Capcom, une affaire du muscle

TESTpunishergunfightLe choix d’un beat’em up pour un titre comme le Punisher coule tout bonnement de source. Parmi les géants de l’arcade s’étant illustré dans le domaine, le candidat le plus probable pour une adaptation serait Konami. Si Irem compte à son actif – entre autres – le légendaire Undercover Cops et l’étonnamment violent Hook, tous deux sortis en 1992, et excelle dans les univers plutôt sombres, Konami a l’expérience des adaptations de comics. On leur doit l’excellent et difficile Teenage Mutant Hero Turtles (1989) ainsi que sa suite en 1991, tout deux arborant une esthétique comics parfaitement en place, et dont la qualité de l’animation et la richesse en font un diptyque qui n’a rien perdu de sa superbe et trône encore souvent aujourd’hui dans le top 10 des amateurs du genre. De plus, l’adaptation des X-Men en 1992 s’avérait particulièrement jouissive, dynamique, et encore une fois animée avec une souplesse exemplaire (et beaucoup plus facile, pour le bonheur des billes comme moi!). Malgré un gameplay plutôt pauvre en comparaison des ténors du genre, le fait qu’il soit jouable à quatre, comme TMHT, voire à six pour les bornes équipées lui permettait de tirer son épingle du jeu. Mais c’est finalement un autre géant qui va assurer l’adaptation du Punisher, Capcom. La boite a déjà écrit le chapitre principal de l’histoire du VS Fighting avec Street Fighter 2, mais n’est pas en reste question beat’em up puisqu’on lui doit l’irremplaçable Final Fight (1989), mais aussi Knights of the Round (1991) ou Captain Commando (1992). Affinant à chaque opus les codes du genre jusqu’à leur oeuvre-somme Aliens vs Predators en 1994, The Punisher propose le personnage le plus complet et le plus riche à manier dans un genre qu’on a trop souvent tendance à considérer comme se limitant à un gigotage de manette couplé à un bourrinage en règle de la touche de coup. Que son gameplay à deux boutons de vous trompe pas, le jeu hérite de toutes les évolutions du genre. Le fait que le jeu se joue solo – ou à deux, le second avatar, Nick Fury étant un clone du Punisher en terme de maniement – explique certainement la polyvalence extrême du personnage, là où la plupart des beat’em all jusqu’alors jouaient la carte de la complémentarité des aptitudes de chacun, ce qui fait du Punisher la bête de combat la plus aboutie du beat’em up. Carrément. J’exagère ? C’est ce qu’on va voir, petit, c’est ce qu’on va voir…

« C’est mon bras le plus faible »

Si même le chauffeur vous donne le feu vert, pourquoi se priver d'achever ce boss ?

Si même le chauffeur vous donne le feu vert, pourquoi se priver d’achever ce boss ?

Capcom réussit à retranscrire à la fois le climat de violence qui habite la série, mais aussi le coté comics, par le biais de détails qui ont leur importance, comme l’introduction narrant le drame de Frank Castle découpée en case de BD, ou encore les onomatopées apparaissant à l’écran pour illustrer les coups. Le Punisher est impressionnant, avec son regard d’acier cerné de rouge et sa musculature massive. L’impact des coups est appuyé par de courts ralentissements et des tremblements d’écran bien sentis qui donnent l’impression d’une force de frappe digne d’un Maurizio Merli de mauvais poil! L’univers sombre du comics est respecté, l’anti-héros baignant dans un monde de violence, de trafics en tout genre, et après avoir achevé le boss du premier niveau d’une balle dans la tête alors que celui-ci avait avoué et nous suppliait de l’épargner, on est rassuré quant à une éventuelle censure du propos… Reste que c’est bien beau de faire frapper comme un sourd le Punisher, de lui laisser sa cruauté intacte, mais celui-ci a un goût prononcé pour les armes à feu dans le comics, alors quid des armes dans le jeu ? Capcom a géré ça avec intelligence en intercalant régulièrement et sans casser la continuité de l’action des séquences où le Punisher dégaine d’office et shoote en visée semi-automatique. Dès qu’un ennemi entre dans son champ de vision, il suffira au joueur de bourriner le bouton de frappe pour que le vigilante vide son chargeur sur le pauvre mafieux! La gestion de ces scènes est finement menée, on passe avec souplesse d’un ennemi à un autre, le petit tir intermédiaire de dos lorsqu’on se retourne faisant partie des détails qui font plaisir et qui nous font nous sentir bichonnés par les créateurs, et les choppes restent disponible dès que quelqu’un a le malheur de se trouver à portée de poings. En dehors de ces séquences plutôt jouissives, le Punisher aura rarement les mains vides : lances, sabres, haches, battes de baseball, couteaux, dynamites, tuyaux, flingues, boomerangs (!), lance-flammes, sans compter les barils et autres caisses, voire même des pavasses! L’arsenal est impressionnant, varié, et là encore, chaque arme a une physique bien à elle, s’abîmant rapidement, mais tout aussi rapidement remplacée par une autre. Cependant, la vrai puissance du Punisher s’expérimente à mains nues. Et on peut dire que Capcom a fait vraiment fort sur ce coup là.

