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Teenage Mutant Hero Turtles : vous ne savez pas ce qu’une NES peut vous faire…

Noel 1991, je reçus ma première console de jeu vidéo rien qu’à moi : la NES, cette sympathique petite boite grise car il était enfin temps que j’aie ma propre bécane (je pense que mes géniteurs à qui je dois autant mon existence à leur oubli de contraception qu’à leur volonté d’enfanter en avaient marre de toujours me voir aller jouer chez d’autres), et comme il était de coutume, la console est fournie avec un jeu.

Et ce jeu est encore aujourd’hui une profonde source d’interrogation en ce qui me concerne. Est-ce que je l’aime au point d’y penser encore près de 20 ans après, ou alors n’est-il qu’un concentré de ma haine de joueur devant son essence même ? 

La bonne blague…

Je le confesse bien volontiers, j’ai toujours aimé l’univers délicieusement tordu mâtiné de SF des Tortues Ninja. Rien que la nature des héros est déjà tout un programme : des tortues…ninja ? Pourquoi pas des limaces samourai, ou des lombrics escrimeurs (sauf le respect d’Earthworm Jim) ? Et bien, le scénario rend tout ceci possible avec brio !
4 obscures tortues prennent apparence humaine (ou plutôt anthropomorphique) sous l’action d’une substance au nom barbare de Mutagen, substance qui a également changé leur maître Hamato Yoshi en un rat anthropomorphe. Les tortues désormais douées de conscience sont entraînées par leur rat de maître qui les a baptisées des noms de ses peintres et maîtres favoris de la Renaissance italienne, en leur apprenant l’usage d’une technique de combat propre.
Chaque tortue a au surplus sa propre personnalité et ensemble, elles forment un quatuor à la fois hétéroclite et complémentaire ! Léonard, le posé, maîtrise les katanas, Raphael est expert en Sai et est capable d’éclats de génie passagers, Michel-Ange est un pro des nunchaku et accessoirement le plus déconneur de la bande et pour finir, Donatello est un scientifique accompli très doué au bâton Bo. Et ce petit monde lutte contre l’infâme Shredder, de son vrai nom Oroku Saki, ennemi héréditaire de maître Splinter avec qui il a une histoire commune que l’on découvre au fur et à mesure de l’avancée de la série…Infâme Shredder qui s’est allié aux mutants de la sinistre dimension X et Krang, avec qui il forme le « Foot clan », parodie du « Hand Clan » connu des amateurs de Daredevil…

Un simple saut...dans TMHT c'est aussi douloureux qu'une vasectomie à vif.

Un simple saut…dans TMHT c’est aussi douloureux qu’une vasectomie à vif.


La première série animée était en fait très sympa et certains épisodes étaient carrément épiques, soulevant d’importantes questions face à l’altérité et avec cet esprit à la fois sérieux et comique (surtout grâce à Michel-Ange et au gout immodéré des Tortues pour les pizzas aux garnitures toujours plus farfelues), mais la série la plus récente est un carnage : dessins fades et sans âme, personnages d’équerre, tortues inexpressives et humour absent…Bref oubliez ! Et ce n’est pas que par nostalgie que je me permets de dire ceci, même si faut reconnaître que certains scénar étaient aux limites du purement débile. Mais bon, quand on est mioche ça passe. Et quand on est adulte, ça passe aussi …en fait si, c’est le nostalgique d’Amuse 3 qui parle. D’ailleurs, cette série était devenue le clou du spectacle de la dernière saison de cette émission jeunesse sur FR3, au point de supplanter David et Lisa les gnomes lors des segments de présentation de l’émission, laquelle avait au passage aussi changé de générique. oui, la télévision a longtemps été ma meilleure amie !

Et bien il était évident que cette série et son univers devaient être portés en jeu vidéo ! D’ailleurs, le jeu était si attendu et bénéficiait d’une aura si engageante que Big N créa carrément un pack NES « Control Deck + TMNT ». Et voilà comment ce jeu fit irruption dans ma life naissante de gamer…
Un cauchemar….

Une mortification ludique

Le jeu est un hybride jeu d’action en vue latérale et en vue de dessus lors des phases de recherche. Et avec le temps, j’ai eu le plaisir de ressentir ce soulagement intense : non, je ne suis pas le seul à m’être cassé les dents sur ce soft !

On commence par la traditionnelle mission de sauvetage de la journaliste April O’Neil, puis on alterne avec une séance de plongée, puis il faut sauver le maître, et enfin descendre vers le Technodrome et y pénétrer afin de botter le cul de Shredder. Tout un programme.
Aussitôt entré dans l’action, on comprend que, malgré la qualité des contrôles et la bonne tenue graphique du jeu, on s’est investi dans une sinistre comédie de mort, dans un jeu absolument inhumain tant sa difficulté est mahousse et semble n’obéir à aucune règle avec l’alibi de l’aléatoire, « le jeu qui se renouvelle en permanence » comme le disaient les employés de la sur-surtaxée « hotline » de Nintendo !

