Sdatcher 0Sdatcher, lire « SUDAtcha », est un petit ovni apparu il y a maintenant deux ans au Japon. Gros bijou de fan service et oeuvre para-vidéoludique intéressante, Sdatcher n’a jamais officiellement quitté son pays d’origine même si des traductions amateurs nous permettent d’en profiter en anglais et français. Vous vous-demandez sûrement ce qui se cache derrière cet acronyme étrange et plutôt difficile à lire la première fois qu’on le rencontre ! Sdatcher n’est pas un jeu, il s’agit d’un radio drama en japonais imaginé par Suda51 avec Hideo Kojima fondé sur le jeu sorti sur MSX en 1988, Snatcher. Le petit jeu de mot purement japonais qui constitue son nom est le suivant : en japonais, Snatcher se lit Sunatcha et si on remplace le « N » par un « D », cela devient Sudatcha comme Suda51 mélangé à Snatcher. Distribué gratuitement en podcast puis vendu sous la forme d’un petit CD audio, Sdatcher n’a pas marqué la foule, notamment en occident où la licence n’est connue que des acharnés de l’œuvre de Kojima ; mais si je parle aujourd’hui de cette étrangeté dans une réflexion, ce n’est pas tant pour faire connaître une curiosité sympathique que pour comprendre en quoi c’est dans ce genre d’initiative que réside un point très intéressant de l’avenir du jeu vidéo, à savoir sa capacité à produire un univers d’œuvres de nature différente et toutes de qualité (livres, films, jeux, etc). Au fond, Sdatcher pose une question à l’essence même du jeu vidéo, ce que l’on peut en attendre dans dix ans mais aussi à son histoire et donc au retrogaming. Regarder dans le passé pour mieux interpréter l’avenir, c’est aussi ça notre boulot au Serpent Retrogamer.

Genèse d’un projet surprenant

Sdatcher 5

Allez viens… On va faire des trucs de japonais !

En 2010, Hideo Kojima poste sur twitter une étrange photo d’un diner sur laquelle apparaissent deux personnalités importantes du jeu japonais : Suda51 et Chiyomaru Shikura en même temps qu’il tease l’étrange « Projet S ». On ne présente plus Suda51, créateur déjanté ayant accouché de titres tous plus délirants les uns que les autres dont beaucoup ont déjà été testés par Toma dans nos colonnes au point qu’il lui consacre une réflexion entière. Killer is Dead, testé par Toma, son dernier jeu en date a une fois de plus démontré le talent de son papa à nous embarquer dans des ambiances absurdes et virevoltantes malgré une technique par toujours irréprochable. Ce repas d’affaire restera sans suite, notamment sur l’implication de Shikura, mais le rapprochement entre Suda51 et Kojima a bel et bien eu lieu. Les rumeurs vont bon train sur cette association d’esprit géniaux quand un nouveau tweet assassin du maître, décortiqué par ses fans, laisse apparaître le concept art d’un personnage en imperméable marron ressemblant fortement à Gilian Seed, héro du jeu Snatcher, surmonté d’un logo semblable au jeu de 1988 mais dont le « N » a été remplacé par un « D » : Sdatcher. S’en suit une réaction classique et attendue certainement, les fans imaginent déjà que Kojima a confié à Suda51 la réalisation d’une suite à son jeu d’aventure science fiction. Les quelques curieux amateurs du travail de Kojima se frottent déjà les mains lorsque la révélation officielle vient se heurter à l’incompréhension générale, Sdatcher sera un drama audio, préquel au jeu, réservé au Japon et diffusé lors de la 300ème Hideradio (podcast japonais lié au travail de Kojima).

Fondé sur Snatcher, superbe jeu MSX jamais sorti du Japon, Sdatcher partait franchement bien au niveau de son univers.

Fondé sur Snatcher, superbe jeu MSX jamais sorti du Japon, Sdatcher partait franchement bien au niveau de son univers.

Si le contenu étonne, le casting est tout de même assez impressionnant puisque Suda51 est crédité au script, Shuyo Murata (indispensable sur Metal Gear Solid) à la réalisation, Akira Yamaoka à la musique, et Akio Otsuka, inamovible voix japonaise de Snake et Big Boss, doit jouer le personnage principal. L’aventure raconte comment Jean Jacques Gibson (en français dans le texte), respectable détective privé, doit découvrir la menace des Snatchers, ces robots qui tuent puis prennent l’apparence des humains dans une imitation qui va jusqu’au sang de leurs victimes ; une découverte qui mènera ensuite à la création de J.U.N.K.E.R., l’agence spécialisée dans la destruction des Snatchers dans laquelle sera recruté Gilian, le héro du jeu. Or en faisant office de préquel au jeu en lui même, Sdatcher se présente avant tout comme la vision personnelle de Suda51 sur l’univers développé par Kojima, et non une œuvre respectant précisément sa chronologie et ses codes tels qu’ils ont été énoncés en 1988. Satoshi Yoshioka se voit confier la réalisation de quelques concepts arts pour soutenir l’intrigue avec des images évocatrices. Sdatcher était donc né, une histoire cyberpunk en sept actes d’environ dix minutes chacun, aventure étonnamment prenante et traduite par des fans, les mêmes qui sont à l’origine de la traduction de Snatcher sur MSX.

4 réponses
  1. Le serpent
    Le serpent dit :

    L’intemporalité d’une oeuvre est le symbole de sa marque sur une époque.
    Je regarde toujours avec plaisir le premier Robocop.
    Je lis toujours, et découvre parfois les écris de Maupassant
    Je joue encore à Grandia grâce à un système de combat ingénieux.

    Si pour chaque oeuvre ayant marqué leur temps, on pouvait avoir droit à un prolongement à la Sdatcher, je signe tout de suite !

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    • Toma Überwenig
      Toma Überwenig dit :

      Entièrement d’accord avec toi Chef!!
      (et Robocop, le seul, le vrai, quelle claque!)
      Le principe même d’une oeuvre vidéoludique, c’est ce paradoxe entre témoignage d’un moment précis de la Playhistoire et atemporalité majestueuse.

      Beau billet, mon cher Greyfox, que je redécouvre avec plaisir!

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