THE PUNISHER : Capcom sort l’artillerie lourde

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Aujourd’hui, le beat them up est un genre en berne. Il y a certes bien quelques tentatives ça et là de rndre à ce genre tout à la fois technique, défoulant et bien souvent assez hardcore les honneurs qu’il mérite ; parfois ça marche comme avec les excellents Dragon’s  Crown et Fight’n Rage, parfois ça foire plus que lamentablement avec le merdique Double Dragon IV (par merdique, comprenez que ce jeu est une merde, oui, une merde je le dis et répète, car en plus d’être criminellement mauvais, il insulte tous les vieux briscards du genre, moi y compris et ça c’est impardonnable !). Mais il fut un temps où ce type de jeu avait sa popularité, et une popularité si grande que les ténors de l’arcade s’y adonnaient avec un brio  digne de tous les éloges. Capcom qui a été à l’origine de bien des trésors du jeu de cogne en un contre un ou en un contre mille  nous propose en 1993 un The Punisher de toute beauté, et rend par là un hommage à ce sinistre personnage, véritable archange de la vengeance, là où LJN (comprenez : Les Jeux Nazes) et Krome Studios l’avaient auparavant traîné dans la bouse sur NES et Game Boy.

Le Punisher ne prend jamais le temps de recharger…

Le personnage parfait pour un beat’em up

Franck Castle, capitaine des Marines, est un père de famille comblé qui sert l’Oncle Sam avec dévouement. Hélas, sa famille a vu ce qu’elle n’aurait pas dû voir alors qu’elle pique-niquait tranquillement dans les allées de Central park.  Bruno Costa, infâme cador de la pègre, décida dès lors d’éliminer tous les témoins et seul le père en réchappa. De ce jour, Franck Castle est devenu The Punisher, vengeur sans peur et sans scrupules, dont toute la vie sera dédiée à faire trembler les infâmes. L’introduction du jeu d’ailleurs montre l’atroce massacre de la famille Castle et jamais, je dis bien jamais ouverture d’une beat’em up ne fut plus tragique. Il est loin le temps de Haggar recevant un coup de fil, ici, on voit une mère de famille ainsi que ses deux jeunes enfants tomber sous les balles d’armes automatiques avec en filigrane la naissance du Punisher, qui succède à Franck Castle que plus jamais l’on ne verra sourire.

Il sait pas ce qu’il va se prendre, ce tas de ferraille !

Cette introduction réellement poignante  retire tout scrupule au joueur qui s’embarquera dans une mission vengeresse où tous les coups sont permis. The Punisher est certes le principal protagoniste (il sera accompagné du soldat d’élite et véritable machine à tuer Nick Fury), mais il n’est pas un héros. Le jeu de capcom vous fait incarner un tueur authentique, pour qui peut importe la classification des infractions : si vous avez commis un acte répréhensible, vous êtes sur sa liste noire. Pour le première fois, Capcom vous alloue le contrôle d’un anti-héros dans un de ses beat’em up (OK, on pouvait déjà incarner M.Bison/Vega , mais faut-il rappeler que Street Fighter II n’est pas un beat’em up ?). Et c’est tant mieux car, si l’ennemi n’est pas en reste, vous disposez d’une panoplie de coups héritée de Final Fight, mais aussi et surtout de tout un arsenal meurtrier du meilleur effet. Soyez prévenus : The Punisher, c’est vraiment de la violence en barre. À un degré encore jamais atteint dans le genre.

Le Punisher ne fait pas dans la dentelle ! Vous la sentez, la douleur ?

À la guerre comme à la guerre

Six niveaux de castagne et autres séquences de massacre vous attendent. Le Punisher va d’abord régler ses comptes avec le sinistre Costa, puis faire avorter un deal majeur de drogue, intercepter un gang puis devoir lutter contre le caid de la pègre, l’ignoble Kingpin, qui lassé de cet empêcheur de truander en rond, a mis un contrat sur sa tête. Bref, oubliez toute notion de diplomatie et préparez-vous à livrer bataille.

The Punisher est avant tout une merveille de retranscription. Les décors, les ennemis ainsi que la mise en scène sont dignes des plus grands comics et surtout présentent une esthétique inégalée. Les ennemis, bien évidemment assez répétitifs comme dans tous les beat’em up, sont pourtant tous typés à outrance, de la petite frappe au gangster en costard en passant par le hitman muni d’une sulfateuse, ce qui limite  beaucoup l’impression de redondance qui aujourd’hui est la principale (et assez irrecevable je trouve) critique formulée à l’encontre du genre beat’em up tout entier. Les plus pointus reconnaîtront les boss, tous issus de l’univers Marvel et apprécieront les habiles rapprochements faits entre des personnages opportunément casés dans la trame de The Punisher, ce qui offre au titre une cohérence indiscutable.

Pas de billet ? Alors dégage, rascal !

