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Si les Final Fantasy et les Dragon Quest se sont taillés une réputation jusque dans nos vertes contrées, il est des séries de J-RPG qui peinent encore à traverser le Pacifique. Les Megami Tensei en sont l’exemple le plus criant, plus connus pour les Persona que par les jeux de la branche canonique. Alors quand le dernier en date s’offre une sortie européenne un an après le Japon, uniquement en dématérialisé et en anglais – mais avec les voix jap disponibles –, on en vient quand même à remercier Atlus pour cette localisation plus ou moins inespérée.

Samurai médiéval hi-tech chasseur de démons

Une narration soignée qui bénéficie d’une mise en scène énergique.

Difficile de décrire l’univers de SMT IV sans perdre tout l’auditoire. Outre son nom rigolo (je suis bon public), Mikado est un royaume étrange qui baigne dans un esthétisme d’Europe médiévale. On y incarne Flynn, un paysan qui rêve de devenir un… un samurai, caste noble dont le boulot consiste principalement à dégommer tous les démons à portée de vue. Il est épaulé dans sa tâche par Burroughs, une IA insérée dans un bracelet qui lui sera remis à son admission. Et quand on voit l’état de leurs sous-sols, on comprend pourquoi ils attachent tant d’importance à recruter des samurais.

Contrairement à d’autres, la série des MegaTen est davantage liée par des thèmes sombres et une bonne dose de démonologie que par des oiseaux jaunes. Née des contrées obscures du dungeon-RPG japonais, elle en a gardé les séquelles de l’aridité et d’un goût prononcé pour la difficulté qu’on retrouve jusqu’en 2014. Concrètement, on s’en rend compte au premier Game over pendant le tutorial du jeu : même un ennemi de base est capable de retourner le héros, et l’envoyer au Styx financer lui-même sa résurrection. Vu le prix exorbitant de l’opération, on en vient rapidement à estimer au plus haut point l’habitude de faire des sauvegardes régulières.

Car le Press Turn, système de combat déjà utilisé dans plusieurs épisodes comme SMT III (qui l’inaugure) ou Digital Devil Saga, a la fâcheuse tendance à vous mettre rapidement dans le pétrin. Centré sur les vulnérabilités/résistances élémentaires à exploiter pour gagner des tours bonus, il devient rapidement à double tranchant lorsque les ennemis eux-mêmes en jouent pour réduire en charpie l’équipe composée avec amour. Car en plus de Flynn, le héros à la coupe de cheveux approximative, ce sont 3 démons qui prêteront main-forte au nettoyage de donjon en règle. Comme d’habitude, il faudra au préalable les avoir convaincus de nous rejoindra via un système de dialogues en combat, au moins aussi amusant que frustrant, où ces horreurs sur pattes poseront un tas de questions débiles et de demandes arrogantes.

Tourisme de guerre

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Ambiance apocalypse. Du bon goût.

La fusion de ces démons a par ailleurs été revue dans cet épisode, proposant un système simplifié avec quelques conseils pour s’y retrouver parmi les 400 bestioles qui composent le bestiaire. Moins aléatoire qu’auparavant, elle demeure néanmoins sujette à des échecs qui offrent des résultats surprenants. En montant de niveaux, les démons pourront par ailleurs débloquer de nouvelles compétences et même les partager avec Flynn, quand ils n’évoluent pas tout simplement en une créature plus puissante, en mode Pokémon des ténèbres. Ces petits monstres ne sont en effet malheureusement pour la plupart pas très glamours, tant sur le plan technique qu’artistique, avec leurs sprites 2D pixélisés et leurs finitions bancales qui tranchent singulièrement avec le reste du jeu.

Il n’en est pas pour autant désagréable à parcourir, même si on a déjà vu bien plus beau sur 3DS : les donjons sont très correctement modélisés, et le level design a le mérite d’être cohérent à défaut de surprendre par son audace. Les phases d’exploration ne se limitent pas non plus à des rencontres aléatoires, puisqu’on est ici invité à sabrer les ennemis directement visibles sur la carte pour prendre l’avantage au premier tour. Un avantage que l’on peut compléter avec d’autres, via l’achat de modules pour Burroughs, qui permettent de débloquer des compétences, ou d’améliorer votre fine équipe.

Mais au-delà de cet inventaire de features, ce que l’on retrouve au fond du rejeton d’Atlus, c’est une expérience de jeu old-school typiquement SNES revue au goût du jour. Des dialogues en pagaille, le sentiment d’être perdu, de l’exploration et de la recherche. Essayer un chemin, une combinaison, échouer, recommencer. SMT vous lâche dans un monde qui vivait très bien sans vous, et vous demande de fournir des efforts pour le comprendre. Si le scénario part, comme d’habitude dans la série, très loin, il manque de mordant pour rester mémorable. On retrouve néanmoins avec plaisir de bonnes doses de manipulation de masse via la religion ou une instabilité psychologique latente parmi le casting. Malsain sans s’autoriser les critiques virulentes qui ont fait la réputation de la série, il ne fait pas moins figure d’enfant turbulent du JRPG. Et en période de sorties Ubisoft, ça fait du bien.

