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The Witcher 2 : Assassins of Kings, LA nouvelle référence… de 2012 !

Autant le dire tout de suite, l’essence même de The Witcher 2 : Assassins of Kings est la recherche constante de la qualité. Qualité dans son scénario, son écriture et sa mise en scène. Qualité dans sa direction artistique, avec ses graphismes superbes et sa musique magistrale. Qualité dans la personnalité de ses protagonistes. Qualité dans l’intérêt de ses quêtes principales et secondaires. Qualité dans le tempo de son aventure. Qualité dans son caractère, avec un ton adulte, courageux et coquin parfaitement assumé. Trois ans et demi après avoir une première fois exploité avec succès la saga littéraire de Andrzej Sapowski, le studio polonais CD Projekt montre qu’il a appris de ses erreurs pour offrir un titre inoubliable. Un jeu du genre de ceux qui savent définir et imposer leur place et leur personnalité.

Un héros amnésique et accusé à tort

Les événements vidéoludiques se déroulent après la fin de la saga écrite par Andrzej Sapowski, qui a d’ailleurs un rôle consultatif auprès de CD Projekt. La licence The Witcher met le joueur aux commandes du personnage principal de la série littéraire éponyme, Geralt de Riv, sorceleur de son état, à savoir un chasseur de monstres maniant aussi bien l’épée que la magie et redouté par la populace pour sa nature mutante. Devenu amnésique, Geralt est à la recherche de son passé, et plus précisément de son épouse Yennefer et d’informations à propos de La Chasse Sauvage. Dans le premier épisode, ses aventures l’amèneront à servir Foltest, roi de Téméria, et à arrêter la rébellion fomentée par l’Ordre de la Rose Ardente. The Witcher 2 débute par un prologue un peu long mais qui a le mérite de poser habilement les bases de l’histoire via des flashbacks, et dans lequel Geralt doit aider le monarque à récupérer ses enfants illégitimes retenus dans le château rebelle de la baronne de La Valette. Durant l’assaut, Foltest sera assassiné et Geralt accusé à tort du meurtre. Pour laver les soupçons qui pèsent sur lui, il se lancera alors à la poursuite du vrai coupable à travers les Royaumes du Nord qui connaissent une crise sans précédent, avec cette nouvelle perte d’une tête couronnée, après celle de Demavend, souverain d’Aedirn. Geralt aura aussi un autre intérêt personnel à suivre les traces du tueur, car celui-ci détiendrait des informations sur son passé.

Des choix difficiles dans un monde mature

A partir de ce postulat, il appartient au joueur de déterminer sa propre voie. Que ce soit dans les quêtes annexes ou le déroulement de la trame principale, il faudra faire des choix d’alliance, de persuasion ou de compassion. Les conséquences peuvent être lourdes et certaines orientations sont susceptibles de modifier considérablement le cours de l’aventure, notamment la fin de l’acte I qui conditionnera le contenu des suivants (il y en a trois au total). Comme dans la vie réelle, il paraîtra souvent impossible de mesurer la portée de ses choix, certaines quêtes secondaires s’avèreront d’ailleurs moins lucratives selon leurs conclusions, finissant de proférer à The Witcher 2 une grande replay-value. A vrai dire, il n’y a aucune mauvaise orientation, tout simplement parce que le titre s’affranchit volontairement et constamment de tout manichéisme. Il est adulte en ce sens qu’il ne juge pas le joueur, le laisse décider selon sa propre volonté et son intelligence. On sort grandi de ce genre d’expérience et on en vient à comprendre sans la dénoncer l’humanité des personnages qui la composent, à travers l’analyse des rouages de l’histoire, des travers et des desiderata de chacun. Ainsi, on se prendra à s’attacher à Iorveth, chef de guerre elfe qui a du sang humain sur les mains, mais qui au nom d’un intérêt supérieur, saura composer avec ses anciens ennemis, tomber amoureux et même adoucir ses points de vue. Bref, le genre de méchant charismatique et énigmatique qu’on finit par apprécier beaucoup, un peu à la manière de Végéta dans Dragon Ball Z. Autre preuve que le joueur de The Witcher 2: Assassins of Kings n’évolue pas dans le monde des Bisounours: le côté érotique assumé. Ici, ni fioriture ni hypocrisie, on voit des seins, des poils pubiens, des positions explicites et des scènes de sexe éloquentes.

