Un univers provoc’

La croix gammée est partout et sous différente formes, ici à l’entrée des quartiers des officiers.

Voilà qu’on touche enfin à ce qui m’a fait vibrer dans ce jeu, l’univers, l’atmosphère, l’ambiance qui y règnent ont vraiment quelque chose de spécial, et une chose est certaine, cela n’a laissé personne indifférent. Seules les oreilles aguerries l’auront remarqué mais la douce musique au goût prononcé de MIDI qui fanfaronne au lancement du jeu n’est autre que l’hymne nazi ! Il fallait franchement le faire d’autant plus que la chanson, autant pour ses paroles que pour sa mélodie est strictement interdite en Allemagne notamment. J’ai eu du mal à en avoir le cœur net mais après un passage sur le net, il s’agit bien de l’hymne nazi si bien que l’éditeur Apogee a dû le retirer pour la commercialisation du jeu chez nos amis germains. Si ce n’était que cela on pourrait dire qu’il n’y avait là qu’un petit clin d’œil, mais id software a voulu aller loin pour rendre son jeu immersif et afin qu’il n’y ait aucune équivoque, a simplement décidé de tapisser les murs de croix gammées, de drapeaux nazi, de portraits d’Hitler dans diverses poses assez expressive et on peut saluer le travail de pixel art qui rend la chose parfaitement claire ! Ce sont tout autant de symboles qui ont été retirés pour la vente en Allemagne ainsi que sur la version Super Nintendo, normes de l’éditeur oblige (une version que par ailleurs je vous conseille de fuir comme la peste). Les petits gars d’id software sont même allés encore plus loin puisque dix ans avant Inglorious Basterds du grand Tarantino ils s’autorisaient un petit écart à l’histoire en nous offrant le divin cadeau de mettre nous-mêmes un terme à la vie du führer en personne.

Ce genre d’ennemis clairement loufoques et qui forment la garde rapprochée d’Hitler sont inspirés de l’ésotérisme nazi.

Alors, si le scénario n’est pas très développé en surface, les missions se résumant à traverser les niveaux pour aller tuer tel ou tel dignitaire, scientifique fou ou officier, c’est en grattant un peu qu’on se rend compte que les idées qui ont fait ce jeu ne sont pas sorties du cerveau d’un fou mais bien des rumeurs et autres suppositions qui sont faites autour d’un ésotérisme nazi, sorte de croyances liées à la supposées divinité de la race aryenne et au caractère messianique du führer. Plusieurs éléments dans le jeu viennent prouver que cette source d’inspiration a bien été au cœur de certaines idées comme le docteur fou qui essaye de réveiller les morts, les vitraux en forme d’Adolf Hitler et les sectateurs habillés comme des sorciers avec la moustache de leur grand maître qui semblent possédés. Evidemment on peut passer à travers le jeu sans avoir cela à l’esprit et le vivre très bien, seulement il est toujours plaisant qu’un jeu vous mène à des réflexions qui le dépassent, et c’est le cas de Wolfenstein 3D. Le petit add-on sorti quelque temps après Wolfenstein 3D appelé Spear of Destiny (la Lance du destin) fait directement référence à la lance avec laquelle on a blessé Jésus Christ et qui selon de nombreuses théories du complot aurait eu un rôle à jouer dans la seconde guerre mondiale, les ésotéristes nazis y auraient vu une lance qui donnerait la victoire systématique à qui la possède. Cette dernière partie est historiquement complètement invalidée mais contribue à créer une atmosphère dont se sont largement servi les concepteurs du jeu.

A retenir

Si on devait résumer ce jeu en un mot, je crois fermement que ce serait l’audace. Une audace que l’on retrouve autant dans la technologie élaborée que dans l’univers qu’il nous est offert de visiter. A une époque où toutes les grosses productions se ressemblent, on ne peut que se réjouir de ce jeu qui bouleversait résolument les codes établis. Le FPS est aujourd’hui une énorme tendance mais comme toutes les modes, il a d’abord été fondé par une transgression, et à la sortie de Wolfenstein 3D, la transgression était à tous les niveaux. Si vous n’avez eu l’occasion d’arpenter les couloirs du château de Wolfenstein, il est temps de prendre les armes et de défourailler du nazi dans tous les sens ! Et cela d’autant plus que id software à sorti une version gratuite sur navigateur des trois premiers épisodes.

Informations sur le jeu

Plateformes : MS DOS (je vous déconseille vivement toute autre version)

Genre : FPS

Développeurs : id Software

Editeur : Apogee

Date de sortie : Mai 1992

Mythique

greyfox0957

7 réponses
  1. Delnics
    Delnics dit :

    Le grand mérite de ce jeu reste tout de même d’avoir quasiment « inventé » un genre à lui tout seul. Et quand on voit ce qu’est devenu le FPS depuis, on se dit qu’ils avaient visé juste.

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  2. Totof
    Totof dit :

    Mon cher greyfox, je souhaite te féliciter pour cet excellent article. Bien écrit, bien analysé, bien documenté, très instructif. Je dis juste bravo.

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  3. greyfox0957
    greyfox0957 dit :

    Un grand merci Totof, venant de toi c’est un véritable honneur !

    J’aimerai ajouter un peu d’actualité à cet article. Une émission va commencer sur Radiotimes qui retrace la vie de ces hommes de l’histoire qui étaient passionnés par les trésors du passé, la première émission est programmée pour ce samedi et concerne l’obsession d’Hitler pour la fameuse lance du destin, Spear of Destiny, objet central de la suite de Wolfenstein 3D qui porte le même nom. Apparemment elle apportera quelques éléments nouveaux sur cette histoire qui reste un gros mythe.

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  4. Bugsy
    Bugsy dit :

    Fantastique test!
    J’ai commencé par Spear of Destiny, avant de me procurer un peu plus tard les six épisodes de Wolfenstein 3D. Ce jeu m’a définitivement marqué à l’époque. Prenant, sympathique (les animations du visage de William sont mortelles), dérangeant, innovant! Parfois assez rebutant car certains niveaux sont plutôt longs et durs, je pense quand même que c’est un trésor vidéo-ludique à posséder (et tu fais bien d’ajouter: sous DOS)! 🙂
    Merci!

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