Attention, cet écran-titre comporte un twist.

 

Entre émerveillement et traumatisme, la licence Dragon Age se présente invariablement sous la forme d’un premier épisode aussi réussi que le second est raté. On comprendra par-là que le premier se voulait fidèle à l’esprit des Baldur’s Gate, alors que le second empruntait une voie beaucoup plus action – un changement qui n’est pas sans rappeler celui des Mass Effect, autre série phare de Bioware. C’est donc dans cette optique qu’il faut aborder le cru 2014 de Dragon Age, censé confirmer l’une ou l’autre des deux tendances. Pour le meilleur… ou pour le pire.

Poésie du gameplay

Ne faites pas attention à l'étiquette alpha. Fermez les yeux. Laissez-vous porter.

Ne faites pas attention à l’étiquette alpha. Fermez les yeux. Laissez-vous porter.

Le vent balaye les colonnes boisées de ses bourrasques glaciales. La houle des conifères frémit sous l’assaut des caresses de l’air, mêlant cette pudeur sensuelle d’une arrogance tranquille. À l’horizon, l’écume imaginaire des vagues épineuses fuse, s’élève pour s’échouer contre le récif des montagnes, inexpugnables joyaux de roche écrasant le tableau de leur masse. « Il ne manque plus que des mirabelles, et on se croirait en Lorraine », soupire-je d’un air las en haussant les épaules. La scène qui se déroule sous mes yeux contraste fortement avec le lyrisme pittoresque du paysage. À moins que ce ne soit le pittoresque qui soit lyrique. Je ne sais plus.

Je ne sais rien. Mon archer vient de s’élancer en pleine mêlée contre des templiers, bientôt rejoint par mon mage qui fait rempart de son corps. La guerrière est vraisemblablement partie cueillir des framboises dans la vallée puisqu’elle est absente du tableau. Un peu plus loin, ma fière héroïne convulse au rythme de mes clics distraits, essayant vainement de la faire avancer sans recourir aux flèches directionnelles. En vain. La voilà donc à ferrailler dans le vent, à quelques pieds d’une engeance interdimensionnelle noir PS4 et vert Xbox, visiblement très malheureuse d’être là. Je la vois, et l’empathie commence à me gagner. Nos regards se croisent. Je lis une profonde tristesse à l’intérieur de ses orbites. Un lien. Un lien nous unit, et déjà… Mon archer la trépane d’une flèche à bout portant, avant de piller mon stock de potions. Ah, et l’autre abrutie revient des framboises. Merveilleux.

Ceci n’est PAS un open world

Ni épique, ni initiatique : burlesque. Voilà comment je définirais l’aventure de ce Dragon Age. On se réveille condamné à mort pour un mystérieux événement, et on passe 2 heures plus tard chef de l’Inquisition. Les dialogues s’enchaînent, en se contentant de décrire ce qu’on a sous les yeux. Oui, les paysans ont faim. Oui, les paysans ont froid. Oui, oui, OUI. JE SAIS. ILS SONT DEHORS, JE LES VOIS. Alors on se retrouve à cliquer partout pour frapper de grands coups d’épée dans le vent. Parce qu’il n’y a pas d’auto-attaque, pas de déplacement automatique vers l’ennemi ciblé. Le seul combat que l’on mène uniquement à la souris, c’est celui contre l’interface consolisée à pleurer. Et encore. Le loot se fait obligatoirement au clavier.

Le pôle dialogues et le pôle level design en réunion.

Le pôle dialogues et le pôle level design en réunion.

Néanmoins, à l’instar du contraste généreux de l’image, tout n’est pas noir dans Dragon Age Inquisition. Les thèmes musicaux variés et inspirés offrent aux cinématiques leurs moments de bravoure, contrastant parfois salement avec un doublage français inégal. Le mode coopération rappellera aux plus barbus le lointain fumet des JDR papier, où quatre aventuriers se lancent corps et âme dans l’exploration d’un donjon instancié. Particulièrement efficace en local avec des potes, ce mode d’apparence secondaire se révèle très travaillé et gomme les défauts d’une IA souvent aux fraises. Il est en ce sens révélateur de la grande richesse du jeu, avec un contenu ébouriffant et une replay value plus que correcte… encore faut-il y survivre une première fois.