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Selon beaucoup de religions, à l’origine il y a un créateur. Le Versus Fighting, et encore moins la saga Street Fighter, ne dérogent pas à la règle. Et pour faire marcher une machine, on a bien souvent besoin d’un bon piston. Celui de la saga de Capcom se nomme Takashi Nishiyama, justement crédité “Piston Takashi” dans l’épisode originel sorti en 1987.

Here comes a new challenger

L’un des atouts principaux du père fondateur du VS Fighting – titre sujet à caution, puisque d’une part il existe dès le début des années 80 des jeux présentant des affrontements à un contre un, et d’autre part la dimension joueur contre joueur n’est encore que fonctionnelle, secondaire dans cet opus, sorte de mini-game permettant de désigner qui du premier ou second joueur affrontera les combattants du jeu – est indéniablement son audace, ajoutant quasi systématiquement sa touche personnelle aux genres qu’il revisite au cours de sa carrière, lorsqu’il n’en crée pas tout simplement un nouveau ex nihilo!

On retrouve régulièrement la “Piston Touch” dans ses shoot’em up. Dès son premier jeu pour Irem en 1982, le shmup Moon Patrol (premier jeu à intégrer un scrolling parallaxe, selon Wikipedia), il prolonge l’héritage de Space Invaders et consorts en ajoutant une dimension plateforme, le joueur aux commandes d’une jeep de combat devant à la fois contenir les attaques aliens provenant du ciel et veiller à ne pas tomber dans les trous ou sauter sur les mines qui jonchent le parcours. Sur Section Z (1985), son premier jeu pour Capcom, il propose un shmup horizontal particulièrement nerveux dans lequel le joueur n’incarne pas un vaisseau mais un homme en combinaison capable, outre de tirer frontalement et de balancer des bombes au sol, de se retourner sur une pression de touche. Cette commande dynamise un jeu déjà particulièrement souple et dynamique à la base, qui ose varier le défilement du scrolling pour des segments verticaux tout en tension, le joueur ne pouvant toujours ne tirer qu’à l’horizontale. Dans Legendary Wings (1987), il alternera les phase de shmup vertical classiques avec des phases de plateforme pédestres. Bref, la “Piston Touch”, quoi!

Mais revenons-en à nos péchounes. Loin d’en être à son premier fait d’armes dans le domaine de la baston avec Street Fighter, Piston Takashi – à ne pas confondre avec Beat Takeshi, surnom de Takeshi Kitano, réalisateur de Violent Cop et Sonatine, entre nombre d’excellents films – a placé le beat’em up sur la carte vidéoludique en développant pour Irem Spartan X (1984), plus connu chez nous sous le nom de Kung Fu Master, titre majeur qui impressionne encore aujourd’hui par sa nervosité, ses coups ultra rapides, le sentiment de puissance qui se dégage lorsqu’on abat d’une frappe les armées de combattants qui déboulent de part et d’autre de l’écran, chaque coup étant ponctué d’un petit cri en hommage à Bruce Lee.

N’oublions pas non plus Avengers (1987) qui, bien que plutôt anecdotique et difficilement jouable, propose néanmoins son lot d’originalité, avec son atypique déroulement vertical traditionnellement réservé au shoot’em up pédestre façon Ikari Warriors ou le célèbre Commando, et l’introduction d’un coup spécial, un coup de pied tourbillonnant exécuté par une pression des deux boutons qui n’est pas sans évoquer le Tatsumaki à venir de Ryu. Réalisateur et producteur de Street Fighter, il s’inspire des arts martiaux qu’il pratique à l’époque pour créer son gameplay. Il reforme à cette occasion un duo avec “Finish Hiroshi”, Hiroshi Matsumoto de son vrai nom, ancien compagnon d’armes avec lequel il avait déjà sévi sur plusieurs jeux dont Avengers et Legendary Wings. Tous deux quitteront Capcom après le développement du jeu pour rejoindre le concurrent SNK, chez lequel ils travailleront sur de nombreux titres de Versus Fighting, Fatal Fury et Art of Fighting notamment.

Selon Nishiyama, ce qui fait la vraie différence entre le premier Street Fighter et les autres jeux de son époque, c’est le soin apporté à l’histoire et au background de ses personnages, du héros à ses adversaires. On lui doit également les coups spéciaux et le nom de Ryu. Ainsi, le Hadoken ne doit pas son origine au Kaméhaméha de Son Goku, mais plutôt à un missile nommé Hadouho dans Space Battleship Yamato. Ryu se nomme ainsi parce que le premier caractère de la traduction chinoise de Takashi peut se prononcer “Ryu”. Enfin, l’idée d’une jouabilité avec un joystick et six boutons vient de lui, après un premier essai audacieux mais manquant de précision avec des bornes munies de deux boutons analogiques, l’un pour les poings, l’autre pour les pieds, les trois paliers de force devenus iconiques étant gérés par l’intensité de la pression du bouton.

L’homme se révèle finalement discret, donnant une interview à 1UP douze ans après son dernier contact avec la presse, passant quelque peu incognito dans l’imaginaire collectif qui ne l’associe pas à Street Fighter, la série ayant vraiment décollé avec l’épisode II. Un oubli qui reste néanmoins paradoxal, l’homme ayant marqué la Playhistoire à de nombreuses reprises. Et comme cette dernière est souvent teintée d’ironie cruelle, notons que Piston Takashi, lors du développement du premier Art of Fighting, a éludé délibérément la possibilité de jouer l’un contre l’autre pour proposer un gameplay coopératif, considérant que la culture nippone n’était pas prête pour le duel frontal. Un choix décisif qui le fera définitivement basculer dans l’ombre de son héritier direct, malgré son ingéniosité manifeste et la grande qualité de la série des Art of Fighting.

Le catalyseur

Piston Takashi se distingue ainsi de celui qui a permis de remettre Street Fighter sur le devant de la scène, le volubile Yoshinori Ono. Énergique, souriant, bon public (il rit très souvent), généreux, plein d’auto-dérision avec ses déguisements farfelus, grand fan de Blanka devant l’Éternel (il trimballe sans cesse une figurine à l’effigie du brésilien roux), Ono est le symbole du retour de la série, celui qui répond à la plupart des interviews à ce sujet. Homme courageux qui n’a pas hésité à dénoncer le management de Capcom qui lui a valu d’être hospitalisé pour surmenage, de convictions et de détermination, il est celui qui a eu l’idée de faire un nouveau Street Fighter II et c’est ainsi que le quatrième épisode canonique est né. La suite lui a donné raison, tant le succès fut grand, notamment auprès du public qui a par là même redécouvert un genre tout entier.

Déjà producteur de Capcom Fighting Jam, il a l’intelligence de collaborer avec Nishiyama et le studio Dimps, fondé le 6 mars 2000 par les créateurs du premier Street Fighter. Les sous-traitants assurent le programme, le codage du jeu et l’équilibre du système de combat. Ainsi, bien que très âgé, le concept de Street Fighter II, aidé par une direction artistique d’abord moquée puis encensée, un gameplay accessible et le jeu en ligne, connaît une faste renaissance, attirant aussi bien les novices, les nostalgiques que les joueurs professionnels. L’acharnement de Yoshinori Ono et sa foi en son projet auront donc été récompensés et, au-delà du retour de la série, c’est tout le genre qui s’est relancé. Quand bien même l’on déplore qu’elle soit depuis retombée dans ses travers élitistes, la scène du Versus Fighting doit une grande partie de son succès récent à ce Street Fighter IV.

Pourtant, plus que la communication, c’est la musique qui a d’abord passionné le jeune Ono. Plus particulièrement, il étudie le clavier et la guitare. Il touche aussi sa bille en programmation et en graphismes 3D, mais préfère postuler à une annonce de compositeur formulée par Capcom, au lieu de se lancer dans des études supérieures en informatique. Fan de la firme, dont il a pratiqué longuement sur arcade le mythique Final Fight, son entretien d’embauche est concluant et il est recruté dès le lendemain. Il fait ses armes de compositeur musical binaire en 1993 sur Muscle Bomber aka Saturday Night Slam Masters, avant de travailler sur Super Street Fighter II X et Street Fighter Alpha: Warriors’ Dreams. Il tient le même rôle sur Third Strike, et c’est ce titre qui va bouleverser la carrière de Ono et l’histoire de la saga…

La série se retrouve dans un état de mort clinique, après avoir paradoxalement accouché de son meilleur opus. En effet, ce bijou n’a pas suffisamment touché le grand public et a plutôt gagné les faveurs des joueurs aguerris de par son gameplay à la précision d’horloger. Ono, qui avait déjà fait également un peu de management RH lors du développement de Third Strike en plus de son travail de compositeur, va remuer ciel et terre pour donner une chance à Street Fighter d’avoir une nouvelle itération canonique. C’est ainsi qu’il lance une vaste campagne populaire dans le but d’amasser un petit budget R&D en vue de proposer un prototype de Street Fighter IV. Les premiers retours sont plutôt perplexes, notamment devant le chara design un peu grossier et le mariage entre gameplay 2D et décors 3D est a priori déstabilisant. Tel un Wind Waker, le produit final se chargera de remettre l’église au milieu du village et de faire adhérer un grand nombre de sceptiques au départ.

Entre-temps, Ono avait diversifié ses activités et ses attributions, en étant facial designer sur Drakengard, producteur de Chaos Legion voire directeur du chara design de Resident Evil Outbreak File #2. Depuis 2008, il ne lâche plus les rênes de Street Fighter et se met toujours en première position face aux journalistes pour expliquer les orientations et les choix de développement. Notamment, il présentera ses excuses pour le mode Solo chiche du cinquième épisode qui a valu à Capcom les foudres du public. Excellent communicant, il se prête volontiers à la camaraderie avec les joueurs professionnels qui constituent la base de la scène du Versus Fighting. Finalement, Yoshinori Ono est devenu la figure de proue de Street Fighter et colle parfaitement à l’image cartoon qui fait l’identité de la série, notamment dans ses itérations II et IV. Là réside probablement une clef majeure du succès populaire de cette saga à nulle autre pareille.

