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[TEST] Final Fantasy IV

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Les fans le savent depuis longtemps, les autres aussi depuis, si l’épisode VII sur Playstation a retourné le coeur de toute une génération de joueurs, initié à tours de bras les béotiens aux plaisirs du J-RPG et à l’art des FF, le premier Final Fantasy à s’imposer en Occident à travers sa localisation US (et à éclabousser l’Europe indirectement à cette époque bénie où l’import et les sorties locales cohabitaient dans les mêmes boutiques spécialisées) était le sixième opus – alors titré FF III histoire de bien brouiller les pistes dans cette ère pré-internet -, épisode majeur s’il en est, condensé d’émotions, d’epicness, avec un contenu bigger than life et des personnages übercharismatiques. Oui, FF VI est une claque comme on en prend peu dans une vie de gamer. Mais depuis, à grands renforts d’éditions, rééditions, remastering et autres mots à trois syllabes ou plus, nous avons réalisé que FF VI – sans que ça lui ôte de sa superbe – ne sortait pas de nulle part (bon, le « 6 » derrière le titre aurait pu nous mettre la puce à l’oreille en même temps, j’avoue) mais s’inscrivait dans le prolongement d’une longue tradition, d’une part, et surtout s’imposait en héritier direct d’un autre épisode majeur, Final Fantasy IV, qui posait les fondations de l’Age d’Or de la série. Rendons hommage au Final Fantasy qui a tout changé.

Beneath a steel grey sky

La classe sombre de Cecil lors de l'introduction upgradée pour la version DS (ici repompée sur IOS)

La classe sombre de Cecil lors de l’introduction upgradée pour la version DS (que la version IOS a allègrement repompé, comme l’illustre cette photo).

Je vous invite à cliquer ici pour agrémenter la lecture de ce paragraphe (ou là pour les puristes).

La flotte des Red Wings rentre au château de Baron, la capitale du royaume. Son commandant, Cecil, est d’humeur sombre, pensive, les yeux perdus dans le vague. Encore un massacre au nom des Cristaux, encore un ordre barbare appliqué sans sourciller. Encore un village décimé. Le profond respect de l’équipage envers leur commandant ne leur permet pas de lui apporter leur soutien, mais ils partagent silencieusement sa souffrance, ses doutes. Ils chuchotent, commencent à questionner timidement les ordres de l’empereur. Cecil les remet au pas. Ce sont des soldats d’élite, et un soldat obéit. Un monstre fond sur la flotte. Cecil fait montre de sa maestria dans l’art de la guerre, et détruit la créature en un coup. On voit de plus en plus de monstres ces temps-ci, hasarde un membre de l’équipage. Une seconde attaque qui blesse cette fois-ci un des hommes de Cecil. Ce dernier vole à son secours, soucieux du bien être de ses Red Wings. Car Cecil est un homme bon suivant une voie bien sombre. La présence des monstres est un signe des temps troublés que l’humanité traverse. Les forces de la nature hurlent mais personne n’entend son cri. L’armée arrive enfin à bon port, et après avoir fait son rapport à son souverain, Cecil s’écroule dans sa chambre, croisant sur le chemin Rosa, l’élue de son coeur, et Kain le Dragon Knight, son ami d’enfance…

La violence est bien réelle dans la trame dramatique de FFIV, et si visuellement ce ne sont que quelques cercles de pixels, l'impact des massacres d'innocent est bien là.

La violence est bien réelle dans la trame dramatique de FFIV, et si visuellement ce ne sont que quelques cercles de pixels, l’impact des massacres d’innocent est bien là.

C’est ainsi que commence le long périple initiatique de Cecil, un périple que tout roliste qui se respecte se doit d’avoir tenté au moins une fois dans sa vie. De cette magnifique mise en place, on peut tirer quelques conclusions. D’une part, le coté impersonnel des quatre héros sortis de nulle part pour sauver le monde a été abandonné au profit d’une personnalisation forte des protagonistes de l’aventure, gagnant par là-même les points de charisme manquant à l’équipée des premiers épisodes. Cecil dans son armure noire transpire la classe et la sombritude, impossible de résister, on veut incarner ce personnage, d’autant plus qu’il est quand même extrêmement rare à cette époque de pouvoir se glisser dans la peau d’un personnage aux actions aussi dark – bon, quand il vire Paladin, c’est une autre danse, cela dit, mais on reste dans le domaine de l’überclasse. D’autre part, on sent immédiatement la dimension adulte des situations auxquelles le joueur sera confronté. Impossible de ne pas se sentir troublé par cette violence suggérée par les dialogues à demi-mot entre les membres de l’équipage. L’évolution de l’histoire – ainsi que la difficulté corsée du jeu – confirmera ce sentiment, ainsi que l’échelle cosmique des enjeux de cette aventure. On sent déjà que cet épisode ne sera pas comme les autres, que ce J-RPG va nous emmener loin, très loin des rivages familiers de ce que la série nous a proposé jusqu’alors, tout en réussissant à capturer l’essence de celle-ci pour mieux la magnifier, un jeu fondateur qui participera à l’évolution du genre tout entier, précurseur à bien des égards tout en adoptant et en façonnant avec brio les archétypes dudit genre. Un jeu qui écrit la Playhistoire, en somme…

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A propos de l'auteur

Photo du profil de Toma Überwenig

Aimer jouer et être bon aux jeux ne vont pas forcément de concert, j'en suis la preuve (à peu près) vivante. Vaguement musicien, je joue dans Scorpion Violente, le groupe qui souille le dance floor, fait hurler les gnous, et sent le stupre, la luxure et les pratiques que la morale réprouve.

4 commentaires

  1. Photo du profil de Toma Überwenig

    J’ai vu en fouinant sur le net que tu n’es pas le seul à avoir ce feeling un peu mitigé vis à vis du 4.

    Dans mon souvenir, j’avais mis 40-50 heures à le finir sur PS et sur DS (peut-être un peu plus même sur DS), ce qui rentre dans les bonnes moyennes J-RPG de l’époque (forcément, c’est pas les centaines d’heures qu’il faut se goinfrer pour finir un 7 ou un 8 à plus de 50%^^).
    Quant au scénar, j’étais happé dans la magie de l’ensemble, et il m’a paru plus archétypal (au sens positif du terme) que simpliste. Mais bon, à cette époque, je le regardais avec les yeux de l’Amour :-).

  2. Photo du profil de Le serpent

    Je n’ai jamais joué aux épisodes originels de FF non sortis en france.
    De fait, j’ai découvert le 3 et le 4 par la DS. Si le 3 m’a paru très old school dans l’approche, on sent déjà une nette évolution avec le 4.

    Je m’étais posé la question, est-ce que cette évolution es du à une meilleure adaptation DS ou à un FF4 déjà évolué à l’origine.

    Toma tu as répondu à ma question !

  3. Photo du profil de Toma Überwenig

    content d’avoir pu éclairer ta lanterne^^!

    Reste que pour les musiques, j’ai parlé un peu vite, parce qu’en jouant à Theatrhythm (le rhythm game FF, quoi!), j’ai refondu sur les musiques du 3, elles étaient déjà excellentes!
    (…oui, je joue aux rhythm games, et alors ?!)

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