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Au printemps 2011, un certain Thibault Ribba me contactait pour faire partie de son équipe de rédaction d’un site de retrogaming. Il avait remarqué sur Gameblog l’un de mes tests qui lui avait plu. Pour l’histoire, et parce qu’il manque à la collection du Serpent Retrogamer, le voici tel qu’à l’origine, il y a quatre ans. Celui qui a lancé ma belle aventure avec vous.

Confier au jeune studio Level-5 le développement du huitième épisode de la série RPG légendaire qu’’est Dragon Quest, voilà un pari que Square Enix a relevé et brillamment réussi. Volet charnière qui plus est, parce qu’’il marque l’’arrivée en Europe d’’un monument né en 1986, père du J-RPG et si populaire que le gouvernement japonais a dû voter une loi interdisant le lancement d’’un nouvel opus de la série un jour ouvré, pour éviter l’’absentéisme au travail et à l’’école. Avec à la fois son éternel respect envers ses traditions et son envie de s’’adapter pour plaire aux Occidentaux, Dragon Quest VIII est une invitation à l’’aventure, à l’’exploration, au plaisir, au rire, à la conquête d’’un territoire trop souvent perdu de vue malheureusement : notre âme d’’enfant….

L’’aventure débute dans un magnifique bois vert, dans lequel le Héros (qui porte le nom que vous aurez choisi avant de commencer votre partie) se voit tiré de sa paisible sieste par un gars bourru, un peu sale sur lui, à l’’accent londonien mauvaise graine et vêtu d’’un chapeau à pics et d’’une tenue de brigand. Ce doux garçon, répondant au prénom de Yangus, lance les premiers mots de l’’aventure (« Shake a leg, guv’ ! »), finissant de faire référence à AC/DC, et réveille notre Héros parce que le groupe qu’’ils accompagnent, un petit homme vert et un cheval, est attaqué par le plus « terrible » monstre de la mythologie Dragon Quest : un slime (gluant dans la version française). Une fois le menu fretin éliminé, la joyeuse bande reprend son chemin pour rejoindre le village proche de Lontania, à la recherche d’’un voyant ayant les traits de Mr Satan de Dragon Ball Z, et qui a malheureusement péri entre-temps sous les sorts du vil sorcier Dhoulmagus à l’’origine des maux qui ont touché le groupe. En effet, on apprend rapidement que le petit homme vert et le cheval sus-cités sont en fait le roi Trodé et sa fille, lesquels ont dû fuir leur château suite à une attaque du sorcier qui a transformé ou pétrifié tous ses habitants, à l’’exception du Héros qui a gardé son apparence naturelle. L’’aventure qui s’’offre devant vous va vous permettre de résoudre ce mystère et de vous lancer à la poursuite du mage noir, avec l’’aide bienvenue de Jessica, belle rousse au décolleté très plongeant à la recherche de son frère, et de Angelo, soldat renégat de la Sainte Déesse et grand séducteur devant elle, qui viendront tous deux rejoindre l’’escouade après quelques heures de jeu.

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Respect des traditions 

Les habitués de la série auront déjà repéré dans le paragraphe précédent une foule d’’éléments récurrents : un Héros portant le nom de la partie (qui ne décrochera d’’ailleurs pas un mot de toute l’’aventure), un slime comme premier adversaire, de l’’humour, une histoire simple voire manichéenne, un ennemi adepte des forces des ténèbres, un chara-design signé Akira Toriyama, la place de l’’église.… Autant dire que l’’on est en territoire connu, et qu’’on se sent tout de suite comme chez soi, si tant est que l’’on ait déjà goûté à la mythologie Dragon Quest, bien entendu. Pour les nouveaux venus, ce n’’est que le début de la découverte de codes éternels qui ont participé au succès retentissant de la série sur le territoire japonais, au premier rang desquels l’’inamovible système de combat au tour par tour. Générés aléatoirement, que ce soit sur la carte ou dans les donjons, les affrontements vous mettront aux prises avec une ribambelle de monstres tous plus attachants et délurés les uns que les autres, et vous proposeront plusieurs options : combattre en choisissant manuellement les actions de chaque personnage, fuir, crier pour tenter d’’effrayer l’’ennemi, ou encore laisser agir vos petits protégés selon une stratégie type. Si le choix des actions de chacun des personnages se fait selon l’’ordre dans lequel vous les aurez disposés territorialement, il sera par contre difficile de prévoir à coup sûr celui dans lequel ils exécuteront leur tâche, parce qu’’il semble être guidé à la fois par une caractéristique de vitesse et par une part d’’aléatoire.

