Le début du final

Quelques petites lignes qui changent radicalement la façon de penser le combat au tour par tour!

Quelques petites jauges qui changent radicalement la façon de penser le combat au tour par tour !

C’est donc au nom de l’epicness que les maîtres derrière le projet – Sakaguchi Hironobu à la réalisation, Tokita Takashi au scénario, et bien entendu Uemasu Nobuo à la musique – circonscrivent l’action au déroulement du scénario, délaissant ainsi les dernières traces de « Zeldisme » dans Final Fantasy (mais si, vous savez bien, cette capacité à visiter le dernier donjon dès le début du jeu et de vous prendre une correction en bonne et due forme) et initiant une longue tradition de récits grandioses et émouvants, de personnages hauts en couleurs… et d’ATB. Oui, on prend l’Active Time Battle comme un élément du décor aujourd’hui, une sorte de tour par tour vaguement amélioré, mais pourtant, c’est plus subtil que ça, en fait. On pourrait même dire que c’est le premier pas vers l’affranchissement radical de la notion de tour par tour qu’opérait en son temps le controversé FF XII. Car cette petite jauge était malléable et variait en fonction du niveau, de la rapidité du personnage. L’ordre de frappe était donc désormais lié à un élément non seulement quantifiable mais surtout visible, appréhendable dans l’élaboration des stratégies. De plus, lorsque l’on flirte avec le haut niveau, la réactivité commence à être de mise car pas de blocage de compteur, le laps de temps passé à décider est pris en compte, et l’adversaire cogne dur durant l’intervalle. C’est donc réellement une nouvelle approche du combat qui peut nous sembler frappée du saut de la désuétude, mais qui est loin de l’être. Comme disent les anglais, « there’s more than meets the eye ».

La magnifique musique d'Uemasu au service d'une mise en scène qui redéfinit la notion de magie...

La magnifique musique d’Uemasu au service d’une mise en scène qui redéfinit la notion de magie…

More indeed. Car cet épisode, décidément tournant majeur au sein de la série, laisse pour la première fois s’exprimer à sa juste valeur le talent de compositeur de Uemasu. Si la NES a abrité des perles d’OST, ne serait-ce que les musiques gigantesques de Megaman 2 (et je vous renvoie à l’excellent test de Garr pour les nostalgiques et les sceptiques), entre nombreux autres, les compositions orchestrales pétries d’epicness, d’émotions, de mélancolie ne se plient qu’à contrecoeur aux limites du 8 bits et aux sonorités chiptune, même si le thème premier de la série, celui qui donne le frisson à tout amateur de J-RPG, est né sur ce support. Néanmoins, les capacités de la Super Famicom – tant en terme de grain de son que de polyphonie -, tout en gardant la chaleur familière des compositions de cette époque chère à mon coeur, offrent enfin la possibilité à la musique de la série d’exprimer son essence. C’est la première vraie OST de Final Fantasy à clouer les joueurs au sol, entre un thème d’ouverture sombre et épique qui prend aux tripes, une musique de carte du monde tout bonnement exemplaire (peut-être aussi intense que celle du VII, ce qui n’est pas peu dire), l’ensemble de la BO est un quasi sans faute à la puissance évocatrice sans précédent, oscillant entre beauté diaphane, puissance virile, climat menaçant, tension dramatique et magie pure, cette magie que FF VIII – malgré quelques thèmes mémorables – commence à entamer, que FF IX tente de recapturer avec plus ou moins de succès, et qui finit par déserter la série lorsque la série passe à la PS2, installant autre chose à la place, plus solennel et plus précis, mais moins chaleureux, moins émouvant. Bref, la fin d’une ère. Tiens, ça me mettrait presque la larme à l’oeil…