Un beau cadre pour une belle histoire

Servie par des personnages forts, à l’instar de Geralt et Iorveth comme dit plus haut, ou encore la sorcière Triss Merigold, première amante du sorceleur dans le jeu, magicienne émérite et belle comme le jour, Sakia, emblématique chef de guerre chargée du destin d’Aedirn, Vernon Roche, fier soldat du roi Foltest qui n’aura de cesse de servir la cause de Téméria, l’histoire de The Witcher 2: Assassins of Kings est en tout point passionnante. Des tourments des PNJ qui seront souvent à l’origine de quêtes secondaires (dans lesquelles on retrouvera également des contrats sur les monstres et des mini-jeux, tels que le combat à mains nues sous forme de QTE, le bras de fer ou un jeu de dés), aux complots qui se trament ici et là, en passant par l’aventure personnelle du héros, le titre de CD Projekt propose une narration dense aux multiples connexions et des dialogues bien écrits. Les cinématiques bénéficient ainsi d’une mise en scène maitrisée, et ne sont ni trop longues, ni trop fréquentes. Sur ce point également, The Witcher 2 réussit le bon dosage et privilégie la qualité à la quantité, alternant avec brio temps faibles et temps forts. Truffé de clins d’œil au cinéma ou à la littérature, le soft n’est pas dénué d’humour. Petit exemple: dans l’acte II, une magicienne vient au secours d’une soldate empoisonnée et son sort nécessite de faire un bouche-à-bouche à la malade; un nain témoin de la scène dit alors à Geralt: “La lesbomancie, ma magie préférée”. Magnifique. Un beau jeu, ça se voit et ça s’entend, et The Witcher 2, par ses graphismes somptueux et sa musique inoubliable, remplit les deux critères. Pour n’en citer qu’un, le thème de la ville de Vergen, intitulé Dwarven Stone upon Dwarven Stone, est immersif, envoûtant, apaisant et en même temps empli d’un souffle épique typique de la fantasy.

Une difficulté inégale et un système de progression simple et efficace

Généreux et beau comme un cœur, The Witcher 2 est également très exigeant, ce qui finit de sceller une relation parfaite avec le joueur. D’une difficulté certes mal dosée, particulièrement en début d’aventure où il sera fréquent de voir Geralt passer l’arme à gauche, les combats proposent une action dynamique en temps réel qui peut être ralentie pour changer de signe (type de magie allant de la télékinésie au bouclier, en passant par le feu) ou d’objet secondaire (pièges, bombes, dagues). Il faudra être habile dans l’esquive, le contre, la parade, l’attaque rapide ou brutale, et manier aussi bien l’épée d’acier face à des ennemis humains, que celle d’argent face aux monstres. Certains combats de boss demanderont de la réflexion et une endurance hors du commun, ce qui les rend inoubliables. Geralt acquerra ses capacités via un arbre de compétences qui se distinguent en quatre voies de développement: entrainement, sorcier, alchimiste et épéiste. Il y a d’ailleurs souvent plus de points d’expérience à glaner en remplissant les quêtes qu’en combattant, ce qui pousse à profiter au maximum de l’expérience de jeu et à en voir tous les aspects. Il est également possible de booster temporairement les attributs du sorceleur via l’utilisation de potions qui pourront être synthétisées en combinant herbes et autres objets récoltés ici et là. Un système de forge basique et efficace pour les armes et les armures vient compléter le tableau. Parmi les rares points noirs du soft, il est important de noter l’inventaire, qui non content de limiter plutôt drastiquement la charge portée par Geralt, obligeant ainsi régulièrement à stocker ou à sacrifier des objets, se révèle très peu ergonomique, avec un curseur dont il est difficile de savoir s’il pointe sur l’équipement porté par Geralt ou sur la réserve. Il en va de même pour le loot qui pourra s’avérer pénible à récupérer, à moins de se trouver très précisément dessus.

A retenir

Le tableau est rempli pour qualifier The Witcher 2: Assassins of Kings de grand jeu. Muni d’une direction artistique à couper le souffle, d’un univers cohérent et passionnant, d’un scénario superbement bien écrit et mis en scène, d’un gameplay accessible et profond, d’une durée de vie correcte (environ 40 heures en comptant les quêtes annexes), d’un grand potentiel de rejouabilité de par le nombre et la portée des choix proposés au joueur, de protagonistes forts et dotés d’une personnalité bien définie, et d’un équilibre parfait entre qualité et quantité, le titre de CD Projekt réussit le pari de faire mieux que son ainé, en faisant mûrir à la fois ses atouts et l’expérience proposée. The Witcher 2: Assassins of Kings est tout simplement un must-have, et s’inscrit de par son ton original, son gameplay dynamique, son histoire aux enjeux à la fois intimes et colossaux, et son caractère bien trempé, dans la droite lignée de jeux inoubliables comme Vagrant Story et Valkyrie Profile.