Vos 4 tortues sont au taquet et, chose sympathique, sont interchangeables. Mais hélas on se rend vite compte que seul Donatello tient la route avec son arme à longue portée…Rapahel est tout nase avec ses Sai et les deux autres sont identiques…Et la gestion très spéciale des adversaires vous mènera la vie dure.
Car oui, le jeu gère les séquences d’ennemis de façon donc tout à fait aléatoire…Et vue la richesse du bestiaire, chaque passage peut allègrement virer au cauchemar le plus absolu ! Certaines sections sont purement impossibles avec des ennemis en surnombre et ce dès le début du jeu…
Quant à ces ennemis, il semble que l’immense majorité d’entre eux a été créée rien que pour le jeu, car je ne me souviens pouic (oui, pouic) de les avoir vus dans la série, pas plus que dans le comics…Et scandale, pas une seul fois on n’entendra le thème des tortues dans ce jeu. Dur à encaisser.

Le barrage, ou le glas d'environ 75% des joueurs à l'époque.

Le barrage, ou le glas d’environ 75% des joueurs à l’époque.

Le niveau 2 est devenu célèbre avec le temps et tous ceux qui s’y seront frottés à l’époque ont du en garder un souvenir pour le moins angoissant ! En un temps ridiculement limité, il vous faudra désamorcer 8 bombes que le Foot Clan a disséminées près d’un barrage. Pourquoi et comment, on s’en fout ! Or, ce déminage est absolument sadique ! Section labyrinthe truffées de pièges exigeant une navigation millimétrée (et comme le temps joue contre vous, impossible d’avancer prudemment, il faut foncer), one-hit death en pagaille et positionnement des bombes bien vicieux vous rendront l’existence plutôt dure…Laser, algues électriques, plantes aquatiques carnivores, ce passage est une horreur de rigueur qui a du faire criser bon nombre de gamins, moi y compris…
Et pour couronner le tout, cette section est un passage « quitte ou double ». Si vous échouez et qu’une bombe explose, cela signera la fin de votre partie, rien de moins ! Même si vos autres tortues sont à bloc, le jeu vous infligera un Game Over cuisant. Quelle bonne idée, le niveau où l’on joue absolument toutes ses vies en même pas deux minutes ! 

Après cette rude épreuve, on entame le stage 3 où il faut partir à la rescousse du maître qui n’a rien trouvé de mieux que se faire enlever pendant que vous vous faisiez un peu de brasse coulée. Pour ce faire il faut explorer une ville et ses égouts qui forment un complexe dédale de bâtiments…Sans plan ni boussole cette section est tout aussi difficile (la carte qui s’affiche à la pause est aussi claire que le Discours de la méthode pour un nourrisson : il vous faudra vous taper des sauts ultra-précis (dont certains réclament au moins une quinzaine de tentatives, sachant qu’à chaque échec on est renvoyé au début de la séquence en cours !) afin d’obtenir les items nécessaires à la poursuite du jeu…Missiles pour défoncer barrières, cordes pour franchir les précipices entre les toits de la ville…en gros c’est un peu comme dans la maison qui rend fou dans Les douze travaux d’Asterix : à droite pour les cordes, puis par là pour les missiles, puis on revient là et on doit aller ici…c’est limite lassant parfois, rageant souvent avec ces bordel de nouilles de sauts rendus quasi aléatoires par des ennemis imprévisibles…Ce jeu est un  un test de résistance. Les programmeurs ont-ils eu conscience avec ce titre qu’ils allaient initier tout un tas de mioches innocents et de bonne volonté à l’exercice du juron hautement proféré pour cause d’énervement ludique ? Et des engueulades subséquentes par des parents outrés de voir leur innocent rejeton proférer des noms d’oiseaux et autres insanités de vocabulaire digne d’un pseudo-rappeur sur Youtube ?

Et si vous arrivez à passer cette séquence aussi longue et fastidieuse que le niveau 2 était court et stressant, vous allez souffrir encore plus avec de nouveaux tableaux encore plus vicieux très axés plate-forme qui vous livreront passage vers l’infernal technodrome, où les ennemis forment des murs quasi-infranchissables et renaissent de manière effrontée…Ventre saint Gris, je crois que c’est bien à ce jeu que je dois mes premiers mauvais réflexes, vous savez, celui de jeter son pad en gueulant des mots dont les géniteurs ne soupçonnaient même pas que leur pure progéniture était à même de prononcer (répétition volontaire et assumée)…Ce devait également être dur pour eux, voir ainsi que la valeur du langage n’attendait pas le nombre des années…Après tout, le vocable ordurier fait partie intégrante de la richesse d’un idiome, non ? « Enculé de toi » ou « va niquer ta mère jeu de mes deux » c’est sans doute très vulgaire, il n’empêche que ça reste du français. Et causer en français quand on est Français, je ne vois pas le problème en fait.

