouvent également parfois leur place dans les chapitres « classiques », pondérant agréablement le tempo d’un récit qui n’hésite pas à égratigner (justement) les opus moindres et les erreurs de gameplay et de design de Skyward Sword, dont le traitement constitue le contenu additionnel de cette édition 2013 par rapport à sa devancière de 2011.

La structure est répétitive et claire : le synopsis de l’opus, ses secrets de fabrication, les apports de gameplay, sa place dans la mythologie, l’avis des auteurs et sa remise dans le contexte de sa parution. Ce dernier point est certainement le plus important, tant il dénote de la volonté, du travail et de la capacité des auteurs à soutenir leur argument de fond, à savoir l’importance majeure de Zelda dans l’histoire du médium. Très référencé, fort d’anecdotes et de déclarations, le travail de Nicolas Courcier et Mehdi El Kanafi, sur un plan purement journalistique,Zelda-Links-Awakening-Loeuf-du-Poisson-Rêve-Edition-Originale est absolument remarquable. De même que la plupart des tentatives d’analyses de l’univers sont intéressantes et s’appuient sur une argumentation détaillée, claire et faisant appel à des iconographies et des travaux scientifiques. On reste malheureusement un peu parfois sur notre faim, quand certains paragraphes sont beaucoup plus courts que d’autres, contribuant à un rythme inégal de quelques chapitres et à des réflexions pas assez développées.

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Traiter de la question féminine dans le jeu vidéo n’est pas chose facile. C’est un sujet même très délicat et qui a déjà été débattu en profondeur, notamment par IG Magazine dans son numéro 3 et Les Cahiers du Jeu Vidéo dans son quatrième opus intitulé Girl Power. Nous vous conseillons ces lectures qui apportent des points de vue divers et surtout argumentés et référencés. Sur Le Serpent Retrogamer, nous allons juste tenter une approche en trois points par trois auteurs distincts. Aujourd’hui, traitons de l’évolution de l’image et de la place de la femme dans le jeu vidéo à travers ses stéréotypes – et également ses archétypes.

En détresse?

top10cheats_000000Le débat sur la place de la femme dans le jeu vidéo est souvent soulevé à cause des stéréotypes que leurs représentations digitales sont soupçonnées de véhiculer. Les accusateurs ont un dossier à charge composé de filles à délivrer des griffes de voyous punks et dont on doit se disputer les faveurs lors d’un ultime combat fratricide, de princesses à aller secourir dans des temples sous peine de voir le monde s’écrouler ou d’autres qui se refusent à la fois à leur kidnappeur et à leur sauveur. Vous aurez ainsi surement reconnu respectivement Double Dragon, The Legend of Zelda et Super Mario Bros.. Aux prémices, le joueur n’incarne jamais un personnage de sexe féminin jusqu’à se retrouver surpris d’avoir contrôlé la belle Samus Aran à la fin de Metroid (1986). Certes, la blonde est en sous-vêtements mais l’effet est là: public masculin, vous avez dirigé une fille et pourtant, vous n’avez jamais douté de sa puissance. Cinq ans plus tard, Street Fighter II intègre Chun-Li à son casting inoubliable. Printemps joyeux venu de la Chine, l’experte en kung-fu et taïchi marque à jamais le jeu vidéo puisqu’elle fait définitivement passer la femme dans le camp des forts plutôt que celui des âmes en détresse. Avec elle, on peut botter les fesses des hommes, mais en se basant sur des qualités que l’on définit souvent comme féminines dans le Versus Fighting: rapidité, vivacité, souplesse. Même Makoto, collègue de Chun-Li dans Street Fighter III: Third Strike, est fragile et encaisse mal les coups, malgré une puissance qu’elle partage avec peu de consœurs.

medium_heropackJe vous en avais déjà parlé dans le Toptof 50, j’ai été un peu déçu par l’opus Twilight Princess de la saga de Link. De plus, le motion gaming ne m’a jamais tellement botté. Mais en tant qu’observateur objectif, je me dois de reconnaitre l’impact qu’a eu la sortie fin 2006 de cet épisode sur Wii. On pouvait alors incarner Link d’une manière inédite et sans doute rêvée par beaucoup. D’une part, grâce à cette jouabilité à la Wiimote qui permettait de pourfendre les ennemis à l’aide de gestes du bras, et d’autre part, on retrouvait enfin l’univers et la patte graphique que la fameuse vidéo E3 (duel face à Ganondorf) avait laissé entrevoir. Malheureusement, entre autres entorses à ma vision du jeu vidéo, Link devenait droitier pour s’adapter à la majorité. Une des raisons pour lesquelles j’ai fait ce titre sur Game Cube.

