Souvenir ému d’un amigame comblé

C’est ici que tout commence…

Vu mon jeune âge et les prix pratiqués à l’époque, l’achat d’un jeu était toujours un évènement sagement pesé. Ce jour là, suite à mes lectures de Tilt, Génération 4 et consorts, je rentrai chez moi avec une boite contenant les quatre disquettes de ce qui allait être mon premier vrai Point’n Click. Dès la page d’ouverture, un plan magnifique de l’Île de Mêlée de nuit, éclairée par quelques torches et un ciel étoilé, j’étais happé par l’ambiance de la musique, par cette image digne de la magie de certains Disney, qui sentait bon l’aventure épique et les mystères des Caraïbes, une odeur de piraterie bon enfant. La musique était magnifique, avec ses percussions exotiques et son thème mi mélancolique mi joyeux. Ca augurait du bon, clairement. Et c’est avec une certaine anxiété que je commençai l’aventure à proprement parler, la peur que cette introduction chargée de promesse ne soit qu’un leurre, que la magie disparaisse… Mais sur une musique tout aussi excellente, plus comique et chaloupée, Guybrush Threepwood est venu directement balayer mes doutes, dérangeant un homme perdu dans ses pensées posté sur la butte de l’île, pour lui faire part de sa ferme intention de devenir pirate! Et déjà le ton est posé. Le héros ne sera jamais pris au sérieux, dès le premier échange de paroles, on sent le ton décalé de Ron Gilbert, son second degré et son sens du rythme et de l’écriture. L’homme veut bien malgré tout indiquer à Guybrush le bar dans lequel siège le conseil des pirates. Ce lieu rempli de personnages hauts en couleur (dont un qui se permettra même de faire de la publicité pour une autre production LucasArt!) tous plus pirates les uns que les autres permet d’apprécier dans toute sa splendeur la force des dialogues à choix multiples, de par l’absurdité des répliques à notre disposition. Lorsque, après une petite astuce, Guybrush accède à la salle du conseil, il peut entre autres annoncer : « Je veux devenir pompier », voire même « Je veux tous vous tuer! ». Evidemment, la menace, à l’image de celui qui la profère, ne serait pas prise au sérieux, seulement une raison de plus de tourner en ridicule le pauvre héros, déjà pas vraiment aidé par son nom. Mais une baisse d’activité au sein de la communauté pirate à cause de la présence du terrible LeChuck, pirate fantôme terrifiant les habitants de l’île, poussera le conseil à vous donner votre chance et vous impose les fameuses trois épreuves…

…Derrière toi, un singe à trois têtes !!

Le monde cruel de la piraterie, avec ses duels d’insultes basée sur la puissance de la répartie.