Toma Überwenig et Totof

Sources: 1UP, Wikipedia, Bas Gros Poing, Eurogamer, Wikipedia, Street Fighter Wikia, Eventhubs.

Les pré-quadragénaires n’ont pas d’hésitation généralement. Dès qu’on parle de VS Fighting, c’est d’office Street Fighter 2 qui pointe son nez dans nos mémoires embrumées, LE jeu de combat qui crée la légende, faisant naître une génération de combattants aguerris, rompus au maniement de l’arc de cercle et dans l’analyse des frames. Ca n’a pas loupé, le quatrième opus avait relancé, comme chaque grand opus de la série, le fantasme de l’arcade, pour voir, quelques mois ou années plus tard, les salles d’arcade fermer. La situation du cinquième opus est particulière, de par entre autre son modèle économique, n’aura pas eu l’impact habituel d’un Street Fighter canonique. Fin du règne de la licence ? Faux pas ? Mutation de l’univers vidéoludique ? Autant de questions que nous allons pouvoir aborder tout au long de cette semaine spéciale dédiée à la série rien moins qu’iconique de Capcom.

Mais avant de se lancer dans les replis de cette saga aux multiples retournements, contres, projections, et coups spéciaux, proposons une vue d’ensemble et périphérique, de la part d’un simple être humain, un joueur aux doigts palmés qui a connu la série par le premier épisode sur arcade et suivi cette série par le prisme de sa résonance dans le monde du VS Fighting et du jeu vidéo au sens large, chaque épisode majeur étant à la fois reflet et cause première de changements de fond dans la playhistoire, cette grande saga qui à chaque opus a déterminé un pan de l’histoire du VS Fighting

(NdÜ : et oui, n’en déplaise à certains de puristes, je parlerai de VS Fighting, qui me semble être un terme tout à fait adéquat et explicite pour décrire un genre où l’on combat un contre un. Voilà.)

Street Fighter (1987) : témoignage d’un pré-adolescent boutonneux

« J’avais 11 ans, et on allait me poser un appareil dentaire dans l’après-midi pour redresser le chaos désorganisé qui squattait l’intérieur de ma bouche. Angoissé, accompagné de ma chère mère, ce n’est pourtant pas mon rendez-vous qui occupait mes pensées, alors que passait à la radio « Quand j’serai KO » d’Alain Souchon, mais au fait que, pour la première fois, j’allais pouvoir entrer dans le Makao, l’une des trois salles d’arcade de Metz, la plus importante, la plus grande, pile au centre de la ville. Je n’ai eu droit qu’à une demi-heure, noyé dans le boucan des machines alignées contre le mur gauche, le coté droit étant réservé aux bornes un peu plus « exotiques », la carcasse de fortune d’un hélicoptère, quelques motos sensées basculer grâce au poids du joueur… Et au fond, une borne de forme classique, mais énorme en comparaison des autres. Une fois la paralysie extatique passée, c’est vers cette dernière que je me dirigeai. Et là, ce fut le coup de foudre. J’avais déjà fait mes classes sur du Double Dragon, Ghost’n Goblins et pas mal d’autres jeux auxquels je jouais en m’introduisant en cachette dans les cafés de mon village, ainsi qu’au stand d’arcade de la fête patronale Arsoise, mais jamais je n’avais vu quelque chose comme ça. Des personnages énormes se déplaçaient avec souplesse et rapidité sur l’écran, sautant, lançant des boules de feu, sur une musique à la mélodie difficilement identifiable mais entêtante. Et donc, parmi toutes ces bornes plus séduisantes les unes que les autres, ces machines chatoyantes, ces voitures, ces motos, c’est pourtant dans Street Fighter que j’ai investi mon argent de poche… »

Depuis, j’y suis bien entendu retourné plusieurs, fois, dès que l’occasion le permettait, et mon amour propre fait que j’aurais volontiers préféré passer sous silence mon troisième passage au Makao car je me suis fait racketer (dure leçon de la vie) devant la borne, alors déplacée au fond de la seconde partie de la salle, excentrée, sous le regard indifférent du gérant (qui devait se douter que je n’avais pas les 13 ans requis pour entrer). Donc oui, je n’en aurais pas parlé, si ce n’était pas là que j’avais découvert ce que c’était qu’un vrai joueur, qui ne se fait pas rosser dès le second match, qui maîtrise les arcs de cercles, et arrive à la fin en un crédit… C’est à ce rufian que je dois la découverte réelle de Street Fighter premier du nom.

Street Fighter (1987) : regard d’un vieux sur son expérience passée

Si aujourd’hui, ce témoignage d’un enfant de 11 ans peut paraître désuet, le choc que cette aparition a causé est authentique. Jusqu’alors, bien se bagarrer sur support vidéoludique nous menait vers le beat’em up, entre l’excellent Target Renegade, Double Dragon, Vigilante, Black Belt, ou Kung Fu Master pour les croulants comme moi. En VS fighting, le choix était mince, malgré quelques efforts ponctuels à travers les années 80, parmi lesquels l’impressionnant Yie Ar Kung Fu, et le sobre mais souple International Karate +.

Mais la force visuelle, l’efficacité du gameplay de Street Fighter, s’il n’a pas vraiment trouvé grâce aux yeux de la critique, résonne suffisamment fort a posteriori pour s’imposer comme le point de départ du VS fighting en tant que genre en en posant les codes, les tropes. Pour la première fois, la zone de combat dépassait le cadre de l’écran, et ce scrolling, si désuet soit-il pour les générations actuelles, insufflait une force, une dynamique au combat, appuyée par la taille et la rapidité de déplacement des personnages – si, c’était rapide pour l’époque, la dynamique des sauts, le sautillement incessant de Ryu… Rapide, c’était, oh oui… -. Ryu affrontait dix adversaires dont huit affichés d’office à l’écran, le bal s’ouvrant au Japon avec Retsu – vous pouviez vous risquer à choisir parmi les quatre destinations comportant deux adversaires chacune à vos risques et périls, le jeu étant clairement pensé pour que vous commenciez au Japon -, devant une sorte de temple (ou peut-être un dojo ou un palais, mais en tout cas quelque chose qui sentait bon le Japon médiéval, sous des arbres d’automne), et si vous aviez la Puissance du Poing, les réjouissances s’achevaient avec la première apparition dans la série de Sagat, boss final du jeu.

Cette version arcade était gourmande, et les adaptations diverses l’ont senti passer – celles destinées aux ordinateurs revenant aux killers (dans le mauvais sens du terme) US Gold, à l’origine de bien des déceptions, notamment pour les possesseurs de CPC comme moi -. Street Fighter était un jeu d’arcade dans toute sa splendeur, sa superbe, avec une borne dédiée qui faisait de l’ombre aux autres. Pour la petite histoire, la première borne arcade Street Fighter proposait un système novateur, mais qui a bien vite été abandonné : les six boutons traditionnels n’étaient pas encore posé comme norme et à la place trônaient deux énormes boutons analogiques, sensibles à l’intensité des frappes du joueur.  Plus la frappe était forte, plus le coup l’était. Le système a vite été abandonné, jugé trop coûteux d’une part, notamment à cause des retours de bornes dus aux mauvais traitements infligés à ces deux boutons. Non seulement, les joueurs n’avaient pas compris qu’il n’y avait que trois paliers de coups, la sainte trinité Faible-Moyen-Fort, mais aussi à cause d’une légende urbaine difficilement vérifiable : autant les combat étaient limités aux fameux trois paliers susmentionnés, autant les bonus stage, eux seraient vraiment tributaire de la force appliquée aux boutons, sans limite, à la façon des ballons de frappe des fêtes foraines ! Il n’en fallait pas plus pour voir des joueurs frapper à grands coups de poing les malheureux boutons – certains grimpaient carrément sur ces bornes massive pour frapper de tout leur poids avec le talon! Bref, c’est donc rapidement que les bornes distribuées se mirent à arborer les désormais légendaires six boutons, une norme qui continue aujourd’hui à faire autorité, trente ans plus tard! Bien que perfectible, et encore un peu raide, l’essentiel est déjà là, les trois niveaux de frappe, les bonus stages, les trois légendaires coups spéciaux que je ne vous ferai pas l’affront de citer (mais si tu ne les connais pas, tu sors !). En d’autres termes, la légende était en marche…

De Street Fighter 1 à 2 : l’arrivée de la Golden Era

Si Street Fighter premier du nom avait pavé la voie, c’est en grande pompe que Street Fighter 2 allait tout simplement s’approprier le monde du VS fighting, balayant dans la foulée le règne du shoot’em up dans les salles, jusqu’alors maître incontesté du l’arcade. La folie furieuse qui a soufflé à cette époque dans les salles enfumées, même celles de province, était improbable. Les queues se formaient derrière les bornes, et là où le mode d’affrontement restait embryonaire dans Street Fighter où seul Ryo et son clone… euh, je veux dire rival, Ken, étaient jouables, le vainqueur prenant ensuite les rennes, ici, ce sont huit personnages hauts en couleurs et aux techniques diversifiées qui devenaient disponibles, et l’affrontement prenait le pas sur le désir de terminer le jeu ! La variété des maniements divers était mise en avant par la présence d’affichettes à même les bornes présentant les coups spéciaux de chaque personnage. C’est ainsi qu’émergea en salle d’arcade la première génération de superplayers dans le VS Fighting, squattant des journées entières les bornes, au grand damn de ceux qui souhaitaient simplement tenter de finir le jeu en quelques crédits. Le rajout de pièces et le « continue » étaient particulièrement mal vu et donnait souvent lieu à des accrochages ; des normes comportementales se mettaient en place, et malheur à celui qui enfreignait les règles.

