Les nains boivent de la bière et jurent à tout va, une hache sur le dos, les elfes sont de hautes et pâles créatures, toutes fragiles et un peu connes, qui aiment les oiseaux et la nature, les humains pullulent de partout entre nobliaux et traîne-misères (pas de demi-mesure), les démons sont très gros et très méchants, y a des dragons (qui parlent) et des prophéties avec un être élu (vous, évidemment). Aucun doute, vous êtes dans un univers d’heroic fantasy. Plus exactement, dans notre cas bien précis, celui des Royaumes Oubliés, dont le papa se nomme Ed Greenwood. Pour être encore plus précis, nous sommes en 1369, à Atkhathla, capitale d’Amn, sur la Côte des Épées, et vous êtes un(e) jeune héros(ïne) vagabond(e) de vingt-et-un ans à l’héritage démoniaque que personne ne respecte bien que vous puissiez à peu près tous les laminer d’un mouvement du petit doigt. Les paysans vous traitent de péquenauds sans véritable métier, les marchants vous prennent pour un pigeon en vous proposant prix extravagant sur prix extravagant, et les puissants vous somment de ne pas laisser la boue sur vos pieds salir leur résidence. Apparemment, vous puez, même avec 19 de charisme. Pour info, vous avez sauvé ce pays un an plus tôt. Si, si, rappelez-vous, dans une épopée très Star Wars, vous avez levé les mystères de votre famille, découvert que votre père était feu le dieu du meurtre et rétamé la gueule de votre grand frère qui voulait faire la guerre avec pour motif principal qu’il y allait y avoir beaucoup, beaucoup de sang – et je ne détourne même pas ses propos. Le tout sur fond de Michael Hoenig. Vous étiez un enfant apeuré, vous êtes à présent un adulte (pas très) responsable et (encore moins) sérieux (et si ce n’est pas le cas, c’est que vous ne choisissez pas les répliques espiègles de CHARNAME dans les dialogues, auquel cas croyez-moi, vous perdez au change). Ca ne vous dit rien ? Si non, vous êtes comme moi, vous n’aviez pas joué à BG1 à la sortie du 2, vous avez connu Bioware au summum de sa grandeur lorsqu’ils ont sorti ZE game. A noter que Baldur’s Gate 2 n’a de Baldur’s Gate que le nom : l’intrigue ne se déroule absolument pas à la porte de Baldur, tutorial excepté ; aussi n’y ferai-je référence dans la suite de cet article que par l’appellation « Shadows of Amn ». Choix personnel. A noter que je parlerai aussi de son extension, Throne of Bhaal. Shadows of Amn, donc, est le légendaire RPG de Bioware, le mètre étalon, leur ultime bébé, celui dont on parle toujours avec des étoiles dans les yeux dix ans après (putain dix ans !). Et pour cause. L’objectif est toujours de présenter un univers Donjons et Dragons via le jeu vidéo. Seulement, là où Baldur’s Gate tenait lieu de figure d’essai – certes très réussie – Shadows of Amn culmine en termes de gameplay, de dialogues, de scénario, de personnages, bref, il surpasse – objectivement – son aîné sur quasiment tous les points.

Du boulet au héros… et du guerrier au kensai/mage

Bon, pour ce qui est de la personnalisation de l’avatar, ça n’a pas beaucoup changé.

Rappelez-vous, mes frères, ce thème légendaire qui explose dès le jeu lancé… les deux premières notes qui happent, piège absolu composé par ce fourbe de Michael Hoenig. Les trompettes qui éclatent, ton héroïque, épique, aucun doute, tous les bardes de Féérune vous font la ola pendant que vous cliquez sur « New game » et que la phase de création du personnage se lance. Puis, après environ quarante secondes de jouissance auditive absolue durant lesquelles vous choisissez le portrait de votre futur fouteur de merde, la musique se radoucit, les trompettes s’apaisent et laissent place à une harpe, une douce mélopée s’installe tandis que vous, mécréant insensible que vous êtes, râlez sur vos statistiques de force, dextérité, constitution, sagesse, intelligence et charisme parce que les dés ne vous portent pas chance. La phase de création de personnage, de la même manière que dans BG, n’est surtout pas à prendre à la légère. C’est d’ailleurs le moment le plus important du jeu en matière de choix stratégiques, puisque votre avatar sera le principal pilote quant aux choix que vous ferez par la suite. L’éventail de choix en matière de création de personnages s’est élargi depuis BG, que ce soit au niveau des races ou de la classe. Chaque race présente avantages et inconvénients que vous devrez soupeser dans la perspective du type de personnages avec lequel vous voulez jouer. Vous avez accès à plus de classes, de sous-classes, de spécialisations, chacune avec ses avantages propres et ses inconvénients et, notons-le, ouvre des quêtes annexes spécialisées que vous ne pourrez pas avoir si vous êtes d’une autre classe. Les guerriers, par exemple, peuvent être des guerriers lambda sans caractéristique particulière, ou bien un tueur de sorciers (naze, on peut pas utiliser d’objet magique), un kensai (une machine à tuer… qui ne peut pas porter d’armure, redoutable lorsque jumelé avec la classe de magicien), ou un berserker (mon préféré) (avec la possibilité de devenir enragé, avec les avantages et les inconvénients que cela entraîne). C’est très trippant et varier les classes de votre personnage fera également varier la composition de votre équipe afin qu’elle soit équilibrée. Typiquement (c’est-à-dire dans une partie jouée par une personne normale, pas un taré avide de challenges genre « je vais finir BG en solo avec un barde et en ne tapant qu’au poing sans armure »), dans l’équipe des six personnages, on trouve minimum un mage, un prêtre, un voleur, un guerrier. Minimum. Perso j’aime bien y rajouter un autre prêtre et un autre bourrin, ou bien un perso inutile du genre barde. Mais ne soyez pas bêtes et gardez au moins un mage sous la main. Sans magie, vous serez mort. Le mage est le personnage le plus puissant du jeu, surpuissant, d’ailleurs, il fait la part belle à ce défaut tragique qui gangrène SOA et son extension, j’ai nommé le gros billisme. Faites un kensai/mage, et là, les jeux sont faits, vous défoncez la gueule de tout le monde en solo. J’y reviendrai plus tard… D’un point de vue roleplay pur, jouer en solo dans Shadows of Amn, c’est se priver des tirades de vos compagnons… c’est bien dommage. Vous avez cinq places à proposer à vos côtés. Profitez-en, faites des mix foireux, vous rigolerez beaucoup.