Informations sur le jeu

Plateformes : PC-  MAC – PS3 – Xbox 360

Genre : Action RPG

Développeurs : CDProjekt

Éditeur : Namco Bandai Games

Date de sortie : Mai 2011

Totof

[REFLEXION] La référence dans le jeu vidéo

En juillet 1981, Nintendo sort sur borne d’arcade Donkey Kong, un titre dans lequel le joueur incarne Jumpman, un charpentier devant gravir des échelles et éviter obstacles et pièges pour aller délivrer sa petite amie retenue prisonnière tout en haut du niveau par un gros gorille. Dans la version américaine, la demoiselle en détresse est renommée Pauline, en référence à Polly James épouse de Don James, responsable de l’entrepôt Nintendo à Washington, alors que Jumpan devient Mario, en référence à Mario Segali, détenteur dudit dépôt. Devant le succès rencontré par le jeu, Universal City Studio, détenteur des droits de King Kong, déclenche le 29 juin 1982 une procédure judiciaire contre Nintendo pour non respect de sa marque. La firme nippone gagnera finalement ce procès mouvementé et très médiatisé grâce au remarquable travail de son avocat, John Kirby. En remerciement, Nintendo offrira à ce dernier un voilier et renommera Kirby un de ses personnages en cours de création, un certain Popopo, grosse boule rose sur pattes héros d’un jeu de plate-forme. Cet épisode connu de l’histoire du jeu vidéo est truffé d’exemples de références, d’inspirations et d’emprunts aux autres supports culturels. L’apport des premières participe grandement à faire de ce médium une culture à la fois indépendante et respectueuse, et de certains de ses titres des expériences plus marquantes que celles proposées par les concurrents.

Un petit clin d’œil

Il convient tout d’abord de tenter de définir certains termes et de distinguer donc inspirations et emprunts des références, objet de notre propos. On l’a déjà vu, Donkey Kong reprend beaucoup d’éléments de King Kong. A tel point que l’on est à la limite du plagiat et bien au-delà de la référence, qui intervient elle plutôt sous la forme d’un clin d’œil ou d’un trait d’humour qui tient du détail. Dans The Witcher 2: Assassins of Kings, quand Iorveth dit: “Un anneau pour les gouverner tous et dans les ténèbres les lier”, et que Geralt de Riv enchaîne sur: “Mais bien sûr et vous voulez que je monte pied nus en haut d’un volcan !”, le joueur est interpellé dans sa culture littéraire et cinématographique, parce qu’il est ici fait référence au Seigneur des Anneaux. L’hommage est ici bref, léger, percutant et donne une plus-value indéniable à l’expérience, en évitant l’erreur de faire de ces inspirations et hommages l’ossature et le nerf du gameplay. Un grand jeu vidéo peut s’affranchir de ses sources (extérieures ou non) en gardant sa personnalité et en offrant son message et ses mécaniques propres, tout en n’oubliant pas ce qu’il leur doit. Si la licence Metal Gear a le succès qu’on lui connaît, c’est parce qu’elle a su offrir aux joueurs une expérience nouvelle en proposant un gameplay de type infiltration, des personnages, des scénarios et une mise en scène inoubliables, à forte personnalité et inspirés du cinéma, muse revendiquée du créateur Hideo Kojima qui n’a pas hésité à parsemer ses titres de clins d’œil évidents au septième art. On peut trouver des photos de femmes en tenue légère collées dans certains casiers comme dans Piège de Cristal. Plisskin est le nom d’emprunt utilisé par Solid Snake lorsqu’il rencontre Raiden dans Metal Gear Solid 2: Sons of Liberty, en référence à Snake Plissken, personnage principal de New York 1997 qui a servi de base à la création du héros de Kojima. Ce que l’on veut évoquer ici, c’est ce genre de clins d’œil et d’hommages, et tenter de ne pas s’égarer dans ce qui relève plus de la source d’inspiration structurelle et consistante -comme peuvent l’être le nihilisme, la pensée objectiviste, les dérives du progrès scientifique et les modèles de société idéale dans Bioshock et Deus Ex-, de la reprise d’éléments de narration ou de gameplay d’un titre à l’autre -à l’instar du monde d’Ivalice que l’on retrouve dans Final Fantasy Tactics, Vagrant Story et Final Fantasy XII-, ou enfin de l’inspiration non assumée -le chef de projet de Portal, Kim Swift, a déclaré que les comparaisons qui étaient faites entre le jeu et l’expérience de Milgram ou encore 2001: l’odyssée de l’espace n’étaient que des coïncidences tout comme la similitude entre le nom de l’arme à portails, “Aperture Science Handheld Portal Device”, qui peut être abrégé en ASHPD, et le nom du protagoniste de Half-Life: Opposing Force, Adrian Sheppard.

[TOPTOF 50] RPG n°3 – The Witcher 2 : Assassins of Kings

Un intrus dans ce classement, puisque occidental. Un nouveau venu, car m’étant mis à jouer sur PC il y a quelques temps seulement, le RPG non nippon ne m’était pas connu. Et on peut dire que pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître. Je ne vais pas y aller par quatre chemins: The Witcher 2 est un p….. de jeu, du genre de ceux dont on n’en voit qu’un par an, si ce n’est moins fréquemment. A part la difficulté mal dosée de certains combats, j’ai tout aimé dans ce soft: l’histoire, les personnages, l’écriture, le système, la mise en scène, les filles à poil, les graphismes, les musiques, les quêtes, les choix qui ont une vraie influence, le ton mature et assumé. Vous devriez en savoir plus dans quelques temps car je vous ai concocté un test complet de ce grand jeu signé CD Projekt. En attendant, écoutez ça. C’est bon, hein?

Totof