TESTPunisherchopAutant de richesse dans un gameplay à deux boutons, ça ne s’est tout bonnement jamais vu. On sent bien que Capcom effleure le sommet en terme de maniabilité et d’ergonomie avec The Punisher. Concrètement, le Punisher frappe fort, vite et bien en s’acharnant sur le bouton de coup, qui lance un enchaînement souple pouvant se conclure soit par une frappe appuyée qui accompagne l’adversaire, soit par un coup de pied retourné sur place, suivant vos besoin en situation, le tout s’enchaînant avec une souplesse (oui, souplesse est le maître-mot de ce test) exemplaire. On a le kit de base Capcom, niveau boutons : coup sur un bouton, saut sur l’autre, et coup spécial si l’on appuie simultanément… Sauf que ça va plus loin que ça, on le verra plus bas. Le dash, cette petite course introduite très récemment dans le genre, a été revue et corrigée. Ici, le Punisher peut faire une roulade rapide mettant deux coup de joystick vers l’avant, pouvant se conclure par un coup de pied ravageur permettant de faire le ménage lorsque la mêlée devient trop compacte, ou simplement d’atteindre un ennemi à distance ; jusque là, rien de révolutionnaire… Mais le Punisher peut non seulement gérer la durée du dash, mais en plus modifier sa trajectoire une fois lancé! Ca a l’air d’un détail, mais les vrais savent à quel point ce détail change radicalement la donne. Sans compter qu’il maîtrise aussi le pas chassé, préfigurant directement les maniements propres au VS fighting 3D. Là encore, au coeur de l’action, l’évolution est radicale, et change complètement la relation du joueur à l’espace de combat.

TESTPunisherkingpin2Le coup spécial aussi s’est retrouvé boosté. Point récurrent dans les beat’em up de Capcom, on peut se sortir d’une situation trop périlleuse en appuyant sur les deux boutons à la fois, ce qui déclenche un coup spécial qui consomme de l’énergie. C’est bien le cas ici… Mais le joueur attentif (bon, ok, le joueur ayant simplement une vue à peu près correcte) aura repéré un stock de grenades dans le coin de l’écran. Pour les lancer, il suffira de sauter et de claquer le fameux coup spécial en l’air, provoquant un confortable dégât de zone. La choppe a elle aussi été réévaluée pour aller dans le sens de la richesse et du plaisir. Comme dans les classique du genre, on peut soit concasser l’ennemi au sol, toujours avec ces effet de ralenti et de tremblement d’écran donc Capcom a le secret, soit le balancer à travers l’écran. Le petit plus vient du fait qu’on peut activer le coup spécial en pleine chope! Vous tournoierez alors sur vous même en utilisant l’adversaire en guise d’arme contondante, pour ensuite le lancer avec violence à travers l’écran. Mais ce n’est pas tout, la choppe a une variante sautée! Vous pouvez vous prendre pour Haggard et vous accorder un petit marteau-pilon jouissif, ou simplement projeter l’ennemi au sol. Petite gâterie supplémentaire : si lorsque vous jouez du marteau-pilon, vous attendez d’être au plus haut de votre saut avant de déclencher l’attaque, non seulement celle-ci sera plus meurtrière, infligera un petit dégat de zone, et en plus vous gratifiera d’un cri de rage burné. Si vous ajoutez à ça un wall jump vous permettant de rebondir sur les – rares – murs latéraux, vous avez littéralement un monstre de richesse inégalé en terme de maniabilité. Et ce ne sera pas du luxe, car les boss sont particulièrement récalcitrants. Avant de pouvoir affronter le gigantesque Kingpin (aka le Caïd dans la langue de Corbier), vous passerez par une panoplie de boss bien massifs, souvent biomécaniques, d’un Iron Man géant à un homme-tronc montée sur chenilles, le tout accompagné de sortes de T800 mal finis et aux bras extensibles et meurtriers ; pas à dire, si la violence du comics est respectée, on retrouve le coté barré propre aux beat’em up pur crû (à moins que cela ne préfigure les dérives à venir de la série en mal d’attention…) ! Mais bon, au final… Non, tiens, je garde mon « au final » pour ma conclusion, pour garder un peu de suspense (si, si, si ça se trouve, il est pas bien ce jeu…).