Commençons en douceur

Papa Bhaal aime le rouge.

La vidéo d’intro remplace celle de BG1 aujourd’hui désuète (mais intrinsèquement toujours très chouette) où Sarevok tuait un de vos frangins, par un résumé de vos précédentes aventures via un ouvrage avec une tête de mort en couverture. Une voix off (aussi bonne en VO qu’en VF, à noter) résume la situation, raconte que vous avez passé votre enfance à Châteausuif, blablabla… des figures dessinées à l’encre illustrent les propos du narrateur (Imoen, Gorion les cheveux attachés, Gorion transpercé par une grosse épée, etc.), c’est super joli, ça vieillit magnifiquement bien et je kiffe grave cette intro, tellement que j’en perds mon vocabulaire raffiné. Bref, apparemment, les gens de la porte de Baldur ont réfléchi à votre lien de parenté avec ce cher Sarevok et bien que vous leur ayez TOUS sauvé le derche, ils se méfient de vous et certains comptent même vous mettre misère. Bande d’ingrats. Donc, parce que vous êtes un survivor, vous partez. Et comme un clampin, parce que vous avez conservé vos attendrissants travers de boulet du premier épisode, vous vous faites capturer dans votre sommeil et échouez dans le donjon d’un merveilleux psychopathe, Joneleth Irenicus. Parlons brièvement du tutorial. Optionnel, déjà. Heureusement. Il se déroule avant la vidéo d’intro préalablement décrite. Ce bon vieux Duc Belt, que vous avez sauvé des plans machiavéliques de votre vilain grand frère (et en l’occurrence d’encore plus vilains dopplegangers) quelques mois plus tôt, s’avance vers vous et déplore votre décision de quitter la ville – ce à quoi il rajoute « mais il normal qu’une femme de votre profession [oui, je ne joue que des filles, rappelez-vous] ne souhaite pas passer son temps à se faire pomponner dans un château ». Honnêtement, je ne crois pas que ma petite chérie soit contre le fait d’être bichonnée jusqu’à la fin de ses jours, mais toute la ville veut sa peau, ça n’incite pas vraiment à s’installer. Bref, Belt est gentil, vous enseigne les bases du gameplay, efficacement et simplement, vous fait passer un test (il est gentil, il a même rempli la cave du palais avec des gobelins et des araignées), et pouf, débrouille-toi, salut, adieu, on ne se reverra jamais. (Mal)heureusement, Imoen vous suit, elle. Vous passez du décor chatoyant du palais des ducs à un donjon ultra sombre où un sorcier vous balance des sorts à la gueule. C’est sûr, ça fait un contraste. Mais bon, vous avez l’habitude… bref, pour en finir avec le tutorial, je n’arrive pas à trancher sur sa supériorité ou non sur le tutorial du 1 – qui se constituait essentiellement de tirades de vos tuteurs à Châteausuif et d’une brève simulation de combat en groupe. Disons que celui-ci est plus clair, mais peut-être un peu poussif. Bon, encore une fois, dans un jeu comme dans l’autre, le tutorial est parfaitement dispensable si vous connaissez les mécanismes du jeu. Ne nous attardons pas plus.

2 réponses
  1. Le serpent
    Le serpent dit :

    Vraiment, demain je me lance dans le jeu mdr!
    En plus de donner envi de jouer à tous nos lecteurs, j’aime ton style, direct, francs, non réfléchi, et pourtant drolement bien écrit.

    Vraiment un article d’une qualité inégalé jusqu’à maintenant.
    Qui pour prendre la relève ?

    Répondre
    • Karrie
      Karrie dit :

      Ah oui mais j’ai écrit une connerie. Pourquoi ai-je écrit qu’il n’y avait pas d’humaine PNJ dans SOA alors que je parle d’Imoen deux pages plus tôt ?

      Répondre

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