Les faits remontent à 1993, au 13 mai 1993 plus précisément.

Ce jour-là, la France entière a le souffle coupé : un homme cagoulé, armé et équipé d’explosifs s’est introduit dans une classe de l’école maternelle Commandant Charcot à Neuilly. L’affaire devient en un instant le point de mire qui concentre toute l’attention des Français et peu après d’une part de la presse internationale.

Il se joue dans cette classe un véritable drame dont le qualifier d’anxiogène serait encore en deçà de la vérité. Vingt-et-un bambins ainsi que leur maîtresse sont donc suspendus à l’incertitude et tant autour de l’école évacuée que dans les foyers, l’angoisse s’installe et les regards sont braqués vers l’espace confiné où se trouvent les acteurs de cette affaire.

Une prise d’otages dans une école maternelle. Du jamais vu! L’ampleur et l’émotion submergent les consciences et durant un peu moins de quarante-huit heures, l’auteur de la prise d’otages fera l’actualité en consentant à des libérations au compte-gouttes, aussitôt relayées par la presse sur place. Le dénouement interviendra au petit matin du samedi 15 mai 1993, où les six derniers enfants sont délivrés sains et saufs, tandis que le preneur d’otages a finalement été abattu.

Certes, on ne peut que se féliciter de la fin de cette affaire qui n’aura pas été éclaboussée du sang des enfants otages ni d’aucun autre intervenant, de l’institutrice aux divers négociateurs et médecins. Mais une fois l’angoisse retombée, arriveront d’autres éléments plus polémiques, essentiellement concentrées sur la personne du malfaiteur abattu. Ces aspects ne seront guère plus explicités ici, cependant une personne aura décidé de mener un travail d’investigation parallèle à celui de la justice.

Ce spirituel personnage est un journaliste, grand reporter au Figaro et se nomme Thierry Oberlé.

Dans l’air du temps…

Il ne sera aucunement question ici d’une attaque ad hominem ; après tout comment reprocher à un journaliste exerçant régulièrement sa profession de se saisir d’un article en relation avec un événement aussi sensationnel et dont on pouvait alors se réjouir de l’issue, infiniment moins dramatique qu’on le redoutait ? Certes, un homme avait perdu la vie et les controverses quant aux circonstances de la mort de l’individu étaient en train de prendre une forme officielle. L’homme se nommait Erick Schmitt et sa famille, désireuse de connaître la réalité des faits, venait en ce mois de juillet 1993 de déposer une plainte pour homicide. Le dossier aboutira en avril 1995 à une ordonnance de non-lieu. La mort d’Erick Schmitt est reconnue comme étant de son seul fait, les autorités ayant agi en état de légitime défense. Ainsi se clôt cet extraordinaire fait divers, en ces années 90 qui n’auraient jamais imaginé qu’un peu plus de vingt ans après, d’autres faits macabres frapperaient désormais dans des rédactions, des cafés et salles de concert.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais c’était sans compter sur le subtil esprit de rapprochement du sieur Oberlé qui, s’il n’a éprouvé aucun scrupule en ces lendemains d’affaire, aura je le souhaite la constance d’esprit de concevoir que certains aient réagi à son propos. Dès juillet 1993 jusqu’à aujourd’hui, en février 2016.

Les références qui suivront proviennent d’un magazine mensuel de l’époque, Super Power, dans son numéro spécial été de 1993. Ce magazine est librement consultable et téléchargeable sur le site anbandonware-magazines, un site dont je profite du moment pour louer son concept, idéal pour les nostalgiques de tout poil. Je les remercie donc et reproduis ici quelques coupures traitant de l’affaire afin de prouver qu’il ne s’agit aucunement d’une affabulation. Voici d’ailleurs le lien renvoyant à la page en question : lien vers la page.

Je tiens à préciser que ce sujet avait déjà été traité par le site Canard PC sous l’impulsion de Shane Fenton qui avait retracé cet épisode dans un article dédié aux absurdités qui ont émaillé la considération du jeu vidéo en France, article dont l’auteur avait eu la gentillesse de me remercier suite à mon (bien maigre) concours. Vous pourrez retrouver cet article à cette adresse.

Ainsi, et alors que la tragédie se jouait encore, cet éminent publiciste nommé Thierry Oberlé avait donc fait le lien entre la folie qui mène un homme à commettre l’inconcevable et ce mystérieux goût de l’amusement qui pousse d’autres hommes, femmes et enfants à allumer une console de jeux ou un micro-ordinateur. Les explications fournies par le sagace publiciste susmentionné laissent rêveur, mais ne s’inscrivaient finalement que dans un cadre très déterminé, celui de la charge contre ce nouveau média qu’était le jeu vidéo en ces années 90 débutantes.

Ce qu'il faut pas lire...

Ce qu’il faut pas lire…Notez le « Megamania » qui montre la connaissance du rédacteur.

Je passerai outre la mention faite aux jeux de rôles, par l’ambiguïté même du terme «  jeux de rôles » : ces derniers se déclinant certes en jeux vidéo mais également en jeux de plateau, je ne m’attacherai qu’à l’attaque contre le jeu vidéo stricto sensu. Rappelons néanmoins et à toutes fins utiles que le jeu de rôle a déjà été dans le collimateur d’analystes plus ou moins auto-proclamés, comme vecteur d’ignominie, notamment lors de la sordide affaire de la profanation du cimetière juif de la ville de Carpentras dans le Vaucluse en mai 1990, trois années avant la prise d’otages de Neuilly.

