Binding of Isaac Title

Quand on pense Neo Retro, on ne peut pas s’empêcher de penser à The Binding of Isaac et pour cause, nous voilà avec un jeu dont l’esprit autant que la forme est abreuvé de culture rétro. S’il est clair que les thèmes abordés par le jeu nécessiteraient à eux-seuls une réflexion toute entière, le nouveau format adopté par nos Test Neo Retro ne permet pas une telle profondeur. Qu’à cela ne tienne, il reste beaucoup à dire du jeu sans s’égarer dans des considérations extérieures à celui-ci. The Binding of Isaac est donc une sorte de dungeon game arcade vu de haut dans lequel on incarne Isaac, petit garçon menacé par sa mère à qui Dieu (ou on ne sait quel délire schizophrène) a demandé de sacrifier son enfant. Isaac doit donc parcourir la cave de sa maison où il s’est enfuit jusqu’à combattre sa mère. Le contenu scénaristique du jeu est hautement métaphorique et met en scène les cauchemars du petit Isaac – qui sont en fait ceux de la plupart des enfants – aussi bien que des références à la Bible ou aux démons le tout dans un style graphique « mignon » qui n’est pas sans rappeler Super Meat Boy avec qui il partage son créateur, Edmund McMillen.

Un vrai retrogame

La ressemblance avec Zelda est frappante, mais elle s'arrête aux apparences.

La ressemblance avec Zelda est frappante, mais elle s’arrête aux apparences.

Il y a une chose qui saute aux yeux la première fois qu’on lance Binding of Isaac, c’est la parenté étonnante qu’ont les décors avec les donjons du premier Zelda sur NES. Le principe est semblable dans la forme, les décors sont vus de haut, chaque salle prenant la totalité de l’écran, et les murs sont parfois ouverts en leur milieu par une porte qui permet d’accéder à une autre salle. Dans chacune des pièces il sera nécessaire de tuer tous les ennemis afin que s’ouvrent les portes bien qu’il soit possible d’user de bombes – encore une référence à Zelda – pour les forcer à s’ouvrir. L’interface du jeu se présente également comme le chef d’œuvre des années 80 avec une map, un inventaire et une présentation de la jauge de vie similaires. Pourtant l’identité de forme, qui ravira tous les retrogamer, s’arrête là car le jeu dispose d’un gameplay tout à fait original et franchement punitif. Le joueur déplace Isaac grâce aux désormais traditionnelle touches ZSQD et tire des larmes – oui, des LARMES – avec les touches directionnelles. Il peut ainsi progresser dans des niveaux générés aléatoirement, affronter un boss, et accéder aux étages inférieurs en récupérant des power-ups, des pilules et des objets. Cela pourrait paraître simple mais c’est là que le jeu prend toute sa puissance en allant puiser dans ce qui fait le cœur du retrogaming : la difficulté. Chaque partie de Binding of Isaac est une nouvelle expérience car les étages (d’abord au nombre de 5 puis de 8 une fois qu’on a fini le jeu une première fois) sont aléatoires dans leur composition, d’une difficulté bien entendu croissante où la mort est synonyme de game over. En d’autres mots, mourrez au boss du 5e étage et vous êtes bons pour tout recommencer sans aucun bonus que la connaissance du terrain, des ennemis et des objets acquise au cours de votre partie. On se retrouve donc dans un jeu extrêmement punitif et frustrant.

La suprématie du gameplay

Les boss, eux aussi aléatoires sont de difficulté variable et peuvent être synonyme de grande frustration.

Les boss, eux aussi aléatoires sont de difficulté variable et peuvent être synonyme de grande frustration.

Il est de ces jeux qui placent le gameplay au cœur du processus créatif et c’est presque un euphémisme de dire que c’est bien évidemment le cas pour The Binding of Isaac. Car en plus du game design absolument terrifiant qui fait qu’on ne peut pas reprendre sa partie à l’étage en cours mais obligatoirement au tout début et en ayant perdu tous ses objets, le jeu en lui même demande une précision d’exécution chirurgicale sans quoi la mort viendra inévitablement sanctionner le maladroit. De plus, la chance peut très bien vous sourire lors d’une partie, en vous voyant trouver les power-ups les plus puissants et des bonus de vie vous rendant plus résistant, pour finalement ne pas être au rendez-vous lors de la partie suivante. Le joueur doit donc s’adapter en usant de ses connaissances ET de son skill pour déjouer les situations parfois inextricables que le jeu nous propose. Croyez-le ou non, après des heures et des heures de jeu je n’ai réussi qu’à le finir une seule fois et à parvenir jusqu’au boss final de la deuxième fin deux fois depuis. La frustration n’a ici d’égal que le plaisir qu’on retire au terme d’une partie haletante, l’âme du retrogaming dépasse ici la forme pourtant elle même baignée de références aux temps anciens du jeu vidéo. Il est de ces jeux qui font l’histoire et il ne fait aucun doute que ce sera le cas pour The Binding of Isaac.