C’est donc sur cette base bon enfant que vous allez traverser l’île afin de compléter chacune des épreuves imposées, dans ce décor de rêve aux perspectives dignes d’un Tim Burton sous euphorisants. Les énigmes s’enchaînent, aussi farfelues que les dialogues, les personnages sont tous plus drôles et roublards les uns que les autres, au point qu’il serait fastidieux et d’en faire la liste, et de trop en dire sur l’histoire. La plupart l’ont vécu, les autres ont une occasion en or de la découvrir de par la réédition sur XBLA de ce petit chef d’oeuvre et son illustre suite. Il est d’ailleurs notable que malgré une version remise aux normes du jour, entièrement doublée, avec des graphismes retravaillés avec soin et un véritable respect de l’oeuvre de Ron Gilbert, on peut basculer à tout moment vers la version originelle, et goûter au plaisir intact d’un moment majeur de l’histoire du jeu vidéo, choix sur lequel bon nombre de joueurs se rabattront. Mais comme on ne va pas non plus se contenter de dire « c’est trop bien, tellement bien que j’ai pas envie d’en parler, d’ailleurs vous connaissez sûrement », je vais quand même parler du fer de lance de ce jeu, l’élément qui a le plus fait parler de lui : le singe à trois têtes! …Bon, ok, je plaisante, ne vous énervez pas (pourtant, il y aurait de quoi dire à son sujet, mais bon, c’est vous qui voyez…). Je parle évidemment du combat à l’épée! L’une des trois épreuves pour prétendre au statut de pirate est d’affronter la Reine du Sabre. Après avoir joué l’homme-obus pour un cirque afin de ramasser un peu de menue monnaie, et vous être procuré une épée, vous devrez trouver la championne de l’île, toujours en rusant afin de ne pas vous perdre dans le labyrinthique bois de l’île. Mais cette dernière refuse de vous affronter si vous ne vous êtes pas entraîné. C’est donc contre une machine démoniaque maniée par un pirate musclé que vous allez apprendre les rudiments de l’épée, à savoir : l’Insulte! Eh oui, Ron Gilbert a eu l’idée absolument géniale de transposer les combats d’épée en combats d’insultes destinées à ébranler l’assurance de votre adversaire, permettant ainsi d’exploiter l’interface de dialogues pour gérer ces duels! Muni de vos trois répliques, après cet entraînement intense, vous allez devoir défier les pirates errant sur les chemins de l’île (j’ai toujours aimé les musiques des cartes du monde dans les jeux, mais celle-ci a une saveur particulière (vérifiez vous-même iciet déclenche systématiquement des crise de nostalgite aiguë, maladie quasiment incurable) afin d’assimiler de nouvelles insultes, puis les utiliser vous-même afin qu’un duelliste expérimenté vous assène la réponse adéquate et enrichisse votre défense d’une réplique. Chaque nouvelle insulte et nouvelle réponse sont assimilée par Guybrush, à vous de vous souvenir à quelle provocation correspond telle réplique, d’assimiler la logique interne de ces duels de bâchage dans les normes. Lorsque vous ne disposez pas de la bonne réponse, vous pouvez tenter un « Ah ouais ?! », voire un audacieux « Toi-même! », ou encore… « Attention derrière toi, un singe à trois têtes!! ». Mais même avec un stock d’insultes à faire trembler les plus fines lames de l’île, le duel contre la Reine du Sabre n’est pas gagné pour autant, car cette dernière dispose d’insultes spécifiques, et il faudra donc faire montre de finesse pour deviner quelle réponse pourra la déstabiliser, saisir le lien entre ses insultes suprêmes et celles que vous avez assimilé jusqu’alors, d’autant qu’utiliser ses insultes sur les chemins sombres de l’île ne vous sera d’aucun secours, les pirates vous répondant d’un ton boudeur et offusqué que c’est pas du jeu d’utiliser les insultes de la Reine du Sabre!  Que du bonheur ad absurdum! L’ensemble du jeu est à l’image de ce segment, que ce soit la façon dont vous gérez les autres épreuves, le magistral contenu du coffre au trésor, la première rencontre avec la gouvernante, la séquence de combat contre un yak au regard étrange, faite votre choix, l’ensemble ne déçoit jamais, le rythme est effréné, et les touches d’humour s’enchaînent sans jamais lasser. Allez, pour le plaisir, évoquons encore la façon dont vous retrouvez la fameuse Île aux Singes, à l’aide d’une recette étrange trouvée sur le bateau, et dont les ingrédients macabres s’avèrent absents, poussant le joueur à chercher des correspondances absurdes et dérisoires entre les objets obtenus en fouillant les recoins du bateau et les ingrédients listés, suivant une logique décalée, voire surréaliste. Surréaliste ? C’est à voir, en fait. La conclusion du second épisode offre une réponse que certains (dont moi) ont trouvé décevante, rationalisant cruellement la chose. Fort heureusement le troisième volet repart de plus belle dans les délires et le surnaturel. Les amateurs de la série connaissent déjà les secrets de l’île aux singes, et je ne tiens pas à jouer au spoileur pour les autres, le jeu étant à nouveau disponible sur bon nombre de supports. C’est une aventure à vivre, tout simplement.

9 réponses
  1. greyfox0957
    greyfox0957 dit :

    Merci pour ce petit bonheur de test, pour ce jeu qui m’a littéralement fasciné !

    Je l’ai découvert tardivement grâce au petit logiciel ScummVM qui permet de remettre la main sur ces titres mythiques (avant les rééditions iPhone et XBLA qui valent leur pesant d’or).

    Ce qui m’a sans doute le plus marqué, ce sont les dialogues d’une absurdité absolue, comme ce moment où on peut demander à quelqu’un « S’il te plait !!! » cinq ou six fois avant qu’il accepte ! Et cela sans aucune marque qu’il faut s’y reprendre à tant de fois. Surtout que nos vieux réflexes de gamer nous poussent à abandonner.

    Ce sont toutes ces petites choses qui donnent à Monkey Island sa saveur, d’autant plus que cet humour absurde me plait tout particulièrement.

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    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Merci Greyfox!
      C’est clair que le nombre de détails absurdes, hilarants et audacieux fourmillent dans ce petit chef d’oeuvre, et Ron Gilbert réussit effectivement à toucher les limites externes du Point’nClick à travers tous ces détails pleins de finesse.
      (ça fait un bout de temps que j’ai rechopé les deux sur le XBLA mais je n’ai refait que le premier, et de savoir qu’il me reste un épisode complet sous le coude, ça me met du baume au coeur (surtout que sur Amiga, le jeu tenait en 13 disquettes si mes souvenirs sont bons, et l’une d’elles ne fonctionnait pas, ce qui m’a empêché d’avancer bien loin dans l’aventure :'( ) )

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  2. Garr
    Garr dit :

    Moi je l’ai découvert sur le PSN dans sa très bonne réadaptation HD avec des graphismes cell shading de très bon aloi. Pour les puristes il y a même possibilité de switcher sur les graph old d’une simple pression de la touche select.

    Pas besoin de rajouter à quel point il est génial ^^

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    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      J’ai une grosse préférence pour la version old school, mais le coup du basculement immédiat en une touche, c’est juste génial, quand même! Et c’est vrai que la version est vraiment bien bossée, même un old school puriste comme moi ne peut que s’incliner ^^!

      (il va falloir que je MAJ toutes les versions sur lesquelles il est sorti, ça en fait un paquet, vache!!)

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  3. greyfox0957
    greyfox0957 dit :

    Personnellement je préfère aussi la version old school, et cela se résume à une seule véritable raison : l’air complètement niais de Guybrush sur cette version. Mélangé avec ses répliques complètement débiles, je trouve que ça rajoute immensément à l’humour.

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