Une direction artistique inimitable et parfaitement pensée

Koichi Sugiyama est toujours aux manettes de la bande originale du soft, et nous délivre sa musique si habilement adaptée au contexte : joyeuse et entraînante au générique (« Intermezzo »), immersive lors de l’exploration de donjons et des cieux (« Towers of mystery » et « Fly to the heavens »), touchante lors des flash-backs douloureux (« These feelings » et « Overcoming painful times »), attendrissante lors de l’exploration de certains villages de nuit (« Quiet Village »), ou encore Disneyesque pour accompagner nos pas sur la carte (« To a vast world »). Subtil mélange de sonorités simples et de morceaux symphoniques, tout en gardant son appartenance au domaine des jeux vidéo, la direction musicale est une merveille du genre et nous berce littéralement. A ce joli cocktail pour cages à miel viennent s’’ajouter les traditionnels sons accompagnant certains passages récurrents (comme la sauvegarde, la nuit de repos ou le passage à un niveau supérieur), et pour la première fois dans la série, les voix des personnages. Hérésie pour les habitués, ce choix se justifie certainement pour plaire aux joueurs occidentaux, et pleinement parce qu’’il donne vie au soft de façon indéniable. L’’accent des personnages jouables et non jouables, tel le britannique snobe du roi Trodé, le français sexy de la fille en tenue lapin qui vous proposera de jouer au Pouch-Pouch (à vous de découvrir ce dont il en retourne !), ou encore l’’italien impayable de Morrie participent pleinement à leur personnalité et donnent un incroyable cachet humoristique au jeu, agrémenté qui plus est par les éternelles vannes que s’’échangent Trodé et Yangus, et par certains délires comme le « COR BLIMEY ! » (« Saperlipopette ! »), petite scène prétexte à une grimace et intervenant toujours au bon moment pour surprendre et détendre l’’atmosphère, à la façon des running gags de Nicky Larson.

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Cette expressivité transparaît aussi et surtout à travers le remarquable chara design de Akira Toriyama, qui se marie naturellement au talent de Level-5 en matière de cell-shading pour donner vie au final à un véritable dessin animé, seulement gêné par l’’aliasing inévitable avec la PS2. Les traits des personnages (le Héros rappelle Sangoku et Angelo plutôt Trunks par exemple), leurs mimiques et l’’humour un peu potache issus de la série Dragon Ball finissent de nous renvoyer à certaines références culturelles typiquement nippones. On a également le plaisir de voir tout ce petit monde s’’animer au cours des combats, grande nouveauté de cet opus. Les joutes perdent un peu en dynamisme, mais c’’est bien plus sympathique que ces simples traits sur la tête des monstres signalant une attaque physique que l’’on nous servait dans les précédentes itérations. La tonalité et la diversité des couleurs employées sont autant d’’occasions de s’’émerveiller devant le tableau final, qui s’’agrémente de superbes décors en 3D, tous aussi vastes et divers les uns que les autres. Les paysages sont très variés, et on parcourra avec un plaisir non feint déserts, villages, ports, montagnes enneigées, grandes plaines vertes, rivières, forêts, îles et nuages. On se surprendra à poser la manette pour attendre et contempler le magnifique coucher de soleil, après avoir cherché le coin le plus propice (attention toutefois, les monstres sont plus redoutables la nuit). La découverte du vaste monde qui constitue l’’univers de Dragon Quest VIII est une partie de pur plaisir, rendue possible par ces magnifiques décors qui donnent envie d’’être explorés et de flâner, par les coffres dispersés ici et là, par les monstres visibles que l’’on pourra recruter pour Morrie, et par la cadence des combats (desquels on pourra même s’’immuniser une fois acquis le sort idoine) savamment dosée pour faire la part belle à la promenade. Que ce soit dans les cieux, sur terre ou sur les mers, Dragon Quest VIII est une invitation de tout instant à l’’évasion et à la rencontre. Rarement un J-RPG n’avait donné une telle impression de grandeur et de liberté.