A retenir

Le Punisher est une machine de guerre, rapide, puissant, efficace au dernier degré. Dès les premiers coups donnés, le rythme survolté s’impose, le sentiment de puissance s’empare du joueur, qui sent bien qu’il est face à une pépite particulièrement soignée. Petit bémol quant à la bande son, qui se contente du minimum syndical, avec cependant quelques bruitages tonitruants bien sentis. Le jeu ne lasse pas une seconde, et pave la voie vers l’aboutissement en terme de beat’em up, Aliens vs Predator, qui sortira l’année suivante, fort de toutes les bonnes idées mises à plat ici, mais cette fois-ci avec quatre personnages ayant chacun des caractéristiques spécifiques. Car s’il devait manquer quelque chose dans The Punisher, ce serait un second joueur qui tranche avec le premier, on sent que le jeu a été pensé pour une aventure solo à la base. Le fait qu’à deux joueur, aucun équilibrage de la difficulté ou du nombre d’ennemis à l’écran n’ait été effectué me conforte dans cette idée. Reste qu’on ne peut que s’incliner devant ce condensé de noirceur, de puissance, et de finesse de gameplay, confirmant la maestria de Capcom dès qu’il s’agit de donner des coups. Un des meilleurs beat’em up sur arcade, qui pourtant n’a pas marqué les esprits autant qu’il le méritait, éclipsé par son magistral successeur. Peu importe, désormais, nous savons ce qu’il en est, et sa présence sur MAME permet de revivre les aventures du Punisher à l’envi, faute d’avoir la PCB arcade chez soi.

 

Informations sur le jeu

Plateformes : Arcade (CPS-1) – Megadrive

Genres : Beat’em up

Développeurs : Capcom

Éditeur : Capcom

Date de sortie : Avril 1993

excellent

toma überwenig

6 réponses
  1. Flbond
    Flbond dit :

    Eh ben dis donc, je reste sur le cul, sincèrement.

    Pour être honnête je ne connais pas du tout le Punisher (sauf un fil daubé), et la petite remise à niveau sur le personnage qui découle sur le jeu donne vraiment envie de faire le titre, et de lire les comics.

    Très bon boulot

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    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Pour être honnête, sans les analyse extrêmement complète du gameplay par StandingFierce sur senscritique (un grand malade shooté au jeu de baston^^), je n’aurais pas pu apprécier le titre à sa juste valeur et en explorer les subtilités.
      Et en grand fan de comics pour adultes et de beat’em up, je pouvais pas faire moins pour le Punisher^^!

      Je suis bien content que cette critique faite avec amour t’aie plu!

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    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Fais-toi plaisir, chef, tu le regretteras pas, überparole en jeu!

      C’est vrai qu’il s’est un peu fait éclipser par l’avalanche de titres des années 91-94 dans le domaine, et notamment par son successeur, Aliens VS Predator, une perle définitive du beat’em up façon Capcom!
      Ca, et surtout le fait qu’au final ce soit un jeu qui, bien que pouvant se jouer à 2, a visiblement été programmé pour jouer seul a certainement joué contre lui à une époque où Konami pousse le délire jusque parfois 6 joueurs!

      Reste que mon conseil final est : fais toi plaiz, chef!

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  2. StandingFierce
    StandingFierce dit :

    Merci à toi Toma Überwenig, c’est un très bel article qui met très bien en valeur ce jeu qui gagne à être connu si on aime les Beat’ et/ou les Comics. Je suis content d’avoir contribué inconsciemment à la rédaction de ton Test car il réussi là où je pêche dans ma communication (trop technique) et mon but est de faire connaitre les bons beat’ aux plus grand nombre, et il est sûr que ton article réussira cette tâche bien mieux que moi. Merci encore.^^

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