Street Fighter 2 (1991) : L’arcade à la maison

Heureusement, l’excellent portage Super Famicom voit rapidement le jour, et permet aux moins véloces de terminer malgré tout le jeu dans des conditions de stress amoindries et de s’entrainer, car si sur le papier les coups sont facilement « lisibles », ils n’en restent pas moins exigeants en terme de timing. Et c’est cette exigence poussée qui séduit les joueurs les plus chevronés, cette possibilité de s’améliorer par la pratique, l’apprentissage, ce développement d’une certaine virtuosité.

Chose amusante, la légende voudrait que le système de combos, devenu le centre névralgique du gameplay propre à la série, proviendrait à l’origine d’une faille dans le système, une erreur de programmation, découverte sur le tard, que les programmateurs n’ont pas jugé nécessaire de corriger tant le timing pour l’exploiter était serré, littéralement au frame près. Légende urbaine ou réel omission salutaire forgeant la Playhistoire, c’est pourtant ce qui distinguait les vrais killers, les superplayers en devenir des autres, les simples humains. Si la richesse du gameplay est bien là, avec une des premières apparitions de prises de saisie dans le VS Fighting, SF2 s’impose aussi par sa magistrale réalisation, entre les décors en mouvement, les animations particulièrement fluides des personnages, le chara-design particulièrement varié et poussé.

Le précédant de quelques mois, Fatal Fury de SNK joue pourtant des cartes analogues (ce qui n’étonnera personne, vu qu’à la base du projet se trouve le créateur de Street Fighter, Takashi Nishiyama), mais malgré ses sprites énormes, son timing assassin et son action dispatchée sur deux plans de profondeur, véritable prouesse technique qui imposait son panache dès le premier regard posé sur la borne (ou la télé, pour les heureux possesseurs de la Rolls des Consoles, la Neo Geo!), ses quelques minigames, son esthétique cohérente, (et au rang des défauts seulement trois personnages jouables, et une animation parfois un peu raide), il restera dans l’ombre du géant, servant pourtant de base à deux autres séries phares de SNK, à savoir Art of Fighting, et surtout King of Fighters, dans un sens l’autre géant du VS Fighting.

Street Fighter 2 (1991) : de la démocratisation du VS fighting

Dans cette période faste, les jeux exigeants trouvent leur public et Street Fighter 2 réussit le double exploit de spécialiser le VS Fighting tout en le démocratisant. Mais là où SNK décide d’enchaîner les suites notamment pour les King of Fighters (il y a plus de KoF aujourd’hui que de Vendredi 13, c’est dire !), Capcom décide que la seule suite digne de ce nom pour un Street Fighter 2… C’est un autre Street Fighter 2 ! Plutôt que de proposer un nouvel épisode qui ne trancherait pas vraiment avec le précédent, c’est à coups d’améliorations que les SF vont fonctionner, proposant dans un premier lieu une version où tous les personnages sont jouables, y compris les quatre boss du jeu, avec Street Fighter 2′ : Champion Edition. Chaque version proposera son lot d’améliorations, que ce soient une rapidité accrue, des nouveaux personnages, des décors enrichis, une difficulté revue à la hausse (une caste de joueurs ayant réussi à dompter la version classique), l’ajout d’une jauge de Super Combo transformant assez radicalement le gameplay, même si une des moutures est apparue simplement pour contrer l’apparition de divers bootlegs dans les salles d’arcade. La SuperFamicom accouche elle aussi de plusieurs versions, dont une version turbo où le réglage de la vitesse permet de booster le challenge de façon considérable, et accessoirement de donner des ampoules aux pauvres joueurs fidèles au pad ! Par ce biais, SF2 continue de régner quelques années durant, et les mécaniques des coups spéciaux se retrouvent aussi bien dans une certaine mesure dans l’étrange Mortal Kombat avec son humour sanglant que dans DragonBall Z sur SuperFamicom, ou de façon plus flagrante dans Ranma 1/2, dont le gameplay se rapproche de très près du modèle… Aveuglés par l’éclat de SF2, les boules de feu de chaque jeu deviennent des Hadoken, et l’on désignera tout ce qui s’approche du VS Fighting avec des quarts de cercle pour coups spéciaux par le terme peu flatteur de clone. Seuls certains affictionados du combat prendront la peine de noter et d’apprécier à leur juste valeur les spécificités des diverses licences, mais cela demande déjà un certain degré de maîtrise des éléments-maîtres du VS Fighting, et il n’y a finalement que les superplayers en herbe (ou déjà chevronnés, rompus au combat) développent la sensibilité nécessaire pour différencier les timing des différentes versions de SF2, des clones, des concurrents, analyser les animations des personnages au frame près pour assimiler des timings d’une rigueur extrême, connaissant par coeur toutes les images successives qui composent chaque mouvement. Les autres remarquent simplement, outre les grosses différences manifestes comme le nombre de joueurs ou l’apparition d’une jauge, que ça bouge mieux ou moins bien, que c’est plus dur ou plus facile, plus ou moins beau… Il est évident que je force le trait, mais c’est pour mieux faire comprendre le funeste destin du troisième épisode… Car l’explosion de popularité de Street Fighter 2 est aussi en un sens l’instrument de sa perte. En effet, si tout le monde joue aux différentes moutures, que chaque possesseur de la console de Nintendo a au moins une version du jeu chez lui (mais généralement plusieurs), peu de joueurs peuvent se vanter de cerner les subtilités réelles du gameplay, les ajouts autres que ceux mis en avant de façon flagrante cités plus-haut. La masse suit la licence, tout en tolérant le fait d’être de plus en plus largués. On joue aux versions disponibles en salle d’arcade, ou à la dernière version console, tout simplement, tout en se sentant doucement distancé par le jeu qui se complexifie. Mais c’est Street Fighter 2, alors ça passe…

Street Fighter Alpha (1995) : Absent arbitraire

Vous allez me dire, il manque quelque chose. Et je vous répondrai que oui, mais je m’en fous. Ou plus précisément et avec moins de désinvolture que Street Fighter Alpha, s’il s’inscrit en terme de mécaniques de gameplay dans l’évolution générale de la série, fait malgré tout figure hybride de reboot mâtiné de crossover, avec son esthétique spécifique qui l’isole un peu du reste. C’est donc un choix, contestable, certes, de laisser cet épisode de coté, pour me consacrer exclusivement aux épisodes numérotés. C’est donc aussi par choix, beaucoup plus facilement justifiable celui-ci, que je laisserai aussi de coté Street Fighter : The Movie. Notons juste que si SF Alpha ne fait pas unanimité, le vent commence doucement à tourner aussi pour le VS Fighting en général, et les racines de la lassitude populaire fatiguée par les exigences à la hausse des titres se fait sentir. D’autant que de l’ombre émergent de menaçants polygones destinés à s’affiner et à devenir les instruments d’une chute annoncée. Car oui, le VS fighting 3D est déjà en marche, mais pour l’instant ne représente qu’un ersatz souple en terme d’animation mais plutôt lent et, il faut l’admettre, plutôt moche de ce que le genre offre en 2D, n’exploitant pas encore le champ de profondeur, la troisième dimension, et n’ayant de 3D finalement que le moteur graphique. Ceci ne durera pas, et la série des Tekken est déjà en voie de percer, offrant une alternative originale aux sacrosaints six boutons en assignant un bouton à chaque membre (donc quatre boutons, hein…), ce qui change carrément la donne. Mais parlons-en plus tard, car maintenant, c’est l’heure du schisme !

Street Fighter 3 (1997) : As Above So Below

Si Street Fighter 2 avait réussi à mettre tout le monde d’accord, le troisième épisode est celui de la rupture, et va porter à lui seul un poids qui pèse pourtant sur le monde du VS Fighting dans son ensemble. Tout d’abord notons que le phénomène SF2, qui a perduré bon nombre d’années, commence à vieillir, à se diluer. L’arcade meurt peu à peu, les salles ferment leurs portes, mais dans les lieux de culte consacrés perdure une communauté de fidèles qui ne voient pas forcément d’un bon oeil la blague Street Fighter Alpha et qui accueillent avec une certaine anxiété la nouvelle d’un troisième épisode de la saga. Ce dernier est réhabilité aujourd’hui, reconnu pour sa richesse, et préféré en tournoi à son successeur. Alors pourquoi s’est-il pris une telle soufflante à l’époque ? Comme dit plus haut, si les maîtres de la baston virtuelle ont accueilli chaleureusement chaque nouvelle version du 2 comme une chance d’aller plus loin, plus profond dans les rouages subtils d’un gameplay de plus en plus riche, la masse plus « casual » subissait les versions successives avec une certaine indifférente (et parfois un sourire en coin au vu des titres à rallonge) mais sans hostilité, ces dernières intervenant dans une licence qui avait déjà gagné leur coeur. Mais lorsqu’arrive ce troisième épisode, rien ne va plus. Déjà, quasiment plus de personnage repère ! Le roster originel a déserté le jeu pour laisser place à du sang neuf (le sous titre d’origine est « new generation » en même temps, on pouvait éventuellement s’y attendre) et ne restent que Ryu et Ken (rejoints par Chun-Li dans 3rd Strike).

