Old school, new vision

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La maturité actuelle des univers vidéoludiques et télévisuels permet à cette rencontre entre les deux media de s’imposer en finesse à travers une histoire prenante et adulte. Et le procédé de Her Story, le choix d’utiliser de la vidéo au sein d’un jeu vidéo est intéressant à plus forte raison aujourd’hui : Quantic Dream s’épuise à coups de mo-cap ultra-coûteuse, LA Noire met en place un système de lecture des expressions somme toute rudimentaire lors des interrogatoire, et de son coté, Her Story va droit au but, et plutôt que de singer le jeu d’acteurs avec plus ou moins d’efficacité, décide tout bonnement d’avoir recours direct à ce dernier ; plutôt que de tenter de déguiser un jeu en materiau cinématographique, Sam Barlow choisit l’inverse diamétral, pour un résultat des plus immersifs.

Non, vraiment, le fait que Her Story sorte maintenant n’est pas anodin. Au jeu surjoué des LaserDisc et aux roulements d’yeux caricaturaux de LA Noire vient se substituer un jeu d’actrice nuancé, et plus profond qu’il n’y paraît de prime abord. Mais si le recours aux scènes filmées peut-être lu comme un commentaire – délibéré ou non – sur les dérives du photoréalisme de nos jours, le gameplay, lui, repose sur des mécaniques éprouvées et approuvées par les vieux briscards qui ne manqueront pas de retrouver le sentiment entre liberté totale et cloisonnement étriqué des aventures textuelles de la grande époque. C’est en cela que le jeu est à la fois audacieux et nostalgique, contemporain, original et ancré dans l’histoire du jeu vidéo, à la fois une expérience singulière et un prolongement de la Playhistoire.

I am sitting in a room different from the one you are in now

Mais le véritable coup de force du jeu, outre les racines ancestrales du game system, ses mécaniques éprouvées, sa gestion fine du support vidéo, la beauté tragique de son scénario, tient en un élément simple : l’écran de l’ordinateur. Plutôt que de simplement remplacer votre écran par celui du jeu, de cadrer avec celui-ci, l’écran in-game est clairement un autre écran, qui existe dans une autre pièce que celle du joueur. Il a des défauts, des pixels, des reflets qui révèlent par jeu de miroir un monde qui n’est pas celui du joueur. Car oui, tous ces éléments sont révélateurs d’une chose qui tient de l’évidence et qui pourtant met du temps à être intégrée : l’existence avérée d’un personnage incarné par le joueur! Ce dernier n’est pas face à un « hub » mécaniste, mais regarde bien à travers les yeux d’une tierce personne! C’est donc un jeu à la première personne, un « FP-Jenesaisquoi », et non un simple puzzle-adventure game bien ficelé. Et si cet écran n’est pas celui du joueur, qui regarde ? Qui agit ? Qui recherche ? Pourquoi ? Et c’est encore un point d’audace attribué à Her Story qui, de par son procédé même, vient à faire oublier au joueur l’existence du personnage principal, c’est-à-dire celui qu’il incarne, complètement absorbé par l’objet de ses recherches, cette affaire accessible via ces fragments de miroir reflétant un événement du passé. Aux jeux de miroirs de l’intrigue vient se surajouter un dernier, celui du reflet dans l’écran, apparaissant lors de clignotements des lumières et passage des gyrophares, d’un personnage, LE personnage, votre double vidéoludique… A moins qu’il ne s’agisse d’un fantôme du passé dérangé par la démarche du joueur, remuant la douleur d’un drame qui devrait rester enterré…

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A retenir

Comme je l’ai dit plus haut, Her Story fait partie de ces jeux qui gagnent à être abordés avec un regard vierge. Le simple fait d’en rédiger un test, c’est déjà risquer d’en dire trop. Et entrer dans les détails de ses qualités et ses défauts serait tout aussi cruel pour le joueur à venir. C’est un jeu à vivre, à accepter tout de go pour pouvoir en apprécier toute la substance. On pourrait lui reprocher sa facilité, mais si la trame centrale se devine assez rapidement, il reste assez de matière et de vidéos à difficile à débloquer pour que l’on passe du temps, que l’on revisite les segments, que l’on prenne des notes, bref, que l’on joue! Et un jeu qui pousse à ressortir un bon vieux carnet, moi, ça me rend tout chose! Her Story dépasse largement son mode opératoire ingénieux pour offrir une écriture, un drame, une immersion, un jeu où l’on se perd et l’on se retrouve, une aventure certes courte, mais qui marque. Son vrai défaut reste sa localisation : que de l’anglais, camarades, certes sous-titré, mais en anglais aussi. Espérons un patch avec des sous-titres d’autres langues un jour prochain pour permettre au jeu de rayonner à sa juste mesure. Ne jouez pas à Her Story, vivez-le.

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Informations sur le jeu

Plateforme :  PC, Mac

Genre : Film interactif, aventure

Développeur : Sam Barlow

Éditeur : Sam Barlow

Date de sortie : juin 2015

2 réponses
  1. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    Merci chef! J’ai mis un bout de temps à l’écrire, cet article, comme souvent quand je me retrouve à traiter d’un sujet qui m’intéresse vraiment. Et là, vu que le jeu réussit à habilement questionner les limites de la notion même de jeu vidéo, c’était du bonheur à traiter^^!

    Répondre

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