Throne of Bhaal : la malédiction du gros bill

Bastonner des démons dans un labyrinthe de portails, quoi de plus normal.

J’évite de spoiler sur le scénario, donc je ne dirai qu’un bref mot sur l’extension de Shadows of Amn, chronologiquement situé tout juste. Peut-être un mois ou deux après, je ne sais pas, ça n’est pas précisé. Si d’un point de vue roleplay, je ne suis pas choquée par l’évolution proprement effarante du personnage principal, qui passe en l’espace d’environ deux ans du stade de rookie absolu à celui de mec/nana surpuissant(e) et craint(e) de tous, je ne peux qu’admettre que céder au syndrôme gros bill a été l’une des plus grandes erreurs de cette extension. Retrouver et recruter son frangin psychopathe Sarevok (on va dire que l’eau a coulé sous les ponts) est bien évidemment un grand plaisir, mais bordel, quelles stats ! C’est Gontran Bonheur qui a lancé les dés au moment de la conception du personnage ou quoi ?! Il a même 17 en intelligence alors que c’est un bourrin ! Et ce n’est qu’un début. Throne of Bhaal, c’est un peu un genre de descente aux enfers vers une succession de combats non stop contre des créatures de plus en plus gigantesques et de moins en moins humaines, ode à l’absolu grosbillisme. Rappelez-vous BG1, votre épée rouillée, vos courses effrénées pour fuir des bandits de grand chemin, votre joie d’obtenir après un dur labeur une petite armure de plates pas magique. Nous sommes à l’antithèse de cela ici : si SOA présentait certes une ambiance beaucoup plus fantastique (par opposition au rationnel) que BG, il gardait un équilibre de bon aloi entre l’univers médiéval et les préoccupations relatives au monde concret, et l’aspect fantastico-divin, inévitable – vous êtes quand même un demi-dieu/une demi-déesse, et vous avez passé le cap de la naïveté propre au début de tout aventurier. Throne of Bhaal, non : vous vous foutrez sur la gueule de géants, de dragons, d’elfes noirs postés en surface, et j’en passe, dans une épopée titanesque, limite blockbuster. Exit le délicieux aspect du personnage paumé, la peur de l’inconnu, la frayeur face à l’apparition d’un démon. C’est routine, pour vous, ça, maintenant. Vous êtes un badass, un pur badass. Peut s’ensuivre un certain regret, une certaine lassitude face à cet univers beaucoup moins envoûtant, d’autant que le scénario ne suit pas. En veut pour preuve l’affrontement final… sans spoiler, contentons-nous de nous dire que le boss de fin n’arrive pas à la cheville de Sarevok – qui ne parlait pourtant pas beaucoup – et encore moins d’Irenicus. Il fait juste pitié. Néanmoins, le plaisir de jeu est loin d’être inexistant, il s’inscrit dans le suivi logique de SOA, les dialogues sont juste excellents – les échanges Jan/Sarevok resteront à jamais gravés dans ma mémoire – et bien que titanesques jusqu’à l’absurde, les combats restent stratégiques et certains peuvent vous donner du fil à retordre. Ne pas cracher sur l’extension, donc ; si vous avez aimé SOA, il y a de fortes chances que ce prolongement vous plaise, même si le final peut s’avérer, il faut le dire, assez décevant, ce qui est fort regrettable pour une saga de la qualité de Baldur’s Gate.

A retenir

Shadows of Amn, mythique, culte ? Sans le moindre doute, tout le monde est d’accord là-dessus. Il reste à ce jour le meilleur RPG de Bioware, n’en déplaise à Dragon Age et consort. Rejouable ? Là, ça porte plus à débat ; je veux dire, quand vous avez bouclé le jeu une première fois, vous connaissez l’histoire. Mais essayer différents types de personnages est toujours un moyen efficace de renouveler l’aventure et de tester de nouvelles compositions d’équipe. De plus, il est rare de parvenir à explorer tout le contenu du jeu en une partie. Et puis, pour ma part, je ne sais pas vous, mais il y a des films et des livres dans lesquels j’aime me replonger régulièrement, même si je les connais par cœur. Dans le jeu vidéo, c’est le cas de la saga BG. Sa richesse d’écriture, la qualité du gameplay, la densité des quêtes, de l’univers, et par-dessus le marché des graphismes certes vieillots mais complètement charmants, tout cela me suffit à le relancer, régulièrement, avec une pointe de honte, parce que c’est tellement bon que ce serait dommage de s’en priver. Le RPG occidental, c’est le bien. Donjons et Dragons sur PC, c’est le bien. Black Isle et le Bioware de l’époque, paix à leur âme, c’était le bien. Et Baldur’s Gate, c’est indispensable.

Informations sur le jeu

Plateforme : PC

Genre : RPG

Développeurs : Bioware

Éditeur : Interplay

Date de sortie : Novembre 2000

Mythique

 

Karrie

2 réponses
  1. Le serpent
    Le serpent dit :

    Vraiment, demain je me lance dans le jeu mdr!
    En plus de donner envi de jouer à tous nos lecteurs, j’aime ton style, direct, francs, non réfléchi, et pourtant drolement bien écrit.

    Vraiment un article d’une qualité inégalé jusqu’à maintenant.
    Qui pour prendre la relève ?

    Répondre
    • Karrie
      Karrie dit :

      Ah oui mais j’ai écrit une connerie. Pourquoi ai-je écrit qu’il n’y avait pas d’humaine PNJ dans SOA alors que je parle d’Imoen deux pages plus tôt ?

      Répondre

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