En 1993, le jeu vidéo concentrait sur lui bien des invectives et autres marques de défiance : deux « débats » avaient défrayé la chronique, le premier relatif à la violence véhiculée et insufflée aux joueurs par ces programmes, qui finalement n’était qu’une discussion récurrente au sujet de toute forme de création artistique, des représentations de scènes sacrificielles dans les civilisations aztèques à Orange Mécanique de Stanley Kubrick en passant par la littérature de Sade ou de Lautréamont. Le second concernait le fameux épisode de la relation entre jeu vidéo et crises d’épilepsie. Ces deux questionnements ont abouti respectivement à un système de classification ainsi qu’à l’apposition de mises en gardes médicales.

Monsieur Oberlé avait sans doute du en ces moments confondre presse d’investigation et presse à sensation. Ainsi déclarer que l’entreprise insensée d’Erick Schmitt se bâtissait sur un schéma comparable à celui d’un jeu vidéo -Super Mario Bros 2 en l’occurrence et dont une majorité de joueur aura sans doute très nettement épinglé la « violence «  et ce en une heure tragique ne constituait qu’une évidente preuve de ridicule.

Quelle finesse dans l'analyse. A quand un Nobel du rapprochement à la con ?

Quelle finesse dans l’analyse. A quand un Nobel du rapprochement à la con ?

Le ridicule ne tue pas…

Alors que l’on ignorait encore tout de la personnalité du preneur d’otages, poser ainsi des certitudes uniquement fruit d’un raisonnement aussi tiré par les cheveux que réellement saugrenu ne prouve qu’une attitude motivée par la recherche du sensationnel. Ce qui est remarquable pour un travail qui se veut investigateur et publié dans les colonnes d’un grand quotidien d’information, allègrement teinté d’une nette tendance conservatrice. Cette dernière précision sera, je m’en doute bien, diversement appréciée par les lecteurs, qui sont évidemment et naturellement libres de l’interpréter à leur convenance.

Amis rolistes, vous êtes des malfaiteurs en puissance. Non, non, c'est M.O. qui dit ça !

Amis rolistes, vous êtes des malfaiteurs en puissance. Non, non, c’est M.O. qui dit ça !

L’abject de la situation n’est donc pas d’avoir voulu à nouveau remettre la controverse inhérente à l’appréciation du jeu vidéo. Après tout, telle n’est pas là une des missions du journaliste d’opinion et d’investigation que de faire réagir ? Mais ainsi lier un acte innocent et purement ludique à l’inimaginable à l’époque est une injure colossale faite à ceux qui préfèrent le paddle à l’arme et à la ceinture d’explosifs.

De tous temps des plumes se sont élevées contre le jeu vidéo : récemment Claire Gallois et Nicolas Sarkozy auront pris la parole en ce sens. Un sujet qui ne mange pas de pain et sera toujours utile à faire parler de soi, que ce soit dans le cas de ces deux individus ou du mien ! Ce qui restera le plus frappant dans l’affaire de Neuilly telle que présentée par monsieur Oberlé sera cette assimilation si grossière et absurde d’un joueur de Super Mario Bros 2 qui passerait ainsi sans état d’âme aucun de sa NES à l’atelier d’artificier avec comme but d’aller prendre des êtres sans défense comme otages et ainsi secouer la classe médiatique et injecter la peur et l’angoisse en l’esprit de chaque être sensible.

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Monsieur Oberlé, je ne vous juge pas. Je suis partisan d’une presse totalement et inconditionnellement libre, ce qui semble plus que jamais à la fois évident et risqué en notre époque désormais privée des dessins de Cabu, Charb, Tignous, Honoré et Wolinski, ainsi que des articles de ceux qui sont tombés à leurs côtés à la rédaction de Charlie Hebdo.

Mais alors pourquoi revenir sur cet épisode précis, qui ne constitue qu’un papier parmi tant d’autres signés de vos bons offices ? Sans doute pour souligner qu’il faut à mon sens la plus colossale et absurde accusation portée contre le jeu vidéo et les joueurs. Colossale par son absurde et absurde par son colossal. Et aussi pour tenter d’extraire de ma mémoire – assez longue pour le meilleur et le moins bon – cette triste sensation qui veut qu’à chaque fois que je me lance une partie de Super Mario bros 2 – dont vous ignorez sans doute qu’il s’agit d’un jeu à l’histoire plus que mouvementée entre le Japon, les Etats-Unis et l’Europe – votre sens du rapprochement si saugrenu. Si bassement saugrenu. Un peu comme un chirurgien viderait un kyste datant de 1993.

Je devais ceci à ma conscience. Car aujourd’hui je joue encore à Super Mario Bros 2. Et à présent je suis également géniteur et je me sens très concerné par la scolarité de ma progéniture qui joue aussi à Super Mario bros 2. Et je suis investi dans la vie scolaire de ma fille qui est…en maternelle. Une maternelle dans laquelle je n’ai nulle intention de procéder à une prise d’otages.

Cela vous étonne ? Si oui, je ne puis rien pour vous si ce n’est vous plaindre. Si non, c’est que vous avez fini par vous rendre compte de l’insultante ineptie de vos propos de 1993. Mieux vaut tard…

Yace

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