Street Fighter 3 (1997) : différence de point de vue

Peut-être valait-il effectivement mieux renouveler que dénaturer, trancher les liens avec le passé afin de ne pas réitérer l’expérience en demi-teinte de l’épisode Alpha. Ce choix ne fait pourtant pas particulièrement mouche. Mais outre la disparition des visages familiers, le véritable point de rupture tient en fait en un mot : contre. Véritable coup de génie pour les uns, coup de trop pour les autres, le contre ne fait pas l’unanimité. Dans un système de jeu devenu complexe et contre-intuitif au fil des refontes, arrive ce mouvement qui achèvera de faire fuir ceux que la tendance générale commençait à épuiser. En gros, jusqu’à présent, on pouvait parer et se dirigeant vers l’arrière pour se mettre en garde, mais certains coups enlevaient de la vie malgré tout, d’autres étaient imparables. Il est désormais possible, avec un timing ultra serré, de contrer tous les coups, même les plus puissants, en vous dirigeant vers l’adversaire au moment précis où le coup est censé vous atteindre pour un coup de face, ou braquer vers le bas pour un coup bas ou venant d’en haut. En cas de réussite, non seulement vous ne perdez pas de vie, mais en plus vous prenez l’aval sur votre adversaire (pour plus de détails, n’hésitez pas à consulter l’excellent test de SF3 Third Strike présent sur le site). Est-ce le timing qui a refroidi les joueurs ? Le fait de bloquer un coup en avançant (ce qui est effectivement déroutant, mais qui va bien dans une logique de « contre », pourtant…) ? Toujours est-il que cet épisode dissipe les casual gamers qui étaient resté dans le coin par habitude et fidélité pour le second chapitre, divise même la communauté des affictionados, et incarne à lui seul à la fois ce que l’on peut admirer dans le VS Fighting 2D et ce qui rebute ; le traitement que le public lui a réservé à l’époque quant à lui est tout aussi représentatif de la relation générale des joueurs au genre dans son ensemble.

Street Fighter 3 (1997) : de la 2D alors que la 3D…

Un des plus beaux jeux de VS Fighting sortira en 1999, Garou : Mark of the Wolves, neuvième et dernier jeu jeu de la série Fatal Fury, et sera un peu le chant de cygne d’un genre tombé progressivement en désuétude de par le degré d’exigence qui ne correspond plus aux attentes des joueurs. Ces derniers, las de lutter contre les jeux, de devoir apprendre « à la dure », basculent vers ce qui est devenu un genre en soi : le VS Fighting 3D. Ce n’est pas un hasard si la licence autour de laquelle se regroupent la plupart des joueurs en mal de baston propose un gameplay des plus intuitifs, permettant une prise en main immédiate sans pour autant négliger la profondeur du gameplay et la variété des styles de combats proposés. Je parle bien évidemment de Tekken, troisième du nom, qui marque le pic de maturité de la série, épisode particulièrement jouissif et premier à proposer une utilisation réelle de la 3D en incluant des esquives en profondeur et déplacements sur le coté. Les enchaînements sont spectaculaires et tirent profit de ce fameux système décrit plus haut (une touche=un membre) pour jouer des combinaisons. On arrive rapidement à claquer saisies et projections diverses, et par le biais des raccourcis à rentrer des suites de coups enchaînés avec souplesse et puissance, belles comme des chorégraphies de Yuen Woo Ping ! Du pur plaisir arcade. D’autant que les moteurs 3D sont enfin arrivés à un degré de maturité suffisamment satisfaisant pour ne plus trop piquer les yeux, et les jeux de caméra en mettent littéralement plein la vue, ainsi que la fluidité des animations. La dynamique des combats est vraiment impressionnante et le nombre de possibilités n’a pas à rougir devant les plus riches des VS Fighting 2D, le timing punitif en moins. Car les mots d’ordre sont « maniabilité » et « immédiateté ».

Street Fighter 3 (1997) : le sommet de la finesse

L’autre série qui marquera au fer rouge les joueurs avide de combats violents, spectaculaires et typés arcade est celle des Soul Calibur, dont Soul Edge, le premier opus, sort aussi à cette époque. Musiques épiques, combats brutaux à l’épée (entre autres armes plus ou moins brutales, exotiques, voire excentriques (Voldo…)), c’est aussi un succès immédiat répondant aux attentes des joueurs frustrés par l’orientation de combat en deux dimensions. Dans ces deux séries, on loupe rarement son coup, dans le sens où suivant son timing, le résultat diffère, mais ne nous met pas nécessairement en situation d’échec. Si des combos particuliers demandent des timings précis et des manipulations dignes des cheat codes d’antan, l’orientation « permissive » du titre permet aux joueurs de rester dans le combat en cas de loupé. Les plus exigeants trouvent plutôt leur compte dans des Virtua Fighters dont les combattants pratiquent des arts martiaux plus proche de la réalité et particulièrement bien rendus, mais dont la maîtrise implique nécessairement un passage dans la session « training », afin d’assimiler quelques dizaines de coups et d’enchaînements parmi la liste absurdement fournie de coups possibles. Et ceux séduits par le mariage entre arcade, surenchère, commandes névrotiques et timing cauchemardesque pouvaient se tourner vers la singulière série Dead or Alive. Bref, sans entrer dans les détails, le sommet de finesse du VS Fighting 2D qu’est Street Fighter 3 assouvit les désirs les plus fous des superplayers mais achève de faire fuir les autres et refroidit d’office les nouvelles recrues. Il est donc à la fois sommet et creux de la vague, rejeté par la masse, adulé par l’élite. Les joueurs « génériques », eux tournent la page du 2D sans se retourner pour aller goûter aux plaisirs dionysiaques des orgies de violence séductrice qu’offre le VS Fighting 3D. Pourtant, ce dernier porte dans ses arguments de vente les germes de sa perte…

Street Fighter IV (2008) : la résurrection du Phénix

Si le VS Fighting 3D séduit, c’est grâce à son accessibilité, mais aussi à un principe de surenchère. Plus de coups, plus de fluidité, plus de moyens, plus de beauté, plus, plus, plus ! Mais quand une série plafonne, ne peut plus grimper plus haut, offrir du plus, que se passe-t-il ? Quand le public, après s’être goinfré, commence à avoir mal au ventre, que se passe-t-il ? Pour faire dans le dégrossissement à l’emporte-pièce, on pourrait dire que chacune des séries citées ci-dessus n’ont rien proposé de plus que ce qu’elles offraient à la fin des années 90. Des améliorations graphiques, certes, des nouvelles features, mais demandez à un fan de Tekken quel est son épisode préféré, il ne vous parlera pas des deux derniers, qui sont loin d’avoir fait l’évènement. Difficile de se souvenir comme ça, de tête, quel est le dernier DoA ou Virtua Fighters. Bref, après avoir tenu le centre de la scène, les licences 3D s’essoufflent. Seule la série des Soul Calibur continue d’émouvoir à chaque chapitre, même si une bonne partie des fans des premières heures a arrêté de suivre la série après le second épisode (enfin, troisième, si l’on compte l’épisode DreamCast comme un chapitre à part entière). Et ce n’est pas sur les aventures cellshadées de Sangoku qu’il faut compter pour relever le niveau, ni sur les diverses moutures de Naruto. Y’a pô à dire, tout fout l’camp, c’était mieux avant, j’vous l’dit, moi… Et c’est dans ce contexte qu’arrive Street Fighter 4, après une campagne de publicité qui divise, crée la discorde à cause du design des personnages, mais qui excite, qui fait rêver… Et le jeu s’avère finalement un véritable retour aux sources, fort de la richesse du 3, de la popularité du 2, avec un style graphique rétro des plus réussis, mêlant design 3D avec un jeu total 2D. On retrouve nos chouchous, nos techniques favorites, mais surtout les joueurs ont grandi, ne sont plus adeptes du « tout- tout-de-suite », ont compris la leçon de la parenthèse 3D.

Street Fighter IV (2008) : et pourtant du changement

Ils veulent de la profondeur, du challenge, et SF 4 va leur en donner. Il suffit de voir comment un novice peut se faire rosser 23 fois de suite en mode ultra facile dès le premier match contre Honda (je ne parle pas pour moi, hein, pas du tout…). Les intentions sont claires, on est pas là pour rigoler ! Street Fighter 4 ouvre les yeux de ceux qui avaient les paupières collées à la sortie du 3, et permet même une resortie de ce dernier sur le XBLA. Les vrais ne l’avaient pas perdu de vue et continuaient de le pratiquer notamment en tournoi, mais désormais il trouve enfin grâce aux yeux des combattants de tous niveaux, prêts à faire l’effort de rentrer dedans. A la fois accessible et exigeant, c’est l’épisode que l’on attendait pour reprendre la route de la baston. Je n’irai pas plus loin ici car un test de cet épisode vous sera proposé dès demain (si vous suivez au jour le jour cette semaine spécial Street Fighter). Je me contenterai de mentionner la version 3DS qui, troublante de facilité, contrebalance mon impression de difficulté à l’arrivée de l’épisode sur Xbox360, et confirme la volonté d’en donner pour tout le monde, de surtout ne pas aliéner les nouveaux venus. Mais si cet épisode marque le retour de Street Fighter sur le devant de la scène, les répercussions de cet épisodes retentissent à l’échelle du genre lui-même, offrant une seconde vie au VS Fighting. Le dernier King of Fighters est à cet égard bien représentatif puisque, bien qu’exigeant, il permet aussi aux novices de se familiariser avec le système et s’avère être le meilleur épisode sorti depuis longtemps. Skull Girls, une production indépendante, défraie la chronique depuis un moment avec ses personnages originaux, de toute beauté, son style singulier, la force de son gameplay mature et profond.

A retenir

Le genre renaît de ses cendres grandi par des années d’évolution oblique, et Street Fighter 4 est peut-être le chaînon manquant qui nous aurait permis d’apprécier plus tôt à sa juste valeur son aîné… Peu importe, car il réussit là où même le second volet avait fait choux blanc, à savoir populariser la finesse du gameplay, le jeu de timing, la richesse de possibilités que le genre propose pourtant depuis une quinzaine d’années, et permet à l’ensemble des joueurs de porter un regard neuf et éclairé sur les production présentes et passées, tout en faisant rêver sur ce qui reste à venir…

Toma Überwenig

This is it !

