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Si l’adaptation de comics peut éventuellement se mettre à toutes les sauces, c’est bien sans surprise dans le jeu de baston qu’il s’avérera le plus à l’aise. Un an après l’adaptation colorée et multijoueurs de X-men par Konami, c’est au tour de Capcom de nous pondre un beat’em up échappé des pages de la Maison des Idées, en focalisant sur le personnage certainement le plus dark de l’univers Marvel, plus badass que Wolverine, plus bourru que Nick Fury, plus baraqué de Colossus (bon, ok, là, je mens), plus sexy que… euh, je m’égare un peu… Bref, The Punisher débarque dans les salles d’arcade en 1993, et il frappe fort. Et comme c’est la semaine spécial comics à LSR, profitons de ce test pour parler un peu de la série dans la foulée! Le test de Punisher, c’est tout de suite!

Tragédie éditorialofamiliale

Un homme est mort, un monstre est né...

Un homme est mort, un monstre est né…

Aujourd’hui, on est tous plus ou moins familier avec l’histoire de la genèse du Punisher qui, malgré un certain nombre de reboots, demeure en substance la même. Frank Castle, ancien du Vietnam, partage un déjeuner sur l’herbe sous le soleil avec sa petite famille. Pour une raison quelconque (probablement un besoin pressant), Frank abandonne ses proches quelques minutes. A son retour, il contemple incrédule les dépouilles inertes des membres de son heureuse famille, massacrés par des tueurs mafieux soucieux de ne laisser aucun témoin suite à une exécution sommaire. Mauvais endroit, mauvais moment, cruauté du destin, la mort de la famille Castle est injuste et gratuite. Et Frank craque. Arborant une tête de mort sur un costume noir, il décide de passer à l’action. Armé jusqu’aux dents, endurci par la douleur, poussé au bord de la folie par la rage, Frank meurt, disparaît pour laisser place au Punisher, paradoxe du monde Marvel. Oui, paradoxe, car dans le comics à cette époque, que ce soit chez Marvel ou chez DC, le fameux Comics Code fait loi et pousse les auteurs à l’autocensure et au contournement. De plus, la Loi des Publications pour la Jeunesse sévissant par chez nous rajoute une restriction supplémentaire. Les amateurs se souviendront des interruptions intempestives des Nouveaux Mutants dans Titans lorsque Bill Szienkewicz a débarqué au pinceau, son dessin sombre et torturé influençant le scénariste Chris Claremont et faisant glisser la série vers le malsain assumé, ou encore du triste destin de Daredevil qui, sous la plume de Franck Miller et le crayon de David Mazzuchelli, passait du statut de ringard fini peint en rouge qui tombait en catatonie dès qu’un méchant éternuait trop fort (oui, la super-ouïe est un pouvoir à la con!) à celui de héros torturé, profond, mais évoluant dans un monde trop sombre pour les pages d’une publication pour jeunesse telle que Strange. Amputation de pages, correction de dessin pour faire disparaître l’alcool, la drogue et les flingues, les séries matures ont souffert le martyre, dénaturées, voire carrément tuées dans l’oeuf, sans respect ni pour l’oeuvre ni pour le lecteur un tant soit peu exigeant.

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Couverture du premier épisode de la série principale The Punisher…

Vous comprenez certainement mieux le choix du terme paradoxe, car le Punisher est un héros qui, par définition, évolue dans un monde de violence et de perdition. Pire, le Punisher, de par son traumatisme et son passif dans l’armée, manie un arsenal à faire blêmir de jalousie John Matrix (spéciale dédicace pour Commando), et tire pour tuer. L’apparition d’un tel personnage est de fait étonnante, et le charisme et la popularité de Wolverine (ou Serval pour les intimes francophones quadragénaires) y est probablement pour quelque chose, mais comment, dans le contexte peu permissif et édulcoré du comics de l’époque, la chose est-elle gérée ? D’abord présenté en tant qu’antagoniste de Spiderman en 1974, puis ayant eu droit à des apparition sporadiques jusque dans les 80’s, et après une mini série en 1985 le faisant basculer du bon coté de la barrière couronnée de succès, syndrome bad boy oblige, il a droit à son propre mensuel en 1987, suivi de deux autres séries parallèles, Punisher War Journal en 1988, et Punisher War Zone quelques années plus tard. En France, on sent le potentiel bankable d’un antihéros aussi sulfureux, mais Semic ne prend pas de risque, et laisse la primeur à l’éditeur Comics USA, que les amateurs connaissent bien puisqu’il nous aura offert au fil des années dans des éditions cartonnées les plus belles aventures de Batman, de Souriez! d’Alan Moore à Vengeance Oblige de Franck Miller et Mazzuchelli, ainsi que l’intégrale de la descente aux enfers de Daredevil – les quatre volumes de Renaissance, par le même duo de choc -,entre nombreux autres récits bien bruts de décoffrage et s’adresse donc clairement plus aux lecteurs matures qu’aux enfants (et j’aurais aimé qu’on me prévienne avant que je n’achète le traumatisant Souriez!, suite à la sortie du Batman de Burton au cinéma, que j’avais déjà trouvé sombre du haut de mes 13 ans…). Avec des titres évocateurs comme Cercle de Sang (en trois volumes) ou le sombre Jeu d’Enfants, le ton est placé, et le Punisher se crée une place chez nous. Semic décide donc en 1990 de lancer la série en Version Intégrale, mais s’arrêtera au bout de six volumes, préférant lui consacrer plusieurs volumes isolés dans la collection Recit Complet Marvel ou Top BD plutôt que d’être contraint d’assurer la continuité d’une parution qui ne pouvait que s’avérer problématique.