Le ou la Gamecube ? Héhé il faut bien faire bisquer les lecteurs ! Et bien moi je dis LA. Cette console fêtait hier ses dix ans, en France en tout cas, et pour lui rendre hommage, une petit news qui fait du bien. J’ai acheter la console bien après sa sortie, je veux bien l’admettre, simplement pour Twilight Princess, et je ne regrette pas puisque depuis, ma ludothèque s’est bien accru. Star Wars : Rogue Squardon II a aussi réussi à me séduire. Cet engouement ne fut pas le cas de tous puisque seulement 20 millions d’unites ont été vendu dans le monde. Pas assez soutenu par les éditeurs tiers diront certains, « Mario-dépendance » diront d’autres. Et pourtant des jeux exclusifs à la réputation encore très forte aujourd’hui feront leur apparitions sur cette machine : Metroid Prime, The Legend of Zelda : Wind Waker, Baten Kaitos, Pikmin, Super Smash Bros Melee, etc… Et j’en passe tellement… N’oublions pas Killer 7 et Viewtiful Joe ! J’arrête… La manette, si particulière, est surement la (ou l’une pour faire plaisir à tout le monde) plus adaptée au jeu. Et que dire de la connexion possible avec le Game Boy Advance, la portable Nintendo de l’époque. La Wii U a-telle vraiment inventée quelque chose ? Je vous laisse maintenant la parole. Pour vous, c’est quoi la Gamecube ?

Le Serpent

Cela reste très beau

Vous qui aimez la saga Zelda, vous êtes-vous déjà demandé pourquoi exactement ? Lors de son podcast dédié aux 25 ans de la série de Nintendo, la rédaction de Gameblog avait posé le débat en ces termes: Zelda, c’est avant tout le gameplay. Partant de ce principe, l’opus Twilight Princess, réunissant ce que l’oeuvre de Shigeru Miyamoto a fait de meilleur en termes de mécaniques de jeu et ayant la vocation de devenir ce que Ocarina of Time aurait dû être, est considéré comme un pilier fondamental de l’épopée de Link. Seulement voilà, TP n’est-il pas atteint du syndrome « compilation »? Ne lui manque-t-il pas d’être un titre à part entière, avec sa patte personnelle bien définie, d’être un vrai album si on continue le parallèle avec la musique ? Très sincèrement, je n’ai pas la réponse à cette intéressante question, juste des pistes peut-être purement subjectives. Parce que si je ne remets pas en cause son parti pris dark contemplatif, je ne peux m’empêcher de penser qu’il manque à ce jeu une ossature dans sa narration, un fil d’Ariane, une magie et un souffle épique dont ses plus illustres aînés, A Link to the Past et Ocarina of Time, pouvaient se targuer. J’ai eu l’impression d’errer dans ce ténébreux royaume d’Hyrule, sans être porté par une histoire et un défi prenants. Je me dois également de préciser que j’ai fini ce jeu sur Game Cube, j’ai peut-être donc raté une partie essentielle du gameplay. Peut-être attendais-je trop de ce jeu qui m’a fait saliver des années durant avant de pouvoir mettre la main dessus. Je lui concède cependant une grande qualité dans le level design des donjons, ses hommages à Shadow of the Colossus et Okami, ainsi qu’une fin bien maîtrisée.

Totof

Et voilà la suite du dossier tant attendu ! Bonne lecture !