2008, depuis maintenant pret de 16 ans Capcom ne fait plus rien de concret avec la franchise Street Fighter. Pourtant cette annee là, Street 4 sort sur borne arcade. Cet épisode se veut un retour aux sources en empruntant son gameplay aux épisodes 2D, et en proposant des personnages et un univers évoluant en 3D. Le résultat est saisissant et on est d’emblée saisi par cette beauté graphique et ses personnages (qui sont quelquefois caricaturaux mais tellement bien modélisés) en cel-shadding haut en couleur. C’est surprenant au début mais on s’y habitue vite car ça colle finalement plutôt bien à la série. On retrouve les habituels Blanka, Chun-Li, Dhalsim, Bison, Sagat, Ryu, Ken est bien d’autres compétiteurs désormais classiques, mais des nouveaux aussi pour agrémenter le jeu de nouvelles têtes. Dans cet opus on retrouve un big fake le fameux Sheng Long renommé ici Gouken. Rappelons-le, il y avait  un buzz autour d’un personnage secret dans Street Fighter II, en faisant une manipulation particulière on croyait pouvoir affronter Sheng Long, mais en fait ce fut en fait un poisson d’avril. Cela n’a pas  empêché Capcom de lui donner vie sous le doux nom de Gouken, un ersartz de Heiashi Mishima. Les animations sont fluides très bien animées, les personnages ont bénéficié d’une animation faciale de très bonne qualité : au-delà de leurs mimiques, quand un un perso prend le coup vous voyez sa douleur ! Quel plaisir de voir cette expression quand vous placez un uppercut final. Les coups sont bien réalisés et des attaques ultimes de toute beauté viennent agrémenter les combats. En parlant de combat, ô toi simple joueur passe ton chemin car ici pas de place pour la faiblesse ou la facilité ! Ici c’est pas Tekken et consort et je peux te le dire je l’ai appris à mes dépens. Mode arcade je choisi Dhalsim en mode normal  je me dis tranquille ça va le faire, 1er combat je me fais avoiner par Honda je me dis non c’est  pas possible je suis pas bidon, je réessaye en facile, rien, très facile non plus, je met le mode débutant ça marche mais je lutte quand même. Cette anecdote pour vous dire que cela ne ce joue pas comme un jeu de combat lambda. La maniabilité est old-school mais le plaisir est le challenge sont bien là. Une maniabilité qui promet des joutes endiablées et je sais ce que je dis, certains membres de la rédac se reconnaîtront, surtout au niveau des touches pour sortir des ultras. Il va vous falloir de la maîtrise pour arriver à dompter les quarts de cercle et consorts qui vous permettront de ne pas vous faire latter par l’IA ou vos amis.

La qualité au rendez-vous

 

Comme le dit le titre, la qualité est là, bien au rendez-vous. Graphismes, animations et décors, mais aussi un travail sur les cinématiques qui sont présentées sous forme de dessin animé manga de très bonne facture. Mais qu’en est-il de la bande-son ? Ambiance très discrète au niveau des combats, Capcom nous à livré une musique catastrophique pour la scène d’introduction. Ça ressemble à une  musique d’ado pré-pubère pas du tout représentative de la saga, une vraie horreur pour nos ouïes. Une bonne musique de métal (dont Töma à le secret) aurait amplement suffit. Mis à part la bande-son pas fantastique, le titre s’en sort très bien. Le cheminement classique emprunte les mêmes ficelles que les autres jeux du genre : un mode arcade où vous choisissez votre personnage, et où on vous présente son histoire pour enchaîner des combats jusqu’au boss de fin qui à généralement une apparence (ou qui est) ridicule. Une fois cela accompli vous débloquez des personnages supplémentaires, ainsi que des suppléments dans la galerie. Avec une maniabilité et une prise en main pas évidente ce jeu vous demandera du doigté et de la patience. Ajoutez à cela à des combats en réseau et des défis dont vous pourrez gérer la difficulté pour vous tenir en haleine et pour finir, si vous en avez le courage, par jouer en difficile : le challenge sera alors plus que coriace. En nous livrant depuis SF II une copie parfaite de ce jeu, un retour plus que bienfaiteur pour les fans en attente d’un nouveau suppléant, le pari à été tenu, merci Capcom !

A retenir

Un grand jeu est de retour, un roi absent de son trône qui le reprend sans surprise. Capcom s’est fendu en deux pour nous livrer une copie unique, un vent de fraicheur souffle sur le versus fighting. SF vous prendra au cou avec son mode arcade magnifique, ses combats en réseau et sa difficulté, c’est sûr, vous en aurez pour votre argent. Si vous avez aimé le 2  ou même la saga, ce titre l’honore en tout point. A noter que deux déclinaisons de ce jeu existent avec Super Street Fighter IV et Super Street Fighter IV : Arcade Edition, histoire de prolonger plus longtemps cette expérience déjà unique. Quant à moi je retourne m’entraîner,  j’ai de futurs KOs à mettre.

 

Informations sur le jeu

Plateformes : Playstation 3 – Xbox 360 – PC – Arcade Taito Type X2


Genre : Combat 2D

 Développeurs : Dimps/Capcom

Éditeur : Capcom

Date de sortie : Février 2009

 

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Représentant mythique du manga shōnen, Dragon Ball n’a pas fini de voir sa vie être dérivée ci et là. Cela ne date pas d’hier, l’univers imaginé par Akira Toriyama a inspiré de multiples adaptations vidéoludiques, en particulier des jeux de combat. Les plus récents sont les séries Budokai et Budokai Tenkaichi, mais le succès a débuté avec les Super Butōden. En particulier, le deuxième épisode sous-titré La Légende Saien, sorti en 1994 en Europe, fut une vraie réussite.

Cell le début

07_dbz2_2Comme dans tout bon jeu vidéo estampillé Dragon Ball, il y a un mode Histoire. Plutôt bien fourni en dialogues, plans fixes et séquences utilisant le moteur in-game, La Légende Saien débute au tournoi de Cell. Il n’est donc pas étonnant de voir à l’honneur un Son Gohan au top de sa forme, dans sa transformation de niveau deux qui lui permet de dépasser son père pour la seule fois de sa vie. Selon le personnage choisi et l’issue des différents combats, le scénario suivra différents embranchements. Par exemple, la meilleure fin s’obtient en incarnant Son Gohan, en perdant le second affrontement contre Cell et en battant Son Goku dans les modes de difficulté les plus élevés (3 et 4). De plus, chaque combattant aura une histoire qui lui est propre, ce qui offre une replay-value très intéressante au titre. Et ce n’est pas tout: La Légende Saien traite aussi et surtout de personnages issus des OAV qui ne font pas partie de la série animée canonique. Ainsi, ceux qui ne connaissent pas Broly, Bojack ou Zangya vont pouvoir découvrir ces personnages plutôt classes et mystérieux. Le fameux guerrier légendaire peut même être débloqué en exécutant un enchainement de boutons à l’écran-titre (Son Goku également), sorte de Konami Code qui a participé au succès d’estime de la saga: Haut, X, Bas, B, L, Y, R, A. En-dehors de ce mode Histoire, il est possible de créer des tournois auxquels huit personnages peuvent participer. On regrette seulement une version française mal traduite, notamment au niveau des noms (Broly devient Tara par exemple…). Parce que le jeu est très beau, bien dessiné, doté de jolies couleurs et globalement fidèle au manga et à l’anime. On retrouve certains décors connus, comme le ring du tournoi d’arts martiaux. Surtout, le titre possède une ambiance bien particulière et similaire à celle qui accompagne la période Cell. Les doublages japonais sont d’excellente qualité et font frissonner de plaisir quand ils font résonner les « Kamehameha », « Big Bang Attack » et autres « Masenko ».

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L’arcade semble aussi ancrée dans la culture et l’histoire du jeu vidéo que semblant appartenir à un âge d’or révolu. Témoins et piliers voire vestiges, les salles et bornes se font de plus en plus rares, du moins en Occident. Au Japon, ce pan du médium semble encore bien vivace, un acteur du jeu vidéo récent et surtout rétro. C’est ce voyage à travers ces rues et ces salles qui sentent bon la passion hardcore que nous propose le remarquable ouvrage Arcade Mania! The Turbo-Charged World of Japan’s Game Centers.

Un monde de passions et d’opportunités

brianashcraftEgalement disponible dans notre chère langue de Molière aux éditions Pix’N Love, le livre date de 2008 et il est signé Brian Ashcraft, auteur des Night Notes sur le blog Kotaku, et Jean Snow, correspondant design pour The Japan Times. Se donnant l’allure d’un manga se lisant de gauche à droite avec un format poche court, un papier glacé de belle allure alternant habilement entre pages en noir et blanc et colorées, Arcade Mania! ne déroge jamais à sa règle de décrire l’arcade au Japon à la fois du point de vue des joueurs et de celui des industriels. Peut-être plus encore que sa voisine de salon, cette scène décrit ses succès et ses échecs par ces deux paramètres. D’ailleurs, l’ouvrage offre la préface à Kevin Williams et Brian Crecente, respectivement directeurs de KWP Limited, une entreprise de consulting spécialisée dans le divertissement, et de Kotaku, posant habilement la problématique à laquelle il essaie de répondre. Cohérent et remarquablement introduit.

Arcade Mania! ne se limite cependant pas au jeu vidéo, mais a pour vocation de parler de toute la scène arcade japonaise. Il traite par exemple des crane games ou des machines à stickers; néanmoins, cet article se limitera aux chapitres consacrés à notre médium chéri. Plus que les titres en eux-mêmes, Arcade Mania! fait la part bellegam1007220500000-p1 aux créateurs et aux super-players. Bref, aux personnalités qui font le caractère et la légende de cette scène où le défi de la machine et de l’adversaire humain est omniprésent et fait son essence, son intérêt, son histoire. Le livre trouve un juste équilibre et un rythme efficace en jonglant entre article principal et encarts sur des anecdotes ou des portraits, parmi lesquels ceux de Daigo Umehara, Suda 51, Aaron Chmielowiec (auteur de Counting Combos: A History of the Japanese Dance Dance Revolution Community) ou Kenta Cho.

