La vision actuelle de nos jeux rétro

VIRGINIA, les marges du jeu vidéo

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Une dérive onirique à la première personne, des bandes noires en haut et en bas de l’écran ainsi qu’un générique évoquant très explicitement le cinéma, des choix de narration tranchés à renfort d’ellipses, de non-dit -dans tous les sens du terme-, Virginia, avec son excellente direction artistique servie par une musique magistrale et ses partis-pris radicaux, impose dès les premières minutes une vision audacieuse et singulière du jeu vidéo, sur fond d’enquête sur une disparition inexpliquée… Avec ses choix tranchés et ses prestigieuses inspirations revendiquées –Twin Peaks, True Detective, Fargo, rien que ça!-, Virginia est-il à la hauteur des ambitions de ses auteurs ? C’est ce que nous allons voir ensemble. Welcome to Kingdom, Virginia.

Cinéma et jeu vidéo : frères ennemis

Le monde du cinéma et du jeu vidéo, ne serait-ce que de par leur relation à l’image en mouvement projeté sur un écran, entretiennent depuis longtemps des relations intimes, s’influençant mutuellement de façon plus ou moins explicite, et souvent niée par la ciné-sphère principalement en raison de sa propension à dénigrer le medium vidéoludique, tout en le pillant allègrement. Mais le jeu vidéo s’en fout, à la rigueur. Art particulièrement jeune, il évolue rapidement, apprend, s’enrichit, essaie, se trompe, réussit…etc. L’immersion dans une narration représente à la fois l’un des axes possibles de l’évolution du jeu vidéo -mais loin d’être le seul, vous vous en doutez si vous avez ne serait-ce que touché une borne arcade, joué à un shmup ou un jeu de plateforme (qui tous trois privilégient l’immersion par le gameplay)- et un point de rencontre entre une certaine vision du jeu vidéo et un pan du cinéma, un combat commun donnant naissance à un genre à part du vidéoludique, dont David Cage serait le chantre -et l’arbre qui cache la forêt-, considérant le film interactif comme aboutissement de sa vision artistique.

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Pourtant, si David Cage est celui qui cause le plus fort, cet amour du cinéma, cette réappropriation de ses codes ne date pourtant pas de Quantic Dreams. Les racines sont autrement plus profondes, David Cage a simplement la chance de pouvoir créer à une époque où les outils à sa disposition lui offrent des moyens adaptés à ses ambitions, mais n’oublions pas l’audace d’un Silent Hill, qui dès son introduction ose jouer d’angles de caméra débullés, de positionnements et mouvements de caméra faisant écho aux travelings les plus audacieux du cinéma afin de servir son propos, tout ça en 1999 sur Playstation première du nom, exemple parmi nombreux autres qui jalonnent la Playhistoire depuis ses balbutiements -et je vous renvoie sans vergogne à mon article sur les relations entre cinéma de genre et jeu vidéo, pour ceux que le sujet intéresse-.

Virginia fait partie de ces œuvres qui décident de s’approprier le langage cinématographique, le connaissent, l’aiment, et le mettent au service de l’immersion d’une part, de la narration d’autre part. Car Virginia a des choses à raconter, mais choisit de le faire de façon atypique : en effet, alors que le jeu rend hommage au support cinématographique, le jeu est dénué de dialogues. Tout est exprimé avec finesse et efficacité par la force évocatrice des situations, par les jeux de regards, la position des corps, les objets ramassés, les rêves…et bien entendu, l’ambiance sonore, compensant l’absence de dialogue par l’installation d’un climat sonore qui résonne émotionnellement avec son OST somptueuse enregistrée par l’orchestre philharmonique de Prague au studio Mecky, détail intéressant dans la mesure où celui-ci a aussi travaillé avec David Lynch sur les OST de Lost Highway et Mulholland Dr.

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Virginia jamais ne tentera de nous faire oublier son admiration pour le medium cinématographique ou les séries télés qui, à la façon de Twin Peaks dont l’amour transparaît en filigrane tout au long de l’aventure, au détour d’un Diner’s ou d’une séquence de rêve, dansent sur les rivages du surnaturel et construisent leur intrigue par suggestion, préfèrent le mystère à l’explication démystifiée. Et Virginia fera du non-dit et du langage cinématographique son mode opératoire, un choix audacieux et ferme, tranché, qui positionne le jeu de Variable State hors de notre zone de confort en tant que joueur. Oserons-nous nous aventurer dans ces rivages étranges ? Doit-on le faire ? Patiente un peu cher lecteur, les réponses arrivent…

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A propos de l'auteur

Photo du profil de Toma Überwenig

Aimer jouer et être bon aux jeux ne vont pas forcément de concert, j'en suis la preuve (à peu près) vivante. Vaguement musicien, je joue dans Scorpion Violente, le groupe qui souille le dance floor, fait hurler les gnous, et sent le stupre, la luxure et les pratiques que la morale réprouve.

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