Informations sur le jeu

Plateforme : PC, Mac (via Steam)

Genre : Arcade

Développeurs : Edmund McMillen et Florian Himsl

Éditeur : Edmund McMillen

Date de sortie : 28 Septembre 2011

greyfox0957

6 réponses
  1. Toma Überwenig
    Toma Überwenig dit :

    Dans la catégorie « les grands esprits se rencontrent… », j’ai testé le jour où tu rédigeais ton ton Neo Retro un autre de jeu de Mc Millen de mon coté (sans savoir que c’était lui à la base). Amusant, non ? Non ? Bon, ok…

    Sinon, The binding of Isaac me fait un peu peur, car il a effectivement cette réputation d’être cauchemardesque tant thématiquement qu’en terme de difficulté (et si tu en chies pour le finir, c’est quand même mauvais signe!) (ou bon signe en terme de durée de vie) (du jeu, pas du perso).
    En plus, la dimension aléatoire s’appliquant tant aux donjons qu’aux objets, ça rend le tout encore plus hardcore et punitif, sous le signe de l’ancestrale Injustice Vidéoludique, le sadisme premier de tout bon jeu rétro (Ghosts’n Goblins et sa putain de flamme!).
    Mc Millen a été nourri au bon grain de la ferme, ça se sent au fil des créations!

    Excellent test, en tout cas, même si je te rejoins sur le fait que la richesse du jeu donne envie d’approfondir la chose.

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  2. Le serpent
    Le serpent dit :

    hey !

    Super test néo rétro !
    Franchement je pense pouvoir toucher à ce jeu simplement dans un cas bien précis : Je suis avec un ami qui ne connait pas le jeu non plus, et on se lance un défi : le premier qui à fini part avec le butin.

    Sinon… trop dur la !

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  3. greyfox0957
    greyfox0957 dit :

    Pas mal de gens m’ont dit que ce n’était pas si difficile au bout d’un moment, mais pour moi c’est vraiment au bout d’un long moment…

    J’ai de nouveau atteint le dernier boss depuis la publication du test et j’ai à nouveau échoué. Croyez le bien, ce jeu nécessite bien plus que quelques heures pour venir à bout de la première phase (les 5 premiers étages) bien que petit à petit on débloque des power-ups plus intéressants.

    Ensuite, je n’ai toujours pas vraiment réussi à saisir où les créateurs voulaient en venir avec leur ambiance baby-scato et complexe d’œdipe mêlée de fondamentalisme religieux et de psychopathie, toujours est-il que le contenu culturel est immense derrière ce jeu. Si Persona hérite d’une psychologie jungienne travestie de culture pop et anime japonais, The Binding of Isaac, lui, récolte le poids du vieux Freud et de ses troubles maternels, l’aspect de profonde déconne qui entoure Isaac pourrait être la figuration du refoulement alors que les différents monstres (qui se réfèrent aux excréments mais aussi au plaisir) évoquent les différents stades : anal, bucal, etc chez l’enfant dans la psychologie freudienne.

    Pour faire simple, rendez-vous l’année prochaine pour mon analyse de The Binding of Isaac, quand j’aurai démêlé tout ça 😀

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    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Ah, te souviens-tu, mon ami Greyfox, de ce petit Neo-Retro inaugural, parmi les trois premiers de la catégorie ?
      Petite larmiche de nostalgie en relisant ce test!
      Je profite de la version PSVita gratos pour le PS+ pour enfin m’y mettre et bordel que c’est bon!!!
      Je n’aime pas les trucs aléatoires, d’habitude, mais là, vraiment, ça donne un piquant au jeu, et toute sa singularité : la façon dont il se repose sur la gestion des objets, et la notion d’injustice et de coup de chance.
      Même avec un enchaînement d’upgrade de merde, au lieu de recommencer la partie, on pousse jusqu’au bout car tout peut se retourner en un objet, et quand tu as chopé 5 emplacements bonus pour les coeurs mais qu’il n’en reste plus qu’un demi avant le boss, tu pleures les mêmes larmes de sang que ton perso^^

      La cruauté du jeu, les références anales façon Freud, les archétypes religieux, la dimension allégorique qui permet un bon pti nombre de lectures, tout ça participe au malaise ambiant de ce jeu bien profond.

      Ca fait un petit temps que je n’avais pas fait autant de « allez, une petite dernière » d’affilée (depuis Volgarr je crois, même si Pix The Cat a eu son compte en terme de nombre de parties^^)

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