Si le héros -pardon, l’anti-héros- peut frapper, projeter, et utiliser des items, il est en mesure d’affronter des adversaires démesurés et ce jeu donne réellement dans une surenchère de violence particulièrement appréciable et qui apporte une variété bienvenue à une genre donc réputé pour son côté convenu. Certes, on pouvait déjà tirer au flingue sur les ennemis dans Cadillac & Dinosaurs, mais ici, l’inventaire est autrement plus développé ! Armes tranchantes, perforantes et contondantes se bousculent au portillon (haches, couteaux de commando, lances, shuriken, sabres, massues, marteaux, tonneaux…la liste est longue) mais surtout tout un éventail d’armes à feu qui permettront le combat à distance, une véritable innovation dans le monde des jeux de baston de rue ! M-16, pistolets automatiques, et bien sur le classique Beretta que le Punisher dégainera automatiquement à l’approche d’ennemis armés sont autant de réjouissances assassines que vous n’aurez aucun remords à utiliser dès que l’heure de faire parler la poudre sonnera. Ces armes revêtent un aspect stratégique car cogner sans réfléchir ne vous mènera pas plus loin que le début du niveau deux dans The Punisher : face à certains boss, il sera recommandé de laisser au moins un ennemi armé à l’écran afin de conserver son flingue sorti et d’ainsi larder le boss plus aisément par exemple. Chaque arme a ses caractéristiques de puissance et d’efficacité, comme la hache qui immobilisera l’adversaire ou les shuriken qui le maintiendra à distance… Et pour les situations désespérées, vous pourrez lancer des grenades qui, à la manière d’une smart bomb dans un shoot them up, immobilisera et blessera tous les ennemis dans son périmètre d’action. Cette dernière arme, à stocker en nombre limité, vous octroie une sécurité assez nouvelle dans les beat’em all, et participera tout autant à votre stratégie guerrière.

Le boss final, un gros lard qui va regretter d’avoir défié le Punisher…à moins que ce ne soit vous qui regrettiez de l’avoir défié.

Comics, jeu vidéo et plaisir ludique

Comme pour dédramatiser un jeu ultra-violent, les coups (de poing, de pied ou de feu !) s’accompagnent d’onomatopées du plus bel effet ainsi que d’une pointe d’humour parfaitement intégré à l’action ultra soutenue de l’ensemble (au niveau deux, de jolies captives vous rendront de votre énergie perdue avec un gros poutou, tout comme le début du niveau trois vous permettra d’exploser les caisses rutilantes de ces messieurs du milieu pour n’en laisser plus qu’une carcasse et un cadavre carbonisé de chauffeur), sans oublier l’expression faciale volontairement outrancière des héros, de certains ennemis qui, comble de l’inconvenance, n’hésiteront pas à rire de votre mort ou de votre mauvaise posture. Le jeu, certes difficile de prime abord, est en réalité parfaitement équilibré et plus qu’aucun autre jeu du genre reposera finalement autant sur la maitrise physique de votre personnage que sur l’ensemble des techniques que vous élaborerez à grand renfort de lames, battes et autres fusils d’assaut ; seuls l’apothéotique Dungeons & Dragons Shadow over Mystara dépassera The Punisher sur ce point avec ses innombrables tactiques d’attaques liées aux caractéristiques des héros. Ce qu’il faut retenir de The Punisher se résume ainsi : un authentique sommet du genre, fruit d’une jouabilité sans faille et extrêmement variée et d’une ambiance au poil qui vous fera vous sentir le justicier le plus cruel de l’univers Marvel, et qui illustre ce côté sombre que nous avons tous en nous… mais que Franck Castle a décidé d’assumer jusqu’à en faire le sens de sa vie. Un combat sans fin, une bataille impossible à gagner ? Sans doute, mais en attendant, Capcom signe là un bijou de beat’em all, un titre particulièrement jouissif qui peut sans le moindre doute prétendre au titre de ténor du genre, témoin d’une époque où le jeu vidéo n’avait pas peur de figurer des excès toujours plus assumés dans le but de complaire aux joueurs avides de sensations fortes, et sans pour autant tomber dans le piège infâme du jeu partisan et pourri d’ idéologie militariste ou nationaliste. The Punisher est même l’aboutissement du genre beat’em all urbain et aujourd’hui encore illustre les grandes heures de l’arcade selon Capcom.

Informations sur le jeu

Plateformes : Arcade/Megadrive

Genre : Beat Them Up bien violent qui charcute sa race cousin

Développeurs : Capcom

Éditeur : Capcom

Date de sortie : 1993 (1995 sur Megadrive)

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A propos de l'auteur

Photo du profil de Yace

Joueur qui balance entre deux âges, plutôt des neiges d'antan que de la dernière averse. Révolté permanent, contestataire patenté, il n'y a que les jeux vidéo et la grammaire française dont j'accepte de suivre à peu près les règles, dans l'ivresse des pixels et des mots.

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