Le jeu en avance sur son temps : il invente en effet la télé 3D-HD relief !

Le jeu en avance sur son temps : il invente en effet la télé 3D-HD relief !

Je suis venu, j’ai vu, j’ai été vaincu et je l’ai dans le…
Et là, j’ai abandonné. Oui messieurs, j’avais abandonné en entrant dans le Technodrome, ce qui au regard des performances de mes autres infortunés collègues possesseurs du jeu, n’était pas si mal…Et depuis aout 1992, je n’ai plus osé retoucher à ce jeu qui symbolise mon échec vidéoludique dans ce qu’il a de plus narquois. Car désormais ce jeu me rebute. Il me fait peur. Oui, peur à en mouiller mon falzar  au litre !
Ce qui est assez étonnant, c’est que ce produit pourtant très attendu semblait avoir raté sa cible. Si on en juge par la pub de l’époque on pouvait s’attendre à un jeu destiné aux gosses comme moi qui adoraient la série.
Et en fait on a eu un jeu d’une précision démoniaque et sans réel rapport avec l’univers des Tortues, hormis les héros et quelques boss (Bebop, Rocksteady, le Mouser géant, le Technodrome et Shredder). Mais quid de Krang, du Roi des Rats, de Baxter Stockman ? Même les soldats du Foot Clan ressemblaient à tout sauf aux soldats du Foot Clan ! Prenez à titre de comparaison la version GB TMNT : Fall of the Foot Clan » : là, les sprites étaient reconnaissables et liés à la série ! Alors que sur NES…

Je vous le dis : ces sauts me hantent depuis 1992. Plus encore que le souvenir de mon appendicite.

Je vous le dis : ces sauts me hantent depuis 1992. Plus encore que le souvenir de mon appendicite.

Je n’ai pas résisté et j’ai donc regardé la fin du jeu sur YouTube…Et bien mes aieux ! La fin est aussi drastique que ça ? Splinter redevient humain et c’est la fin. Or si Splinter redevient humain, il peut prouver que c’est lui le chef historique du clan, et donc soumettre les suivants de Shredder…C’est pas un peu rapide pour une fin de premier volet ? A mois que les concepteurs n’avaient pas prévu d’adapter de suite à ce jeu…Ce qui semble étonnant vu que la licence TMNT semblait pour le moins juteuse !

ET quand on sait que deux suites virent le jour sur NES…Heureusement la série prit sur console un tournant vers le beat’em all bien typé arcade avec les épisodes II et III somme toute honorables pour de la NES, et qu’arrivées sur SNES, les Tortues ont connu leur meilleure adaptation console avec TMNT IV Turtles in time, on peut s’estimer rassurés…

Voilà…En gros, j’ai appris avec le temps que ce jeu avait été un échec cuisant pour bon nombre de ces merdeux boutonneux dont j’étais…Et qu’aujourd’hui encore il est reconnu comme l’un des jeux les plus durs de la console. Ce qui veut dire que je n’étais peut-être pas si nul, mais pas assez persévérant ! Mais maintenant j’ai si peur de ce truc que je crois qu’il restera à jamais un de mes plus sévères revers de joueur…Malgré sa réalisation technique très acceptable ! C’est un peu comme Téléchat : j’en avais une peur bleue tout minot, et aujourd’hui à quasi la quarantaine, ça n’a pas changé. Les voies du psychisme sont insondables.

Le technodrome, qui sonna à jamais la fin de mon insistance sur ce jeu. S'avouer vaincu permet parfois d'avoir conscience de ses limites.

Le technodrome, qui sonna à jamais la fin de mon insistance sur ce jeu. S’avouer vaincu permet parfois d’avoir conscience de ses limites.

Alors que dois-je penser ? Jeu formidable dont seule ma faiblesse me tient encore éloigné, ou abjecte daube à la difficulté surhumaine dont l’essence même a raté le coche ?

Je ne sais pas…Je ne sais plus…
JE SUIS PERDU !!!

Yace.

2 réponses
  1. Totof
    Totof dit :

    Ah, ce jeu! J’y ai jamais rien compris. Et le passage sous l’eau me fait penser à celui dans le dernier château dans Alex Kidd in Miracle World. Jamais pu le passer à l’époque, seule l’émulation m’a permis de réaliser ce rêve d’enfant. 🙂 Merci Yace pour ce test complet et passionnant.

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  2. On1zuka l'Anark
    On1zuka l'Anark dit :

    Ahahaha, Yace on te retrouve ici. Ce jeu a laissé une trace indélébile en moi, un jeu trop difficile que je n’aurais jamais terminé, bloqué vers la fin. Je partage alors ton avais, daube infâme ou jeu culte? J’ai envie de dire qu’à l’époque où on y a joué on ne se posait pas vraiment la question à savoir si c’est bon ou pas, on l’avait et on y jouait jusqu’à la lie, car finalement il m’aura scotché de satané jeu!

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