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Vous aurez ainsi à votre disposition les classiques attaques physiques et sorts offensifs et défensifs, auxquels viennent s’’ajouter des compétences spéciales liées au type d’’armes que vous aurez sélectionné. A chaque level-up, le personnage se voit attribuer des améliorations de ses statistiques, et entre 4 et 5 points de compétence que vous devrez attribuer selon vos préférences à l’’une ou l’’autre des catégories d’’armes qu’il peut porter. Par exemple, pour le Héros, vous aurez le choix entre booster ses capacités en combat à mains nues, à l’’épée, ou encore au boomerang (entre autres). A un certain niveau, vous débloquerez des compétences spéciales, plus ou moins utiles il faut bien l’’avouer. Il s’’agit de l’’un des rares aspects de l’’évolution des combattants que vous pourrez personnaliser, l’’équipe-type étant imposée, avec ces quatre personnages très complémentaires que sont les polyvalents Héros et Angelo, la brute Yangus et la mage Jessica. Les sorts se débloquent également une fois franchi un niveau d’’expérience précis. D’’ailleurs, il est conseillé de passer quelques temps à faire du levelling dès l’’entame du premier donjon, le boss s’’y cachant étant particulièrement dur à battre si vous n’’avez pas acquis le sort de soin. Nouveauté notable et bienvenue : la possibilité de sauter un tour et de mettre un personnage en tension dans le but d’’augmenter sa puissance. Il existe quatre niveaux (5, 20, 50 et 100), le dernier étant franchi de façon aléatoire, voire même très rarement au début, mais de plus en plus souvent avec la répétition. Une pratique fastidieuse au départ, gratifiante à l’’arrivée, mais toujours risquée parce que la moindre altération d’’état subie fait chuter le niveau de tension à zéro.

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A l’’instar de ses aînés, Dragon Quest VIII demandera de l’’investissement pour vaincre certains boss et ennemis puissants, même si la fréquence des combats et la difficulté semblent plutôt bien dosées et adaptées à votre état d’’avancement. Il vous faudra partir à la recherche des fameux slimes de métal qui fourmillent de points d’expérience, mais qui ont aussi la fâcheuse tendance à s’’échapper et à n’’être vulnérables qu’’aléatoirement. De plus, la monnaie se faisant plutôt rare, vous aurez souvent la bourse un peu légère et vous serez ainsi amenés à vendre armes et armures dans le but d’’en acheter de meilleures (et plus onéreuses, bien entendu). Certaines d’’entre elles seront même accessibles seulement via le Casino, avec le côté aléatoire que cela comporte. Mais heureusement, la fameuse quête des mini-médailles, les différents et sympathiques moyens de transport mis à disposition (du voilier à l’’oiseau, en passant par la délirante panthère qui vous permettra de parcourir la carte à vitesse grand V), la possibilité de s’’échapper d’’un donjon ou de regagner une église déjà visitée via des sorts ne nécessitant qu’’une poignée de MP, la chasse aux monstres que vous proposera ce cher Morrie (véritable fer de lance de l’’anti-classe à l’’italienne) et qui vous permettra de bénéficier, une fois une certaine expérience dans le domaine acquise, de l’’aide en combat d’’un groupe de créatures préalablement battues et recrutées, ou encore la certitude de ne jamais voir d’’écran Game Over (une défaite en combat a pour conséquence de vous ramener au dernier point de sauvegarde, avec la moitié de vos deniers, pensez donc à les confier à une banque !) sont autant de points qui vous rendront ce point de levelling plus facile à digérer. Parce que s’’il y a bien une constante essentielle dans la réussite d’’un Dragon Quest, c’’est cette volonté de faire ressentir au joueur un grisant sentiment de liberté et un plaisir simple et détendu.

