Les possesseurs d’Amiga ou d’Atari ST, à force de consultation de la presse spécialisée de l’époque (ah, Tilt, Génération 4, MicroMania, Joystick Hebdo, vous continuez de nous manquer…) ou à grands coups de déceptions frontales, ont appris la méfiance quant certains noms de distributeurs apparaissaient sur les boites de jeu, à plus forte raison quand il s’agissait d’adaptations. Mais il y avait aussi les valeurs sûres, comme Cryo, Bitmap Brothers, Ubi Soft, pour ne citer qu’eux. Psygnosis, avec sa chouette stylisée en guise de logo, faisait partie de cette seconde catégorie. Mais si dès le départ cette compagnie avait su s’imposer comme gageure de qualité et assurer un certain standing, l’apparition dans les bacs d’une grosse boite contenant un T-shirt en cadeau et à la pochette énigmatique à la calligraphie évoquant plus un album de Yes qu’un jeu vidéo allait consacrer le studio en tant qu’acteur majeur de la scène vidéoludique, et accessoirement écrire un pan de l’histoire du jeu vidéo, bref, rien que de l’anecdotique… La Bête était massive et de sortie, faisant de l’ombre à tous ses contemporains, tous supports confondus. 

La Guerre des Clans

La fin des années 80 était une période dure pour les gamers, car la polyvalence n’était pas particulièrement de mise, et arrivait fatidiquement le jour du Choix, généralement concernant le second support vidéoludique de nos vies d’adolescents, qui allait déterminer le décours de votre parcours de joueur pour les années à venir, votre appartenance à un clan. Si aujourd’hui cette notion est un peu tombée en désuétude, à l’époque, le choix de cette onéreuse Seconde Machine, celle qui allait succéder à votre vieille console Atari ou votre Amstrad CPC s’avérait essentielle, solennelle, mûrement réfléchie, car rares étaient les foyers qui pouvaient se permettre l’achat de plusieurs supports vidéoludiques. A dire vrai, l’idée même semblait sacrilège, question pécunière mise à part. Donc si vous craquiez sur la NES, séduit par les moustaches de Mario, et que vous avez l’âme d’un ninja, tant pis, il ne vous restait que l’espoir que Nintendo sorte un Shinobi-like avant que les spasme de manque ne vous emportent. De même que si votre choix vous avait mené à Amiga, et que vous réalisiez trop tard que votre être tendait tout entier vers le maniement du pad, c’était trop tard, et sur les rives de la frustration se brisaient vos rêves de gamer en devenir. D’autant plus qu’à l’époque les vendeurs n’hésitaient pas à vous en vendre, du rêve, à coup de « mais tous les jeux sont adaptés sur ordinateur maintenant, et puis vous pouvez vous *prêter* les disquettes » avec un clin d’oeil complice et pousse-au-crime (dans ce cas, au piratage), en oubliant de préciser que les adaptations des dits-jeux oscillaient généralement entre le bon et le cataclysmique, car « adaptation » en ces temps-là signifiait nécessairement relecture, voire réécriture totale, et on se retrouvait généralement avec un jeu différent d’un support à l’autre réunis sous un même titre – ceux qui ont subi les outrages d’US Gold dans le domaine de l’adaptation du jeu d’arcade doivent réprimer en ce moment un frisson. Bref, il ne fallait pas se tromper, console ou ordinateur.
Mais ça ne s’arrêtait pas là, évidemment. La caste des PCistes de l’époque étant un peu à part, de par la complexité du maniement des machines en comparaison ; si l’on avait orienté nos choix vers la disquette, on en arrivait donc, pour entrer dans la cour des grands mais pas trop, à choisir entre deux géants : Atari 520 ST ou Amiga 500. Et c’était effectivement la guerre, les deux machines ayant des capacités analogues, au détail près que l’Amiga proposait de plus beaux graphismes,de plus beaux sons, l’Atari plus de souplesse en terme de programmation  – et continue de faire encore aujourd’hui le bonheur de ceux qui souhaitaient travailler le son en Midi, (qui devaient avant l’arrivée du STE oser jouer un peu du fer à souder et manier les barrettes de RAM). L’achat d’une de ses machines vous posait en tant qu’ennemi juré de la caste opposée, vous poussait à faire montre de mauvaise foi quant aux faiblesses de votre poulain, à dénigrer les performances de l’Adversaire. Pourtant, un temps durant, pas forcément de quoi fouetter un gnou en terme de clivage entre les deux bêtes, sinon dans les dégradés, les couleurs et les graphismes de l’Amiga s’affirmant dans ces quelques moments de gloire… Mais une Bête vint rompre le quasi-équilibre entre les deux machines, et faire de l’ombre à l’Atari ST…(comment ça, vous m’avez vu venir de loin ?!)

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