« Gods Will Be Watching ». Comme quoi il ne faut jamais sous-estimer l’importance d’un titre : celui-ci m’avait vendu le jeu lors du Ludum Dare 26, où il s’était illustré avec un excellent prototype. L’année suivante, les Valenciens de Deconstructeam remettent le couvert dans une version boostée en s’alliant au désormais inévitable « éditeur d’indépendants » Devolver Digital. Enfilez vos combinaisons moulantes, direction l’espace.

Prepare To Die Edition

Quand le cyberterrorisme en vient aux mains. Et aux fusils d’assaut.

Accueillant dès le premier niveau, le jeu commence par une prise d’otages où les terroristes de Xenolifer sont bien décidés à obtenir des informations sur le virus Medusa – une arme biologique extrêmement virulente. On se retrouve ainsi aux commandes du bien nommé Sergent Burden, un agent infiltré chez les ravisseurs, qui tente de les aider du mieux qu’il peut afin de conserver sa couverture. Et « le mieux qu’il peut » ne sera pas forcément suffisant, car Gods Will Be Watching partage avec Dark Souls un penchant prononcé pour les morts arbitraires et répétées. Un jeu zen, donc.

Die & retry jusqu’au fond des molaires, le bébé du studio ibérique dissimule sous des airs de point-and-click un pur puzzle game bête et méchant. C’est ma principale déception pour être honnête, et déjà le défaut majeur que je reprochais à la mouture du Ludum Dare. Derrière une communication basée sur l’importance des choix moraux, on se retrouve finalement en face de mécaniques de gameplay extrêmement froides et logiques. Frapper un otage diminuera le moral du groupe pour éviter qu’ils se révoltent, mais s’il est trop bas, ils tenteront de s’enfuir. Repousser les soldats permettra de gagner du temps, mais il diminue le moral des otages. Chaque action n’est qu’un skin masquant des opérations extrêmement basiques sur une poignée de variables. Le jeu entier se résume à un système d’équations ; et l’éthique se marie très mal avec les mathématiques.

On touche ici tout le paradoxe du design de Gods Will Be Watching. Le jeu est difficile et exigeant, il ne pardonne pas les mauvaises décisions. En conséquence de quoi, on est obligé de prendre celles imposées par les développeurs. À partir de là, comment parler ne serait-ce que de « choix » ? Les six niveaux qui composent le jeu sont solutionnables sans subir aucune perte, il y a donc un path idéal pour chacun d’eux à trouver. Et quand bien même on perdrait au cours de l’opération un ou plusieurs membres du groupe, cela n’a absolument aucune influence sur le reste du jeu.

Un jeu vidéo sans jeu

Ça va trancher chérie !

Ça va trancher chérie !

Et quand je dis « aucune influence », c’est qu’on en arrive à des situations où des personnages morts dans d’horribles circonstances reviennent inexplicablement à la vie nous ravir de leurs saillies humoristiques le dialogue d’après. Alors certes, leur prestation prête à sourire, mais pas pour les bonnes raisons. C’est d’autant plus dommageable que Gods Will Be Watching possède un scénario solide et original aux thèmes graves. L’empire galactique humain au centre du jeu soumet et réduit en esclavage les espèces extraterrestres qu’il rencontre, provoquant l’ire de Xenolifer, une organisation humaine luttant pour les droits de ces aliens – et prêts à commettre les pires génocides pour leur cause. La dualité mêlée de compréhension mutuelle entre Liam, chef de Xenolifer, et le Sergent Burden, incarné par le joueur, fait le sel de certaines scènes et monte le final du titre en une superbe apothéose dramatique.

Un Sergent Burden par ailleurs plus profond que ses attitudes de star hollywoodienne laissent de prime abord penser. Son comportement est peu à peu expliqué en seconde lecture par de courts monologues qui rappellent à quel point Gods Will Be Watching est une expérience narrative vidéoludique même si, ironiquement, l’interactivité demeure tout du long réduite à sa plus simple expression. Jeu vidéo sans jeu, il n’en reste pas moins un jeu vidéo par le langage : de sa surcouche point-and-click à son pixel art léché, certaines scènes font figure de tableaux hypnotisants servis par une bande-son très maîtrisée.

À retenir

Jouer à Gods Will Be Watching pour ses choix moraux revient à attendre des séquences de gunfight dans Dear Esther. C’est lorsqu’on a fait le deuil de ce merveilleux élément de game design jeté aux orties que l’on peut commencer à apprécier ce jeu pour ce qu’il est réellement : une succession de puzzles très mathématiques, mais surtout une histoire et une ambiance minutieusement travaillés, dont les erreurs ne parviennent pas à tenir l’ensemble. Un jeu qui ne fera certes pas l’unanimité, mais qui a le mérite de nous dépayser quelques heures pour vivre une fresque narrative originale dont on ressort soit très frustré, soit agréablement surpris.

Plateformes : PC – Mac – Linux – iOS – Android

Genre : Puzzle-game/Point-and-click

Développeurs : Deconstructeam

Éditeur : Devolver Digital

Date de sortie : 24 juillet 2014

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