À retenir

En se hissant sans mal parmi les meilleurs RPG de la portable de Nintendo, Shin Megami Tensei IV offre une démonstration technique de son gameplay roulé sous les aisselles. Avec un Press Turn aux petits oignons, une exploration agréable et une histoire honnête faute d’être captivante, il remplit son contrat de JRPG sombre. C’est peut-être là que le bât blesse également, puisqu’à être trop convenu, il oublie de surprendre. On en ressort satisfait, mais pas ébahi, comme si cet épisode marquait davantage un assouplissement des mécaniques de la série qu’une avancée sur le fond. Il n’en demeure pas moins un jeu solide, à recommander à tous les fans de JRPG prêts à s’investir dans une longue aventure, sans princesse à sauver ni de ciel bleu à protéger.

Informations sur le jeu

Plateformes : 3DS

Genre : RPG

Développeur : Atlus

Éditeur : Atlus

Date de sortie : 30 octobre 2014

6 réponses
  1. Antigoomba
    Antigoomba dit :

    Je l’ai terminé en chaos, nihilistic et law. Je n’ai pas eu le courage de me lancer dans la neutral, que je n’aurais de toute façon pas trouvée sans aide (comme la plupart des gens, j’imagine).

    Pour les DLC, je me suis contenté de jeter un œil aux gratuits, mais si tu dis que certains sont très scénarisés, ça vaut peut-être le coup (même si la pratique d’Atlus serait dans ce cas vraiment lamentable).

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  2. Saint-Just
    Saint-Just dit :

    Ok c’est bien ce qui me semblait, je comprends mieux pour le scénario t’aura  » déçus « . Tout est dans la fin neutre…

    Et dans une moindre mesure dans les DLC payants…

    Ceci dit je suis d’accord avec toi pour dire qu’Atlus a fait de la merde sur ce coup là.

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  3. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    Argh, bordel, trois essais à une semaine d’intervalle avant de remarquer la petite case Capcha^^!

    Enfin, j’ai bien fait d’insister parce que ça m’aurait fait chier de ne point pouvoir te féliciter pour ce test, cher Antigoomba!
    La cruauté combinée à la dimension « coup de chatte » du système m’avait refroidi a priori et du coup, j’ai préféré me frotter à Persona Q (Etrian Odyssey + Persona = érection massive, continue et douloureuse^^), du Megaten qui semble plus dans mes cordes, vu mon amour sans limite pour les ET, et le temps passé sur Persona 3 à l’époque.

    Mine de rien, la 3DS commence l’air de rien à se hisser au rang de son ainée, et à assumer une fonction analogue dans le paysage vidéoludique. Fire Emblem, ET IV, Megaten IV, entre autres petites perlouses, ça fleure bon, tout ça, non ? (si on ajoute à ça le très long Dragon Quest VII qui pourrait bien débarquer, une fois que le conseil des mille sages auront fini la trad, et l’adaptation de Xenoblade Chronicles, y a du level, quoi!)

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  4. Antigoomba
    Antigoomba dit :

    Merci Toma, ça fait plusieurs jours que je lutte moi aussi contre la base de données et le Captcha (ce truc devient plus sophistiqué qu’un Voight-Kampff).

    @Saint-Just : Haha, ils sont tellement sympas qu’ils rappellent Square Enix avec Drakengard 3. En tout cas merci, je prends note et je modifierai mon test si la fin neutre et les DLC m’ont plu. 🙂

    @Toma : Persona Q a l’air sympa ouais, j’aime bien la tronche des personnages. Par contre c’est vraiment du farm, non ? :p
    Perso je préfère déjà la ludothèque de la 3DS à celle de sa petite sœur. Il y a moins de jeux de qualité, mais plus d’excellents à mon goût (et normalement ça devrait continuer, rien que Bravely Second… brrr).

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  5. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    ‘tain, j’avais oublié Bravely Default dans ma liste, honte à moi!!

    bah la DS avait quand même du überlourd, et dans plein de domaines, avec des rééditions qui chiaient la classe, et faut pas oublier qu’elle INSTALLE le double écran et l’écran tactile, comme ça, hop, dans la foulée, l’air de rien, avec des exploitations ludiques de malades!

    Donc pour moi, la 3DS est en bonne voie, et effectivement, en bonne console de Nintendo, elle a pas 1000 jeux, mais ses tueries tuent à mort^^, mais elle n’a pas encore bifflé la DS dans mon coeur.

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