Regard dans le Retro : Her Story vs Night Trap, retour sur le film interactif (suite)

Night Trap vs Her Story

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En dire plus sur Her Story que ce qui est dit plus haut, ce serait en dire trop, donc je vais vous laisser la primeur de la découverte quant au contenu de cette enquête et me pencher plus avant sur ce qui me fait dire que ce jeu est à la fois inclassable et à la fois pleinement ancré dans les racines du jeu d’aventure au sens large, premier du terme. L’aspect des extraits vidéo, à l’évidence tout en esthétique caméscope – cohérence oblige, les vidéo étant supposément des numérisations d’interrogatoires datant de 1994 – n’est pas sans rappeler l‘un des pionniers du film interactif – puisque c’est ainsi que le jeu est classé sur les internets -, le célèbre Night Trap de Digital Pictures, sorti en 1993. Analogie impromptue par un überwenig en manque d’inspiration ? Que nenni,  lecteur mauvaise langue! Effectivement, à première vue, rien, à part la dimension « live » des deux jeux, ne semble les rapprocher, l’ambiance de Night Trap étant plutôt kitsch et humoristique – voire carrément grasse, j’avoue -, flirtant avec la série B – voire Z – horrifiques tant en terme d’ambiance et d’esthétique que de thématiques, alors que Her Story tient directement du polar et du drame psychologique. Pourtant, du réseau de caméras de surveillance de Night Trap à la caméra enregistrant un interrogatoire frontal de Her Story, il n’y a qu’un pas en terme de mode opératoire. Un grand pas, ok, mais un pas quand même!

On l’a vu plus haut, la plupart des films interactifs ne proposent finalement qu’un champ d’interaction extrêmement limité assimilable à du QTE. Night Trap se démarque par l’intégration de la caméra comme élément in-game, se rapprochant dans la démarche plus de Her Story qu’il n’y paraît, avec toutefois une nuance, de taille. Étayons.

Dans les deux cas, l’on observe des scènes filmées par des dispositifs fonctionnels, mis en place pour des raisons pratiques, dans une position de quasi voyeurisme, en tant que tierce personne, témoin possible et nécessaire de ce qui se passe sous le regard des caméras. Mais si les scènes diffusées sont espacées respectivement d’un an d’un jeu à l’autre – 1993 pour Night Trap, 1994 pour l’interrogatoire de Her Story -, dans le premier, le jeu simule l’observation directe accompagnée d’un pouvoir d’action immédiat – préfigurant les jeux façon Five Nights at Freddy’s – alors que Her Story se déroule de nos jours, nous ne faisons que revisiter des éléments passés, aucun pouvoir d’action sur le déroulement des événements ne nous est laissé et le joueur, à même titre que le personnage, n’a de pouvoir que celui de documentation, d’observation face à des événements passés, irrémédiables. La quête de Her Story est d’une autre nature, on y reviendra dans la partie suivante.

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Mais la mise en parallèle de Night Trap et Her Story est révélatrice quant à la relation au vidéoludique, mais aussi à l’utilisation du support vidéo au sein du jeu vidéo en ces deux époques distinctes, séparées de plus de vingt ans. Le gouffre d’intention entre les deux jeux est vertigineux. Là où le premier se vautre dans une pantalonnade souvent de goût douteux et kitsch au possible, traite de mort et de vampirisme par dessus la jambe, Her Story s’inscrit à la fois dans une relation mature au jeu vidéo, fort de décennies d’évolution dans la réflexion sur le medium – et sur l’image du joueur -, mais aussi de l’évolution du contexte télévisuel, qui a gagné au fil des années en sérieux, en noirceur, en maturité. Chose amusante, Night Trap fait partie des premières tentatives de censure frontale aux USA, avec Mortal Kombat, avec procès à l’appui. Comme quoi, autre temps…

2 réponses
  1. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    Merci chef! J’ai mis un bout de temps à l’écrire, cet article, comme souvent quand je me retrouve à traiter d’un sujet qui m’intéresse vraiment. Et là, vu que le jeu réussit à habilement questionner les limites de la notion même de jeu vidéo, c’était du bonheur à traiter^^!

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