Project Zero 5, de la peur à l'ennui

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Après un quatrième épisode qui n’a finalement jamais pu voir le jour hors Japon sur Wii, l’annonce de la localisation de sa suite sur Wii U a été franchement bien accueillie. La console manquant cruellement de jeux dans sa ludothèque, l’attente des joueurs est là. Mais quand le jeu a enfin trouvé le territoire Français, les premiers retours ont été mitigés. A raison? Plutôt oui.

Avant tout replaçons le contexte. L’histoire se déroule au Japon avec un mystère entourant le mont Hikami. La bas, bon nombre de personnes disparaissent, comme attirés par une force mystérieuse, et décident de se suicider purement et simplement. Parmi elles, Yûri Kozukata, perturbée suite à la mort de ses parents est sauvée in extremis par Hisoka Kurosawa, une détective spécialisée dans la recherche de disparus qui possède une capacité particulière. Grâce à des souvenirs de la personne à rechercher, elle part sur le mont Hikami avec une Camera Obscura, un appareil pouvant défier les esprits vengeurs. Malheureusement celle ci disparaît, et Yûri décide de la retrouver, tout en aidant les familles éplorées. En parallèle, Ren Hôjo enquête sur un rêve particulier….où il transperce au couteau une figure féminine inconnue, les seuls indices étant que cela se passe sur le Mont Hikami. Enfin, Miku va tout faire pour retrouver sa mère disparue…au mont Hikami (c’est bien vous suivez). Les destinées se croisent bien sûr au fil du jeu, qui se découpe de la manière suivante.

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On contrôle l’un des trois personnages, sur différents chapitres d’ « enquête-aventure-horreur ». En commençant dans la maison où le bureau des personnages, le dossier d’une personne disparue donnera l’impulsion de se rendre sur le mont Hikami pour en savoir plus. Ensuite on navigue entre l’exploration et le combat contre les fantômes. La partie exploration est assez classique, avec des passages en forêt, en montagne ou en intérieur. On peut ramasser des objets dispersés ça et là, pour le soin (herbe, eau sacrée, pierre miroitante) la défense (braise pour éloigner les ennemis, pellicules photos) ou encore des notes laissées pour explorer l’histoire. Mais dès que les esprits se réveillent, le glauque reprend ses droits. Sans en révéler les détails, de nombreux sursauts de l’histoire interviennent, et les morts se réveillent. C’est à ce moment que l’on utilise la Camera Obscura, qui se matérialise sur le Gamepad, pour rentrer dans le combat. On peut soit utiliser le gyroscope (vite épuisant) ou les joysticks, et la prise de photo au bon moment pourra porter un coup fatal à l’esprit vengeur. Bien sur des pellicules différentes donneront des effets différents. Un fois terrassés on pourra soit récupérer leurs souvenirs soit continuer son chemin. De fil en aiguille des simples recherches mèneront bien plus loin, et donnera plus de détails sur les prêtresses des eaux noires, et comment leur massacre à déchaîné leur vengeance. Une histoire plutôt détaillée qui donne envie d’aller plus loin.

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Malheureusement, le jeu ne suit pas du tout l’ambiance posée dès le début. Tout d’abord au niveau technique, car même si nous sommes pas des partisans du tout full HD, il y a un milieu à avoir. Les décors sont peu inspirés, les personnages restent très génériques et tout ce qui est du domaine de l’animation est rigide. Par exemple les expressions du visages sont figées, et le déplacement, surtout face à un spectre sont pénibles s’il faut ne serait ce que se retourner pour s’enfuir. Mais le gros problème du jeu réside dans le coeur même jeu : celui ci est répétitif jusqu’à la nausée. On suit continuellement le chemin maison/montagne/boss, avant de retourner au point de départ avec soit Ren, soit Miu, soit Yûri. On peut prétexter que le jeu se base sur son ambiance principalement, mais ici cette dernière ne transparaît pas clairement dans le jeu. Les combats à l’appareil photo sont souvent sur le même schéma, si bien que le jeu d’horreur devient un jeu de combat aléatoire. Les prêtresses quant à elles ont un peu plus d’histoire mais sont résumés globalement à des boss de fin de chapitres, et tuer la numéro 2 puis la numéro 3 ne provoquera pas plus d’émotion ni de peur. En effet, pour terminer le constat, le jeu est bien trop impersonnel pour ressentir la moindre compassion pour les personnages et de fait avoir peur pour eux. On va donc faire le trajet maison,montagne, maison ; tout en changeant de personnage pour se forcer et enfin avoir des avancées sur l’histoire.

En résumé un jeu bien trop faible dans la forme, qui n’aide de facto pas à vouloir plus sur le fond. A faire si vous avez peu d’exigences ou que vous êtes un énorme fan de la série (et bon public de surcroît).

Flbond

à retenir

Le couperet est tombé, le dernier né de la série ne tient pas la route, et c’est bien dommage.

Je me souviens encore aujourd’hui de la terreur ressentie la première fois que j’ai joué à Project Zero II : Crimson Butterfly, lorsque j’attendais tremblant derrière mon appareil photo l’arrivée d’une Sadako-like sortant d’un coffre dans une position impossible, rampant vers moi jusqu’à sortir du cadre du viseur, pour apparaître le visage déformé en gros plan à l’écran, de la première – et seule, du coup! – fois où je me suis endormi en laissant le jeu tourner pour me réveiller devant des visages terrifiants possédant ma télé – une constante bien sentie dans la série, chaque épisode ayant son petit truc à lui -, de l’intensité de l’aventure vécue, de la mélancolie qui réussit à transpirer à travers l’épaisse couche de terreur que provoque le jeu. Car si la Camera Obscura fait basculer la série chez les Grands, c’est la justesse de l’environnement sonore, de l’ambiance graphique, mais aussi et surtout d’un scénario à la fois brutal, effrayant, mais aussi sensible, tragique qui permet à cet épisode de s’imposer comme le meilleur des trois sortis sur PS2 à l’époque. Beaucoup ont reproché la lenteur des déplacements des héroines – en même temps, ce sont des lycéennes japonaises en petites chaussures et y en a une qui boite, je veux dire, y s’attendaient à quoi les gaillards! -, d’autres, la répétitivité inhérente au processus, ne réussissant pas à se laisser emporter par l’ambiance générale. Tant pis pour eux.

Il semblerait que Crimson Butterfly représente le pic de qualité de la série, le troisième épisode brisant l’unité de lieu et d’ambiance pour un melting pot des deux premiers visité à travers des rêves, faisant à la fois montre d’audace, mais perdant l’envoûtante ambiance qui faisait la force des deux premiers opus. Et si aujourd’hui, le jeu d’horreur, de flippe, de trouille, d’épouvante traverse une mauvaise passe, LE projet le plus excitant du genre ayant été annulé – oui, Silent Hill(s), rencontre entre Kojima et Guillermo Del Toro, je pleure encore ton absence, et refuse de m’acheter une PS4 tant que tu ne réapparais pas (on me murmure à l’oreillette que je peux attendre longtemps) -, il est bon de se rappeler, le soir, au coin du feu, qu’il fut une époque où celui-ci comptait certains des meilleurs jeux de sa génération…

toma überwenig

excellent

Informations sur le jeu

Plateformes : Playstation 2

Genre : Survival Horror

Développeur : Tecmo

Éditeur : Tecmo, Ubi Soft

Date de sortie : 27 novembre 2003

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