A retenir

Vous l’aurez compris, les choses sérieuses dans la série commencent vraiment avec FF IV. Si le VI lui est certainement supérieur, n’oublions pas qu’il ne fait que prolonger l’audacieuse recette de son anté-prédécesseur (et non celle du V, qui ne tient pas la comparaison et illustre plutôt bien ma théorie de la Malédiction de l’Episode du Milieu sur chaque génération de consoles… mais ceci est une autre histoire). Je disais plus haut qu’entre le noble archétype et la caricature, le cliché, l’écart est dangereusement faible, que de l’un à l’autre le glissement menace de se faire à tout moment, et seul le génie créateur permet de se trouver du bon coté de cette ligne tracée dans le sable. Final Fantasy IV fait partie de ces légendes atemporelles qui, malgré les reproches de certains quant au coté un peu échevelé du scénario, ou la réalisation forcément datée (vu l’avalanche de bits qu’on s’est pris dans les dents depuis) (… ça passe mieux par écrit, bizarrement, une phrase comme ça), continue de faire autorité, et surtout de faire rêver quiconque osera s’investir dans cette quête initiatique sur fond d’apocalypse, sous le signe de la rédemption. Une OST en acier trempé, un game system fin et dynamique, un scénario parmi les meilleurs de la série, des personnages charismatiques, une world map gigantesque (et triple (enfin, double et demi, disons, histoire de chipoter) ), des chocobos de couleurs différentes – sans lesquels l’immense quête de FFVII les concernant n’existerait probablement pas, soulignons-le – cachés dans la forêt, de la difficulté, de la durée de vie, du sacrifice… Que vous faut-il de plus, franchement, que j’aille vous l’acheter moi-même ?!! Même les allergiques au gros pixel retro ne peuvent y couper grâce à la refonte DS réactualisant l’habillage tout en respectant scrupuleusement le contenu, et les sorties sur console virtuelle, iOS, Android et Steam (sans compter les éditions GBA, PSP, et Playstation) ne vous laissent littéralement aucune excuse. Aucune… Non, aucune…

Informations sur le jeu

Plateformes : SuperFamicom – GBA – PlayStation – DS – PSP…

Genre : J-RPG

Développeurs : Squaresoft

Éditeur : Squaresoft

Date de sortie : 1991 

Mythique

 toma überwenig

5 réponses
  1. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    J’ai vu en fouinant sur le net que tu n’es pas le seul à avoir ce feeling un peu mitigé vis à vis du 4.

    Dans mon souvenir, j’avais mis 40-50 heures à le finir sur PS et sur DS (peut-être un peu plus même sur DS), ce qui rentre dans les bonnes moyennes J-RPG de l’époque (forcément, c’est pas les centaines d’heures qu’il faut se goinfrer pour finir un 7 ou un 8 à plus de 50%^^).
    Quant au scénar, j’étais happé dans la magie de l’ensemble, et il m’a paru plus archétypal (au sens positif du terme) que simpliste. Mais bon, à cette époque, je le regardais avec les yeux de l’Amour :-).

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  2. Le serpent
    Le serpent dit :

    Je n’ai jamais joué aux épisodes originels de FF non sortis en france.
    De fait, j’ai découvert le 3 et le 4 par la DS. Si le 3 m’a paru très old school dans l’approche, on sent déjà une nette évolution avec le 4.

    Je m’étais posé la question, est-ce que cette évolution es du à une meilleure adaptation DS ou à un FF4 déjà évolué à l’origine.

    Toma tu as répondu à ma question !

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  3. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    content d’avoir pu éclairer ta lanterne^^!

    Reste que pour les musiques, j’ai parlé un peu vite, parce qu’en jouant à Theatrhythm (le rhythm game FF, quoi!), j’ai refondu sur les musiques du 3, elles étaient déjà excellentes!
    (…oui, je joue aux rhythm games, et alors ?!)

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  1. […] tant que digne successeur des opus précédents. Mais ce n’est qu’avec le gigantesque Final Fantasy IV que les personnages bénéficieront enfin de cette épaisseur qui deviendra une constante dans la […]

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