In_The_Groove_2_dedicated_cabinetUn format et une ligne éditoriale qui ont sûrement inspiré Les Cahiers du Jeu Vidéo, à la différence près que Arcade Mania! ne commet jamais l’erreur de théoriser à l’excès son propos, de digresser trop souvent ou d’intellectualiser une thématique qui ne demande pas à l’être. Les anecdotes sont judicieuses et dosées, les idées organisées, le propos habilement maîtrisé pour être objectif et ouvertement passionné. On parvient également à bien ressentir le caractère coloré, intrinsèquement social et kaléidoscopique du monde de l’arcade. Notamment, le chapitre 3 consacré aux jeux de rythme est parfaitement réussi en ces points, argumentant la réussite de certains titres par la notoriété publique qu’ils procurent à leurs meilleurs pratiquants, ainsi que par la possibilité réussie de jouer le rôle d’un danseur ou d’un musicien.

« La fée bleue secoue son voile et vient accorder ce qu’on a demandé. Quand on prie de tout son cœur, il n’y a pas de faveur qui ne soit bientôt une réalité. Essayez, faites un vœu car l’espoir est dans les cieux. Quand on prie la bonne étoile et la fée bleue ! » Et effectivement, à force de prier le grand Kaio Shin, mon rêve fut enfin réalité : un jeu de Versus Fighting estampillé Dragon Ball, qui envoie du lourd, que ce soit sur le système de combat en lui-même, ou la fidélité à l’œuvre originale de notre grand manitou à tous : Akira Toriyama. Et qui de mieux que Totof pour partager le clavier, mon ami préféré dans les jeux de combat, qui, en général, m’explose bien comme il faut (et je ne parle pas de Garr…).

La loi du respect

Le moment préféré de la moitié des fans de Dragon Ball

On va commencer par ça, hein. Parce que bon, il faut bien dire que les trois quarts (dont moi) des personnes qui ont acheté le jeu, l’ont fait après un déboitage de mâchoire façon luxation irréversible. Putain que c’est beau. Je ne saurais comment le dire autrement, tellement pour une fois depuis le début de la licence sur console, le jeu est proche de l’animé, voire s’y confond par moment. Comment ne pas tomber amoureux de Goku qui se transforme en Super Saiyen au début de chaque combat ? Comment ne pas être en extase quand on voit que, si on finit Cell avec Gohan Ado sur une attaque forte dans l’arène adéquate, la cinématique de la mort de Cell se déclenche, à l’identique de la scène du manga et de l’animé ? Finalement, comment ne pas être ému de pouvoir saper Gohan adulte avec le kimono de Piccolo, en mode violet et blanc (voir vidéo ci-dessous) ?

Et cette plastique magnifique transpire de tout le jeu, d’une générosité sans nom. Vous vous souvenez de la sortie en kit de Street Fighter V ? Et bien, ici c’est tout le contraire ! Un mode histoire anecdotique mais sympathique (très proche de celui d’un Budokai 2 pour ceux qui s’en souviennent), un mode arcade qui permet de progresser tranquillement dans son coin; un mode entraînement particulièrement bien foutu, notamment avec des « défis combos »; et bien entendu, les combats en ligne à base de pick-up, lobby, et du 3v3 à 6 joueurs ! Que ce soit par rapport au joueur ou à l’œuvre de base de Toriyama, Arc System Works ne s’est pas foutu de notre gueule. Le respect dans ce qu’il a de plus pur !

Accessible, pêchu, créatif et profond

Si on me gifle, je tends l’autre joue et j’en profite pour filer un coup de genou dans les valseuses

Le gameplay de Dragon Ball FighterZ est basé sur quatre types d’attaques fondamentales, toutes disponibles sur les boutons de façade du pad: faible, moyenne, forte et spéciale. Les gâchettes de gauche servent pour changer de personnage ou demander un assist, celles de droite à la chope et au Super Dash (qui sont en fait des raccourcis de combinaisons entre les attaques de base). Un aspect essentiel est la propriété dite Smash que possèdent certains coups: idéale pour envoyer l’adversaire dans les airs, le faire rebondir sur les murs ou l’écraser au sol, elle constitue une porte d’entrée toute trouvée vers les Supers. Par exemple, Goku enchaînera facilement grâce à son Kamehameha téléporté après un écrasement au sol, alors que Vegeta devra plutôt utiliser les ricochets voire les coups ascendants annulés en Super pour placer sa Big Bang Attack et son final Final Flash qui frappent à l’horizontale. De manière générale, les possibilités de combos et de récupération dans les airs, avec ou sans l’aide des assists, sont très nombreuses. Ces attaques dévastatrices s’effectuent par l’exécution d’un quart de cercle avant pour une Super de niveau 1 avec consommation d’une barre de Ki, ou arrière pour une de puissance supérieure nécessitant trois barres. 

J’en connais un qui va pas tarder à prendre un bon Kamehameha dans la gueule

Toutes s’exécutent à l’aide des gâchettes de droite, tandis que les coups spéciaux, à base de quarts de cercle avant ou arrière ont différentes propriétés selon le bouton de base utilisé, et ils ont même une version EX en appuyant sur attaque forte (consommation d’une barre de Ki). Le gameplay de Dragon Ball FighterZ est donc très accessible, on ne retrouve pas ici de manips de type Dragon Punch, ni de charge, ni de double quart de cercle et encore moins de 360°. Au rayon consommation des ressources énergétiques, il y a aussi la téléportation disponible en pressant attaque moyenne+forte, arme non négligeable pour surprendre, sortir d’un pressing ou éviter une Super un peu piffée, au prix d’une barre. Les autres déplacements peuvent se faire en rushant (mais attention aux punitions par l’anti-air universel Bas+Attaque spéciale), ou avec des dashes avant et arrière réalisables à la fois au sol et dans les airs.

Équilibré et diversifié : tout le monde peut jouer

Oncle et neveu

Les mécaniques d’autocombo sont plutôt intéressantes, puisque bien adaptées à ce jeu au rythme extrêmement soutenu, et parce qu’elles permettent aussi de placer des Supers de niveau 1 facilement en fin d’enchaînement avec l’attaque moyenne. Cependant, certains sont assez horribles à défendre, puisqu’ils font se succéder des coups hauts, bas et overheads. Ce qui donne souvent des situations extrêmement punitives qui peuvent se révéler très frustrantes (c’est notamment le cas pour le personnage de Beerus et Rosé)… Cependant, il n’est pas interdit de composer d’autres types de combos, en se basant sur une règle simple et logique au sol: les coups peuvent se linker en allant de l’attaque faible vers la forte, jamais dans l’autre sens. La récupération dans les airs est quant à elle plus difficile à maîtriser, mais permet plus de variations et d’inventivité, et fera probablement la différence avec les joueurs de haut niveau. Certaines vidéos commencent d’ailleurs à fleurir, illustrant des combos infinis qui drainent 100% de la barre de vie. À voir comment les développeurs pourront corriger ce défaut a posteriori.

Mange déjà ça, saleté de tyran

Tout le monde peut trouver son compte, grâce à un casting plutôt équilibré: Goku/Vegeta persos à la Ryu/Ken qui diffèrent en partie sur le rapport puissance/vitesse, Tenshinhan/Piccolo orientés mixups, C16 combattant de corps-à-corps, Trunks/Gohan adulte/Yamcha idéaux pour presser au sol, Gohan ado très bon puncheur mais qui manque d’allonge, Krilin excellent soutien, Hit qui se jouera essentiellement en contre… Il y a de quoi s’amuser, même si l’on regrette évidemment l’absence dans la version vanilla du légendaire Broly ou du charismatique Bojack. Par contre, il faut noter l’excellente surprise que constituent certains personnages a priori underdogs, en premier lieu Yamcha et Tenshinhan.

3v3, ce n’est pas rien !

Jeu, set et Smash

Surtout, il ne faut jamais perdre de vue que Dragon Ball FighterZ est un jeu par essence orienté sur le combat en équipe. Il faut gérer constamment la vie de ses trois personnages, connaître leurs complémentarités, que ce soit au niveau des assists, des Supers ou dans le style et l’équilibre à donner au trio. Un joueur avisé fera en sorte de garder le plus longtemps possible ses combattants en vie, de mettre en back-up un équipier qui a besoin de souffler et de tenir avec les autres. En effet, la plupart des dégâts sont temporaires (affichés en bleu) et peuvent être récupérés. Soit par le repos donc (en ne perdant pas de vue la possibilité pour l’adversaire de forcer un retour au combat à la suite d’une chope), soit en activant le Sparking Blast (pression simultanée des deux gâchettes de droite) qui permet une régénération très rapide et augmente la vitesse et la puissance. À utiliser en fin de partie pour garder un espoir par exemple.La capacité de régénération de ce Sparking Blast est tellement rapide qu’il peut redonner tous les dégâts encaissés sur une Super, durant le temps de l’animation qui suit! Il faudra donc calculer son coup et être sûr d’achever son adversaire, sous peine de voir ses efforts réduits à néant. On se sent autant dans un titre de Versus Fighting avec sa grammaire propre, que dans un combat de l’animé Dragon Ball Z grâce à une intensité forte et constante, du rythme, de la patate et des enchaînements hauts en couleurs et en bruitages. Les retournements de situation existent, mais il devient plutôt compliqué de gagner dès lors qu’une infériorité numérique est contractée. De même qu’il est assez difficile de défendre, surtout face à des personnages dont les combos alternent allègrement entre coups hauts, bas et overheads, voire un peu “aveugles” comme Gohan adulte qui enchaîne coude vers le haut et pied vers le bas au sein de la même animation. Que dire également du jeu en coin qui peut se révéler parfois impossible à contrer. Cependant, le damage reduce marqué des combos, en plus d’équilibrer les combats, permet de voir plusieurs Supers par match et donc des joutes très animées.