7 réponses
  1. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    Tiens donc, un test de Totof qui ne donne pas dans la concision, ça sent le dossier noir, ça!^^
    Excellent test, mon cher ami, qui a soulevé une masse de souvenirs, car je n’avais pas eu grand chose dans les mains à l’époque à part les classiques FF, et peut-être un Xenogears.

    Donc habitué à être un peu pris par la main en début d’aventure, moi, cash, je sors du village, je trace vers la cave… pour me faire plier par le premier ennemi avec une pelle dont j’ai oublié le nom! Et hop, mouru!!

    Je sais que j’ai eu une lassitude du jeu au bout d’un moment à cause de son rythme assez lent, notamment dans les cut scenes que l’on ne peut pas accélérer (le plus gros défaut du jeu à mon goût, qui a eu raison de moi), et c’est dommage, parce que vraiment, ce jeu est beau, ce jeu est grand, ce jeu est puissant!

    Merci pour cette replongée dans une époque où jouer, c’était magique^^!

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  2. Totof
    Totof dit :

    Merci Toma. C’est un test qui a presque cinq ans, ça sent surtout une autre époque ! 😉 J’étais alors jeune et large d’épaules, comme chantait l’autre.

    J’ai eu la même mésaventure que toi avec le premier boss, ça m’a bien remis à ma place. Je l’avais alors conseillé à un pote fan de FF et il avait apprécié ce niveau de difficulté. Mais il ne l’a pas fini, pour les mêmes raisons que toi.

    Ce jeu est en effet magique. Et il ne cesse de te respecter, comme Dark Souls que j’adore aussi. Rha, c’était bon, putain!

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  3. Le serpent
    Le serpent dit :

    J’ai vécu une histoire assez bizarre avec ce jeu.
    Je déteste commencer un jeu et ne pas le finir. Depuis une dizaine d’années ce n’est d’ailleurs pas arrivé.
    Je me suis donc lancé dans le jeu début 2011 pour le finir… Fin 2011 !
    J’y ai jouer 140h…

    Histoire bizarre disais-je car pendant les 30 premières heures j’ai trouvé le jeu génial. Classique,, mais super dans le voyage.
    De la 30ème à la 100ème heure à peu près, et bien… Je me suis fait chier… Clairement.
    Le jeu était trop long et le rythme trop lent… Mais je me suis accroché, par principe peut-être.
    Et j’ai eu raisons car les 40 dernières heures ont été magiques.

    Et le jeu m’a fait une impressions que peu d’autres m’ont fait : une fois fini j’étais dégouté.. Dégouté de ne pas voir l’histoire continuer, le monde encore grandir.

    Je suis passer à autre chose ensuite, mais je n’oublierai jamais ce jeu, aussi parce qu’il correspond à un moment particulier dans ma vie (déménagement à Paris notamment).

    Et c’est Grâce à Totof que je l’ai découvert. Je te remercie d’ailleurs d’avoir acceptée l’invitation de rejoindre LSR alors qu’il était très loin de ressembler à ce qu’il est aujourd’hui !
    Tu as été un des batisseurs, et j’espère que je pourrais encore dire : « j’ai découvert ce jeu grâce à totof »

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    • Totof
      Totof dit :

      Merci Thibault, ton commentaire est touchant. Et surtout juste et amusant, puisque Dragon Quest VIII correspond aussi à ma première année à Paris. Qu’il était bon alors de voyager dans ce monde virtuel fantastique au grand air, tandis qu’il faisait gris et que c’était rempli d’urbanisme étouffant dans la réalité.

      Et tu dis une autre chose très intéressante: ce jeu te récompense de tes efforts et cela vaut la peine de tenter sa chance. C’est peut-être la plus grande qualité de la série, que cette relation sincère et intime avec le joueur. Putain, j’ai envie d’essayer le VI!!!

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  1. […] pour créer ses propres cultes : Enfant Dragon dans Skyrim, église de la Déesse dans Dragon Quest, Soleil, Foi et dualité Dieux/Ténèbres dans Dark Souls, pèlerinage et endoctrinement des foules […]

  2. […] le dernier représentant d’une époque où la série canonique n’atteignait pas l’Europe (le VIII fut le premier à venir s’échouer chez nous); il est désormais le dernier à y être venu. […]

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