Alors que l’on attend impatiemment – enfin, un peu moins depuis qu’on a pu admirer le charadesign en carton du jeu, mais impatiemment quand même – l’incursion de la série en HD avec Xenoblade Chronicles X, Nintendo, histoire de convaincre les réfractaires à la New 3DS, balance du lourd avec un remake 3D du mythique Xenoblade Chronicles premier du nom, qui avait su, à l’échelle d’une génération, s’imposer comme tout simplement le meilleur J-RPG, à la fois somme de l’histoire du genre et point de rupture au delà duquel seuls les fantasmes règnent. Car oui, Xenoblade Chronicles, c’est rien moins que ça. Et comme nous sommes des gens de goût à LSR, nous allons profiter de l’occasion pour nous remémorer pourquoi ce jeu a su s’imposer sans rougir dans un monde où régnait pourtant déjà la HD, pourquoi lorsqu’un roliste voit le préfixe « Xeno », il commence à trembler d’excitation.

Au commencement était XenoGears…

Oui, pour causer correctement de Xenoblade, il faut remonter à l’ère de la Playstation, pas encore One, puisque seule PS sur le marché. Le marché européen s’est pris frontalement la déferlante FF VII qui s’est imposé comme le modèle ultime du J-RPG de sa génération, tant en terme de réalisation qu’en terme de pur gigantisme. Pourtant, le moins que l’on puisse dire, c’est que la console ne sera pas chiche en matériau de légende et mythe fondateurs, entre le premier  épisode de la série des Tales of, Tales of Eternia, qui pose les bases et les ambitions de la mythique série avec son système de combat dynamique, sa réalisation soignée et sa durée de vie joufflue, le dramatique Valkyrie Profile, poème de beauté et d’audace, la grande saga des Suikoden dont le second volet s’est imposé dans le coeur des joueurs comme le pinacle de la série,  entre autres Persona, SaGa Frontier, Star Ocean, autant de titres et séries qui se sont avéré déterminants pour le genre et continuent pour certains d’imposer leur majesté face aux productions plus récentes. Et en plein milieu de cet âge d’or du genre prolongeant l’essors du J-RPG sur les consoles 16 bits, une perle qui allait marquer la Playhistoire semblait bien décidée à ne pas rendre visite à la France, le désormais mythique Xenogears de Monolith Software. Fort heureusement, à cette époque bénie, il suffisait d’acheter un bitoniau à brancher derrière sa console et de s’armer d’un ressort pour profiter des titres dont les aléas de la localisation nous auraient privé. Mais encore fallait-il être renseigné comme il faut.

Epicness, drame, Meccas, kabale, Nietzsche, la recette de Takahashi

Epicness, drame, Meccas, kabale, Nietzsche : le RPG façon Tetsuya Takahashi!

C’est ainsi que j’ai failli passer à coté de XenoGears. Tout simplement, comme ça, bêtement. Je venais de terminer, un peu après la bataille, comme à mon habitude, FF VII, et hurlait mon amour pour ce jeu à qui voulait bien l’entendre. Une rencontre fortuite, un sourire narquois un rien pédant et un prêt d’une pile de CDs gravés plus tard – oui, le bitoniau ne servait pas qu’à la lecture des jeux étrangers… -, je me retrouvais sans le savoir avec un jeu qui allait tout bonnement me concasser sous le poids de son génie. J’avais XenoGears dans les mains. L’anglais ne me dérangeant pas, je suis rentré comme dans une motte de beurre tiède dans un scénario particulièrement velu, qui tutoyait les cimes du gigantesque Evangelion, osait une part de noirceur qui ne m’était pas familière dans le domaine des jeux vidéo, n’hésitait pas à puiser dans la philosophie moderne et dans les référence mystique, notamment à la Kabale, pour imposer un discours complexe et profond, sans faux col, et maniait le suspense avec un brio sans pareil. Ajoutez à ça un système de combat qui débordait de dynamisme et réussissait déjà à s’extirper des contraintes du tour à tour via un système de combos parfaitement gérés, un réalisation qui dansait entre le rétro et le moderne, des Meccas au design juste magnifique – que je place personnellement comme précurseurs directs des perles de Kojima dans Zone of the Enders et tant pis si t’es pas d’accord, lecteur! – et vous aviez une des gemmes de la génération 32 bits, posant un territoire qui n’appartenait qu’à elle.