Apprendre en ligne / se faire défoncer en ligne

Totof ayant très bien résumé toute la partie gameplay, il me reste tout de même une chose à dire: Dragon Ball FighterZ met à profit une courbe de progression titanesque, dont l’ascension ne peut se faire qu’en jouant contre d’autres joueurs. Et quoi de mieux qu’un mode en ligne bien huilé pour cela (Totof me répondrait : “Jouer à deux en local, conno ! » Et il aurait raison au final…) ? Celui de cette pépite DBZ est, en toute simplicité, un excellent moyen de s’améliorer. Bien qu’il existe une mode entraînement tout à fait honorable, afin d’apprendre les principes de chaque personnage, il n’y a pas mieux que de se faire défoncer en ligne, via des combos à rallonge, pour monter en compétence. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Quel est l’intérêt de tout jeu de combat si ce n’est de devenir toujours plus fort ? En jouant en ligne, il faut donc savoir :

  • Ouvrir la garde, que ce soit via un overhead, une chope, ou un coup bas
  • Enchaîner les combos sans toujours transformer le terrain de jeu en fistinière à cause d’un damage reduce très bien réglé
  • Savoir manier l’anti-air comme personne afin de contrer tout dragon rush sorti n’importe comment
  • Bien définir un « combo-type » qui permet de sortir sa Super à tous les coups
  • Choisir une équipe équilibrée, qui ne soit pas forcément la Top-Tier, mais qui soit celle qui correspond à votre style de jeu, et qui ne comporte pas de faiblesse particulière
  • Savoir jauger un joueur dès les premières secondes du combat et adapter son style de jeu en fonction ? Il est très offensif ? Jouons du contre et de la chope. Il est très défensif ? Essayons de caller un combo dévastateur le plus rapidement possible pour le faire paniquer. C’est un spammer ? Défonce-le !

Kikoho !

Le jeu est tellement riche en possibilités et tellement divers en ligne, que je n’ai pas ressenti cette envie de devenir plus fort depuis Street Fighter II ! Je passe vingt minutes à apprendre chaque combo de ma team, j’essaye de mixer chope, combo, assist, super, comme personne ! Et que de plaisir de gagner un match, in extremis, par une petite boule de ki de merde ou par une téléportation mal défendue ! Il n’y a pas à dire, Dragon Ball FighterZ est un jeu de combat compétitif digne de ce nom !

À retenir

Dragon Ball FighterZ réussit à réaliser le rêve de tout fan de la licence depuis des décennies, à savoir offrir un vrai jeu de combat pêchu, technique et profond, dans l’univers de l’œuvre incontournable de Akira Toriyama. On ressent un plaisir unique, équilibre parfait entre les sensations d’un titre de Versus Fighting et l’excitation caractéristique des joutes de l’animé. Dragon Ball FighterZ n’est cependant pas dénué de défauts, que ce soit par exemple son penchant très punitif, son contenu solo pas extraordinaire ou encore son faible nombre d’arènes et l’absence dans le casting de certains personnages réclamés par beaucoup. À ce propos, nous devrons donc rester vigilants quant à la politique des futurs DLC, qui risquent de nuire à la réputation du titre. Comme toujours, ce sera aux joueurs de décider de casquer ou non, de légitimer ou de condamner de telles pratiques. C’est de toute manière l’avenir qui nous dira si Dragon Ball FighterZ est un grand titre de Versus Fighting. Car comme le disent nos confrères de Bas Gros Poing, et même si l’on sait déjà que le titre offre beaucoup de possibilités, ”ce sont les joueurs qui font le gameplay”.

Le Serpent et Totof

Informations sur le jeu

Plateformes : PS4, One, PC

Genre : Versus Fighting

Développeur : Arc System Works

Éditeur : Bandai Namco Entertainment

Date de sortie : 26 janvier 2018

Comment introduire le test de l’un des plus grands jeux de tous les temps, d’un soft qui fait figure de référence dans son genre, en l’occurrence le Versus Fighting 2D ? Comment être digne de cette charge, de ce privilège ? Il y a bien entendu plusieurs solutions, tout aussi bonnes ou mauvaises les unes que les autres. Alors attaquons par le premier souvenir que Street Fighter III : Third Strike évoque pour beaucoup, même si c’est une approche qui pourra apparaître classique. Il s’agit de ce fameux duel entre Justin Wong (Chun-Li) et Daigo Umehara (Ken) lors de l’EVO 2004 qui a vu l’exceptionnel retournement de situation lors du dernier round qui a fait entrer dans la légende le joueur originaire d’Aomori. A travers le décryptage de ce combat, tentons de montrer à quel point Street Fighter III.3 est le jeu de Versus Fighting 2D qui peut vous faire tout apprendre et qu’il faut donc connaître, aimer, pratiquer et… regarder.

Un peu de jargon ne fait jamais de mal

Le jeu a récemment connu une seconde jeunesse avec une édition online (Xbox 360, PS3) venant apporter un lissage HD agréable, mais pas indispensable. Cela n’est peut-être pas criant sur cette vidéo de qualité moyenne, mais Street Fighter III : Third Strike est tout simplement un must en matière de réalisation 2D, que ce soit au niveau des graphismes, des couleurs et surtout de l’animation, élément indispensable de l’expérience.

Parce qu’en effet, le timing dans le Versus Fighting est une chose primordiale et peut décider de la qualité ou de la médiocrité d’un titre. SFIII.3 est en tout point remarquable dans ce domaine et un combat se gagne généralement parce qu’on a maitrisé son jeu. Ici, c’est plus ce que l’on réussit qui fait grimper la jauge de furie, pas ce qu’on encaisse. Et peu de chances de la placer sur un coup de bol, à la relevée ou sur un Shoryuken bourré dans les inputs. A 0:06 dans la vidéo, Justin Wong tente et réussit un Bas Medium Kick (Crouching Medium Kick ou Cr. MK pour les intimes), coup essentiel de la panoplie de Chun-Li qui a plusieurs propriétés très intéressantes. Il lui permet de zoner (maintenir son adversaire à la distance qu’il souhaite), de poker (simplement toucher du bout de son pied son opposant) et enfin d’avoir la possibilité (même s’il ne la prend pas ici) d’enchaîner sur un autre coup en faisant ce que l’on nomme un cancel, en d’autres termes pouvoir entrer rapidement un coup spécial avant la fin de l’animation du Cr. MK. C’est d’ailleurs ce que fait Daigo à 0:14, lorsqu’il place un Shoryuken léger à la suite de son Cr. MK. Les plus observateurs auront remarqué qu’il en exécute même deux, le second ne touchant pas sa cible, alors que c’est un combo classique connu pour Ken dans Street Fighter III.3. A la relevée de Chun-Li, Daigo tente un Medium Punch (MP)-High Punch (HP) qui est ce que l’on nomme un target combo, un enchainement de plusieurs coups normaux (qui ne font pas de dégâts s’ils tombent dans la garde) devant être exécutés en links, c’est-à-dire qu’ils doivent se suivre à la fin de l’animation de chacun, contrairement aux cancels. Ces derniers trouvent leur plus grand intérêt lorsqu’ils deviennent des hit confirms, lorsqu’une furie (nommée Super Art dans Street Fighter III.3) est placée après qu’ils aient touché ou trouvé la garde de l’adversaire. Daigo, dont la barre de charge de Super Art a un cran rempli, peut en tenter un et le réussit à 0:28.

Avant le combat, le joueur doit choisir parmi trois furies, qui ont bien entendu des propriétés et des possibilités différentes. Si en l’occurrence, les options prises par Justin Wong et Daigo sont parmi les plus répandues et les plus utiles pour leurs personnages respectifs, il est parfois bien difficile de se faire sa propre religion. On pense à Ryu et ses trois dévastateurs Super Arts (Shinku Hadoken, Shin Shoryuken et Denjin) qui changent complètement la façon d’aborder le match et ses combinaisons. La somme de dégâts alors encaissés par Justin Wong est importante, ainsi que l’étourdissement qui se mesure grâce à la jauge située sous la barre de vie. Dans ce jeu où la punition est un élément essentiel du gameplay, un stun peut rapidement signifier le K.O., les joueurs de la karatéka Makoto, spécialiste dans ce domaine, ne le savent que trop bien. Chun-Li ne pouvant pas se relever tout de suite (c’est d’ailleurs la seule phase dans ce jeu où un combattant à terre ne peut se remettre sur son séant immédiatement en appuyant simultanément sur LP+LK), Ken en profite pour le taunter, commande qui, comme vous le savez tous, se fait en pressant simultanément poing et pied forts. Ici, pas question de narguer l’adversaire, mais de profiter des bonus en termes de dégâts sur les attaques futures ou de recouvrement de la jauge de stun. Le coup de Ken que l’on peut voir à 0:37 est un universal overhead, fruit de la pression MP+MK. Un overhead, comme son nom l’indique, permet de toucher par le haut un adversaire accroupi. Ainsi, les campeurs ou turtles peuvent être punis. On parle d’universal car ce coup est disponible pour tous les personnages de Street Fighter III : Third Strike, à la manière de la Focus Attack de son successeur Street Fighter IV. Daigo en profite ensuite pour choper Chun-Li, agression contre laquelle on peut se défendre en appuyant sur les mêmes boutons que l’adversaire : LK+LP.