7 réponses
  1. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    Tiens donc, un test de Totof qui ne donne pas dans la concision, ça sent le dossier noir, ça!^^
    Excellent test, mon cher ami, qui a soulevé une masse de souvenirs, car je n’avais pas eu grand chose dans les mains à l’époque à part les classiques FF, et peut-être un Xenogears.

    Donc habitué à être un peu pris par la main en début d’aventure, moi, cash, je sors du village, je trace vers la cave… pour me faire plier par le premier ennemi avec une pelle dont j’ai oublié le nom! Et hop, mouru!!

    Je sais que j’ai eu une lassitude du jeu au bout d’un moment à cause de son rythme assez lent, notamment dans les cut scenes que l’on ne peut pas accélérer (le plus gros défaut du jeu à mon goût, qui a eu raison de moi), et c’est dommage, parce que vraiment, ce jeu est beau, ce jeu est grand, ce jeu est puissant!

    Merci pour cette replongée dans une époque où jouer, c’était magique^^!

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  2. Totof
    Totof dit :

    Merci Toma. C’est un test qui a presque cinq ans, ça sent surtout une autre époque ! 😉 J’étais alors jeune et large d’épaules, comme chantait l’autre.

    J’ai eu la même mésaventure que toi avec le premier boss, ça m’a bien remis à ma place. Je l’avais alors conseillé à un pote fan de FF et il avait apprécié ce niveau de difficulté. Mais il ne l’a pas fini, pour les mêmes raisons que toi.

    Ce jeu est en effet magique. Et il ne cesse de te respecter, comme Dark Souls que j’adore aussi. Rha, c’était bon, putain!

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  3. Le serpent
    Le serpent dit :

    J’ai vécu une histoire assez bizarre avec ce jeu.
    Je déteste commencer un jeu et ne pas le finir. Depuis une dizaine d’années ce n’est d’ailleurs pas arrivé.
    Je me suis donc lancé dans le jeu début 2011 pour le finir… Fin 2011 !
    J’y ai jouer 140h…

    Histoire bizarre disais-je car pendant les 30 premières heures j’ai trouvé le jeu génial. Classique,, mais super dans le voyage.
    De la 30ème à la 100ème heure à peu près, et bien… Je me suis fait chier… Clairement.
    Le jeu était trop long et le rythme trop lent… Mais je me suis accroché, par principe peut-être.
    Et j’ai eu raisons car les 40 dernières heures ont été magiques.

    Et le jeu m’a fait une impressions que peu d’autres m’ont fait : une fois fini j’étais dégouté.. Dégouté de ne pas voir l’histoire continuer, le monde encore grandir.

    Je suis passer à autre chose ensuite, mais je n’oublierai jamais ce jeu, aussi parce qu’il correspond à un moment particulier dans ma vie (déménagement à Paris notamment).

    Et c’est Grâce à Totof que je l’ai découvert. Je te remercie d’ailleurs d’avoir acceptée l’invitation de rejoindre LSR alors qu’il était très loin de ressembler à ce qu’il est aujourd’hui !
    Tu as été un des batisseurs, et j’espère que je pourrais encore dire : « j’ai découvert ce jeu grâce à totof »

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    • Totof
      Totof dit :

      Merci Thibault, ton commentaire est touchant. Et surtout juste et amusant, puisque Dragon Quest VIII correspond aussi à ma première année à Paris. Qu’il était bon alors de voyager dans ce monde virtuel fantastique au grand air, tandis qu’il faisait gris et que c’était rempli d’urbanisme étouffant dans la réalité.

      Et tu dis une autre chose très intéressante: ce jeu te récompense de tes efforts et cela vaut la peine de tenter sa chance. C’est peut-être la plus grande qualité de la série, que cette relation sincère et intime avec le joueur. Putain, j’ai envie d’essayer le VI!!!

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  1. […] pour créer ses propres cultes : Enfant Dragon dans Skyrim, église de la Déesse dans Dragon Quest, Soleil, Foi et dualité Dieux/Ténèbres dans Dark Souls, pèlerinage et endoctrinement des foules […]

  2. […] le dernier représentant d’une époque où la série canonique n’atteignait pas l’Europe (le VIII fut le premier à venir s’échouer chez nous); il est désormais le dernier à y être venu. […]

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