Pendant Ce Temps Là… Gameboy color

Et tandis que la saga prend de l’ampleur en 3D sur la Nintendo 64 avec les épisodes Ocarina of Time et Majora’s Mask, Nintendo n’en oublie pas pour autant ses consoles portables et développent avec l’aide de Capcom des titres d’excellente facture sur GameBoy et GameBoy Advance. En dehors de la bonne adaptation de A Link to the Past sur GBA et de son ajout de poids, Four Swords, des épisodes originaux vont pointer le bout de leur nez et plaire aux amateurs de la série qui y retrouvent une ambiance proche de Link’s Awakening, moins sérieuse, plus colorée. cle of Seasons / Oracle of Age The Legend of Zelda Oracle of Seasons / Ages poursuivent dans la voie tracée par l’excellent Link’s Awakening et ne s’en éloignent que de très peu. Extrêmement classiques dans leur conception, ces deux nouveaux épisodes sur GameBoy Color ont toutefois le mérite de copier un opus très apprécié des joueurs. D’où une certaine affection pour ces deux frères. Cependant, ce n’est pas Nintendo qui s’occupe directement de la réalisation des deux jeux mais il s’agit bien de Capcom. Avec une équipe dirigée par le talentueux Oshiki Okamoto (1942, Megaman, Street Fighter III… ), la firme affiche pour ambition première de travailler sur un remake de The Legend of Zelda ( Nes ), premier du nom. Mais des avis divergents au sein de la même équipe et l’apparition de Shigeru Miyamoto dans la procédure vont mener à l’abandon de ce projet. A la place, c’est l’idée de développer une trilogie sur GBC qui naît, chacun des épisodes consacré à une partie différente de la Triforce ( Sagesse, Courage, Force ). Pour de nombreuses raisons et notamment celle de la complexité de faire interagir ces trois cartouches entre elles, les développeurs ne vont se concentrer que sur la production de deux jeux distincts. Ces derniers seront tout d’abord connus sous le nom de The Legend of Zelda The Acorn of the Mystery Tree : Fable of Power / Courage / Wisdom, puis de Mystical Seed of Power / Courage / Wisdom, un nom pour chacune des versions. Avec l’abandon de la troisième, un choix définitif de nom est fait, celui de Oracle of Ages / Seasons selon la cartouche achetée.

Première originalité, ces deux histoires, tout comme celles de Link’s Awakening et Majora’s Mask ne se déroulent pas dans Hyrule, royaume traditionnel, mais dans les territoires de Holodrum ( Seasons ) et Labrinna ( Ages ). Et au cours de ces deux aventures, vous devrez sauver Din, l’Oracle des Saisons ( Seasons, évidemment ) et Nayru, celui des Ages ( Ages ) et respectivement remettre de l’ordre dans le cours des saisons ou du temps. Cette légère différence dans les scénarios justifie donc la mise en place de deux systèmes différents qui vont influer à leur manière sur les environnements du jeu. Dans Oracle of Seasons, vous aurez la possibilité de changer de saisons à certains endroits définis vous permettant ainsi de marcher sur l’eau glacée en hiver, de grimper le long de graines germées au printemps, tandis qu’avec Oracle of Ages, c’est la capacité de voyager dans deux époques différentes qui vous est offerte, le passé et le présent et d’interagir afin de vous ouvrir des accès actuellement clos ou d’atteindre des lieux aujourd’hui disparus et vice-versa. A la différence des jeux Pokemon eux aussi divisés en plusieurs cartouches à leur sortie, Oracle of Seasons et Ages sont deux titres totalement différents. Les tableaux visités, les donjons, les personnages, même certains équipements, sont totalement distincts d’une version à l’autre. Il s’agit donc de deux aventures uniques. Cela n’empêche pourtant pas les deux cartouches d’interagir entre elles par le biais de codes trouvés dans une aventure à inscrire dans l’autre ou par l’utilisation du Cable Link. Tout cela permet de débloquer des items, certains événements mais aussi de découvrir un donjon supplémentaire que l’on ne peut accomplir qu’après avoir terminé les deux cartouches. Oracle of Ages / Seasons étaient déjà des jeux complets, cette feature enrichit d’autant plus l’expérience.

Quant aux aventures elle-même, elles ne diffèrent pas tellement de l’excellent Link’s Awakening, un soupçon de charme en moins, peut-être. En attendant, le voyage est long, très coloré, la direction artistique reste excellente, la maniabilité impeccable. Des petits ajouts sont toutefois à noter. En effet, en plus des classiques arc et flèches, bombes, boomrang, les titres accueillent des animaux aux pouvoirs très particuliers que vous pouvez diriger. Moosh, l’ours ailé, sera d’une grande aide pour traverser de grands fossés, Ricky, le kangourou boxer, pourra sauter sur des plate-formes situées plus haut et Dimitri, le tricératops, peut traverser les rivières, mers et remonter le courant des cascades. L’un des trois sera choisi en fonction de vos actes pour vous accompagner au cours de l’aventure ce qui a pour effet d’enrichir d’autant plus un gameplay déjà bien solide. Sans oublier la possibilité de trouver de nombreux anneaux au cours de l’aventure qui vous conféreront des pouvoirs superflus tels que se transformer en Moblin ou d’autres fort pratiques comme lancer des rayons avec son épée. S’ils sont parfois oubliés des fans, ces deux versions demeurent d’excellents titres de la saga, parmi les meilleurs sur console portable. Bien que légèrement moins oniriques et charmeurs que Link’s Awakening, Oracle of Seasons / Ages séduisent par une grande qualité, celle de proposer deux excellentes aventures totalement distinctes capable d’interagir entre elles, fait nouveau dans la série.