Le « Versus Fighting », discipline ô combien sélective dans l’univers du jeu vidéo, si vous voulez réussir dans ce domaine, il y a deux règles qui s’imposent : 1. Avoir eu du bol dans la roulotte génétique 2. Si vous ratez ce fameux combo trick qui va envoyer paître votre adversaire ce n’est pas la faute de la manette, mais vous, misérable « casu ». De mon côté, j’ai pas eu de bol, je suis née avec les oreilles décollées et dès qu’on me demande d’enchaîner une série de plus de quatre touches, je fais l’impasse. C’est sur ce grand mal que les deux développeurs de chez Misshof lance le titre Nidhogg.

nidhogg-screenshot-me3050216554_2Nidhogg ne m’a pas recollé les oreilles mais m’a définitivement convaincu qu’on pouvait enfin avoir une autre alternative du jeu de combat sans tomber du côté de chez Nintendo (Super Smash Bros). Sorti d’un développement de plus de quatre ans par deux game designers américains (Mark Essen et Kristy Norindr), Niddhog propose un versus fighting loin des conventions japonaises du combo et du trick.

Les bases du jeu sont simples, deux personnages sont dans une arène et l’objectif principal n’est pas de mettre au tapis son adversaire mais d’arriver à une ligne d’arrivée établie de chaque côté ou « camp » des participants, et de se faire bouffer par un ver de terre, un « Nidhogg » (dit comme ceci, c’est particulièrement chelou). L’arène en elle-même se découpe en 7 tableaux, 1 tableau médian où commence l’affrontement et 3 tableaux de chaque côté à traverser pour vaincre son ennemi, si l’un des deux meurt durant la partie, il respawenera 10 sec plus tard, et ce rythme se fait inlassablement. En lisant le pavé comme ça, le principe paraît compliqué mais manette en main, le principe du jeu est aussi con que « bonjour » et est accessible pour tout le monde.

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La collection Games History a pour vocation de retracer en profondeur l’histoire du jeu vidéo par genre, voire par série. Le Serpent Retrogamer a d’ailleurs récemment participé à l’écriture du volet consacré à la plate-forme. Mais ici, il s’agit d’évoquer le tome dédié au Versus Fighting, à la genèse et à la rédaction duquel on trouve notamment le vénérable Yace. Plus qu’une analyse thématique ou par époque, Games History: Histoire du Jeu de Baston 2D est une véritable encyclopédie. Avec les atouts et les défauts inhérents au genre.

Anthologie

L’ouvrage fait le choix d’un découpage par grand constructeur ayant marqué la baston 2D. Les différents chapitres sont donc respectivement consacrés à Capcom, SNK, Arc System Works, aux autres studios (dont Midway), aux animes et films dérivés et enfin, à des interviewes d’acteurs de la scène compétitive française, parmi lesquels les célèbres Ken Bogard et Kayane. Le but est clair: évoquer chaque titre, ou a minima chaque arc, de chaque série des dits développeurs. La place accordée aux uns et aux autres est d’ailleurs très juste, en conformité avec l’impact réel sur l’histoire du genre. On pense notamment à King of Fighters, Fatal Fury ou Street Fighter II. Ce dernier a d’ailleurs droit à un traitement délicieux de la part de Yace qui nous livre probablement la meilleure partie du livre avec une analyse fine du contexte de la sortie du hit légendaire de Capcom, ainsi que l’empreinte majeure qu’il a laissée. Games History: Histoire du Jeu de Baston 2D est donc à considérer comme une véritable compilation, une sorte de Bible riche en détails et en expériences, une anthologie de softs qui écrivent également en filigrane l’arcade. On a donc droit à une explication par titre plutôt qu’une analyse transversale thématique ou par courant/époque de gameplay. Ce contenu extrêmement dense, aussi bien dans le détail qu’à l’échelle macroscopique, n’oublie rien (pas même les titres comme Darkstalkers ou les cross-overs) et s’étend sur plus de 200 pages généreuses en textes.

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Diversité et inégalités

L’ouvrage peut donc se consommer librement d’un studio à l’autre – la trame chronologique n’étant finalement respectée que pour un studio et une série donnés. Il se pare de plus d’un enrobage et d’un format proches d’un Cahier du Jeu Vidéo et autres IG Magazine, avec papier glacé et clichés nombreux de très bonne qualité. En fait, il se feuillette avec le même plaisir coloré qu’un bon magazine à l’ancienne et ce n’est pas rien dans l’intérêt recherché et ressenti avec ce genre de livres. Au niveau des reproches, on regrette d’abord les nombreuses fautes d’orthographe parsemées ça et là, puis de rester quelque peu sur notre faim avec la présentation trop brève des studios qui sert d’introduction aux différents grands chapitres. Cet aspect contraste d’autant plus avec le très appréciable souci du détail qui parsème chaque article, aussi bien pour expliquer les apports de gameplay que pour narrer les souvenirs personnels des auteurs – dont on ressent concrètement l’expertise, la nostalgie et le vécu, ou encore exposer les scénarii des titres évoqués. Globalement, le travail, quoi que vraiment épatant à la lecture de ce contenu érudit et massif, souffre d’une inégalité de styles et de tons entre les différents auteurs, voire même de structures dans les articles. Certainement le prix de la liberté donnée à chaque contributeur, mais qui nuit un peu à la cohérence générale.

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A retenir

Games History offre, avec ce livre Histoire du Jeu de Baston 2D, un véritable ouvrage de précision. Son sujet est disséqué par des auteurs experts, passionnés et soucieux de rendre hommage à la légende de ce genre noble. Le livre souffre certes de défauts de forme et parfois d’une inégalité de ton et de structure, mais il réussit son objectif. A savoir constituer une véritable anthologie sur le Versus Fighting 2D consultable pour référence. Un travail remarquable et conséquent qui est à saluer.

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Dans le duel entre ce que l’on appelle casual et “vrais” gamers – que l’avènement et le succès de la Nintendo Wii ont exacerbé, la difficulté des titres est un point essentiel d’accrochage entre les deux camps. Quand les premiers aiment avant tout l’accessibilité et la simplicité, les seconds attendent d’être mis au défi et prennent du plaisir à être chahutés. Cependant, un soft difficile peut l’être pour plusieurs autres raisons, comme la nécessité d’apprendre ses mécaniques, une volonté manifeste de mettre le joueur en position de faiblesse, ou encore un game design mal construit ou injuste qui l’empêche plus ou moins volontairement d’être terminé.

La perfection n’est approchable que par la répétition

37853-179914-limbo9jpg-620xOutre son esthétique et son atmosphère sombres, Limbo a marqué les esprits par les morts brutales voire choquantes du jeune héros. Le titre multiplie les pièges et en fait l’ossature de son gameplay. C’est la progression par l’échec qui accroche le joueur, lequel apprend de ses erreurs pour avancer dans l’aventure. Ce principe s’applique également pour l’aérien et exigeant Mirror’s Edge, dont l’observation des lieux de réception et des distances de sauts est une contrainte vitale pour Faith. De même, Super Meat Boy demande une précision d’horloger dans ses courses et ses envols, chaque bout de niveau se découvrant et se surmontant par l’échec répété. Les traces de sang illustrent alors les endroits où la concentration et l’aptitude du joueur ont failli. Le soft demande donc ici d’être appris par cœur et l’utilisateur se doit de répéter ses gammes jusqu’à arriver à une sorte de perfection dans sa connaissance des mécaniques de gameplay, voire le comportement de l’IA. Pour le célèbre Super Punch-Out!, il s’agit avant tout de retenir le rythme de l’adversaire, de décortiquer sa façon de défendre et d’attaquer et de savoir en retour quand le faire pour survivre. Il y a bien évidemment envers le joueur l’exigence d’un certain sang-froid pour rester droit dans ses bottes et de ne pas déroger aux règles strictes, sous peine de perdre. Les meilleurs représentants récents de cette idée sont les frères spirituels Demon’s Souls et Dark Souls, dans lesquels la mort rôde à chaque détour de couloir, à chaque rencontre. Le manque de vigilance est alors tout de suite puni car tout ennemi demande une façon particulière d’être cerné, touché, battu. On recommence encore et encore, à tel point que l’échec fait le jeu et son plaisir. Surtout, ses boss gigantesques exacerbent sa difficulté et répondent au schéma classique imposant au joueur de trouver le point faible, la faille dans la cuirasse de son opposant. Beaucoup se sont cassés les dents sur l’apparente invincibilité de Psycho Mantis dans le premier Metal Gear Solid, jusqu’à être informés de l’astuce consistant à brancher la manette sur le port 2. Les différents titres des séries The Legend of Zelda et Castlevania (en particulier les épisodes IV et Order of Ecclesia), ainsi que Shadow of the Colossus, proposent également des boss puissants, contre lesquels seuls sont récompensés la patience du joueur et les coups portés au bon endroit et au bon moment.

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Finalement, si un soft est difficile parce qu’il faut beaucoup de temps pour comprendre et apprendre ses strictes mécaniques de gameplay, alors les jeux de sport typés simulation répondent à ce critère, ainsi que ceux de Versus Fighting. Chacun demande un timing précis et une aptitude manette en mains qui font la recette du succès. Cependant, cela peut engendrer en contrepartie un syndrome lié au titre lui-même qui, s’il est trop mathématique dans son gameplay, crée un genre à lui seul, se détournant de son inspiration première. Ainsi, beaucoup reprochent à Pro Evolution Soccer d’être devenue une série avec ses propres codes, plus qu’une simulation de football réaliste et exigeante. De même, un Street Fighter IV a ses failles, ses inputs bien à lui qui font que son gameplay est unique. Quoi qu’il en soit, on reste dans une démarche d’apprentissage du jeu, d’immersion dans sa logique propre, comme c’est le cas des point’n click. Il y a bien certaines énigmes de Monkey Island qui présentent cette difficulté intellectuelle, pour le coup complètement indépendante d’une quelconque habileté manette ou souris en mains.