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…et premier numéro de la série de 1992, un peu plus nerveuse !

Aux USA, tout coule tranquillement pour Franck Castle pendant quelques années qui continue à combattre le crime à coups de balles bien placées, aidé de Microship, son sidekick bedonnant expert en ordinateurs (…il s’appelle Microship, quoi…), jusqu’à ce qu’on se rende compte que le postulat de départs de la série ne peut pas tenir sur du long terme, la répétitivité inhérente au concept commençant à poindre rapidement. Après l’arrêt brutal des parutions en 1995, Marvel tente le relaunch et lui fait subir les pires humiliations, en le faisant rejoindre une famille mafieuse, un comble, et allant même jusqu’à le tuer, le ressusciter, et lui donner des armes angéliques, segment particulièrement grotesque où le Punisher touche le fond, qualitativement parlant. Fort heureusement, autour des années 2000, l’image du comics au sens large commence réellement à évoluer, on parle de plus en plus de « graphic novel » – histoire d’ajouter une dose de prestige à un pan de la culture populaire qui n’avait pas besoin de ce qualificatif pompeux pour prouver sa valeur – et la nouvelle vague des scénaristes européens découverts par DC via son label Vertigo débarque chez Marvel pour dépoussiérer et dynamiser un univers qui peinait à se renouveler. Parmi eux se trouve Garth Ennis, pour qui la violence et l’humour noir sont une seconde nature. Il donne un second souffle au Punisher qui ne fait plus joujou avec le Caïd, mais centre son action sur la famille de mafieux qui a tué sa famille, élargissant graduellement son champ d’action, poursuivi par le flic le plus loser de la planète. Ennis écrit les meilleurs épisodes de la série, les plus fous, les plus drôles aussi, irrévérencieux au possible – on reconnait bien là l’auteur de Preacher -, ne respectant rien (il faut voir les deux épisodes où le pauvre Wolverine se fait malmener – et castrer plusieurs fois – dans une enquête contre une mafia naine qui veut nanifier le monde, et qui veut recruter Wolfie parce qu’il est déjà à moitié nain…), il poussera la logique du Punisher jusqu’à son terme dans un bel album dessiné par Corben intitulé très justement The End, avant d’assurer un relaunch de la série sur le label Max, et donner dans le roman graphique noir, beaucoup plus sombre, mais qui peine à se renouveler. Mais focalisons nous sur l’année de sortie du jeu, 1993, moment où Punisher War Zone est encore sur la pente ascendante, et le héros est loin des turpitudes angélicodémoniaques sus mentionnées.

6 réponses
  1. Flbond
    Flbond dit :

    Eh ben dis donc, je reste sur le cul, sincèrement.

    Pour être honnête je ne connais pas du tout le Punisher (sauf un fil daubé), et la petite remise à niveau sur le personnage qui découle sur le jeu donne vraiment envie de faire le titre, et de lire les comics.

    Très bon boulot

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    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Pour être honnête, sans les analyse extrêmement complète du gameplay par StandingFierce sur senscritique (un grand malade shooté au jeu de baston^^), je n’aurais pas pu apprécier le titre à sa juste valeur et en explorer les subtilités.
      Et en grand fan de comics pour adultes et de beat’em up, je pouvais pas faire moins pour le Punisher^^!

      Je suis bien content que cette critique faite avec amour t’aie plu!

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    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Fais-toi plaisir, chef, tu le regretteras pas, überparole en jeu!

      C’est vrai qu’il s’est un peu fait éclipser par l’avalanche de titres des années 91-94 dans le domaine, et notamment par son successeur, Aliens VS Predator, une perle définitive du beat’em up façon Capcom!
      Ca, et surtout le fait qu’au final ce soit un jeu qui, bien que pouvant se jouer à 2, a visiblement été programmé pour jouer seul a certainement joué contre lui à une époque où Konami pousse le délire jusque parfois 6 joueurs!

      Reste que mon conseil final est : fais toi plaiz, chef!

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  2. StandingFierce
    StandingFierce dit :

    Merci à toi Toma Überwenig, c’est un très bel article qui met très bien en valeur ce jeu qui gagne à être connu si on aime les Beat’ et/ou les Comics. Je suis content d’avoir contribué inconsciemment à la rédaction de ton Test car il réussi là où je pêche dans ma communication (trop technique) et mon but est de faire connaitre les bons beat’ aux plus grand nombre, et il est sûr que ton article réussira cette tâche bien mieux que moi. Merci encore.^^

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