Alors vous imaginez que finir sur, sinon un cliffhanger à proprement parler, au moins une fin ouverte, et NE PAS AVOIR DE SUITE DIRECTE, ça faisait bien mal aux fesses! Il aura fallu attendre la génération suivante pour retrouver la série avec une nouvelle trilogie qui a divisé les amoureux de XenoGears. Des titres tirés de la bibliographie de Nietzsche, avec la densité scénaristique que ça peut impliquer, un rythme particulièrement bavard, un système de combat très velu, et des cinématiques certes de très bonne facture, mais nuisant au rythme général, autant d’éléments qui furent à la fois les raisons du succès du jeu auprès de ses défenseurs que des arguments pour descendre le jeu en flèche pour les autres. Les trois jeux présenteront les mêmes problèmes et les mêmes qualités, mais le monde gamer est unanime : la suite de XenoGears n’arrive pas à détroner son ainé. Et mentionnons quand même l’édition française, qui non seulement décide de ne sortir que l’épisode du milieu, offrant avec le jeu en guise de bonus la compilation des cinématiques du premier épisode! Cohérence commerciale et respect du joueur, merci bien!

L’arrivée du Saint Sauveur

Les espaces gigantesques de Xenoblade Chronicles sur Wii réussissent à faire oublier que ce n'est "que" sur Wii...

Les espaces gigantesques de Xenoblade Chronicles sur Wii réussissent à faire oublier que ce n’est « que » sur Wii…

Autant dire que lorsque Monolith Software annonce un nouveau Xeno sur Wii, toutes les craintes mais aussi tous les espoirs étaient permis. Le choix de sortir sur Wii, la seule console du marché à être complètement à la ramasse techniquement, Nintendo ayant une fois de plus privilégié l’ergonomie et le gameplay en sacrifiant la technique pure avec sa console, repoussant d’une génération le passage à la HD, avait aussi de quoi inquiéter, surtout lorsque des mots comme « open world » ont commencé à surfer sur la toile. Les premières images des personnages n’étaient pas spécialement sexy, les trogne coincées entre un caradesign complètement en place et des textures moisie qui leur causaient du tort. Fort heureusement, la beauté des décors, avec une profondeur d’affichage dantesque réussit à compenser cette faiblesse niveau trogne et fait de Xenoblade Chronicles un des plus beaux jeux de la console, comme ça, d’office, direct! Ce qui ne dissipe qu’une partie des craintes liées au titre, car un autre problème pouvait survenir pour nous autres petits européens : malgré son évidente excellence, le jeu allait-il tout simplement sortir chez nous ? Non parce qu’on nous avait déjà fait le coup avec XenoGears, puis avec XenoSaga et sa sortie toute moisie en commençant par l’épisode du milieu, donc pourquoi ne pas continuer le massacre avec le petit dernier de la famille, hein ?! Les mois passent, la boule dans le ventre fait place à une tristesse résignée, lentement mais sûrement. Et au bout d’un an, alors qu’on n’y croyait plus vraiment, le Saint Sauveur débarque, tout en epicness et en majesté!

Il faut dire que la première scène se déroulant sous nos yeux est un duel à l’échelle cosmique entre les deux Meccas géants Primordiaux, les Colosses-Monde Ki-shin et Kiyou-shin – renommés Bionis et Mekkonis par chez nous -, pris dans un duel éternel à l’épée à coups d’attaques lourdes, pesantes, et se soldant par ultime échange de coups massif et brutal les plongeant dans un sommeil sans fin, connectés par le fil de leurs épées divines. Ca se pose tout de suite là, niveau degré de puissance du titre, impose directement son sens du gigantisme, et laisse entrevoir le fait que, fort du succès mitigé de la trilogie précédente, Tetsuya Takahashi semble avoir appris la simplicité, sans pour autant renoncer à ses obsessions habituelles. Que du bon, donc. Lorsque l’on enchaîne avec un prologue vous jetant directement au milieu d’une bataille entre les créatures mécaniques provenant de Mekkonis, le Colosse Noir, sur lequel la vie biomécanique s’est développée sous formes de meccas – tiens, c’est marrant, ça commence presque pareil, Mecca et Mekkonis, le hasard, sûrement… – aux formes variées et à l’instinct de conquête chevillé à l’écrou, et les humains ayant proliféré avec les autres créatures strictement organiques sur Bionis – et vu le nom, on aurait presque pu deviner, en fait -, le Colosse Blanc, que vous remarquez avec horreur que les armes conventionnelles des humains n’entament pas ne serait-ce que la peinture des meccas, et que vous incarnez, le temps de cette introduction dynamique un héros bien burné capable de manier la Monade, épée Mystique unique et accessoirement la seule à pouvoir déboulonner de la machine hostile, le frisson est là, le plaisir bat son plein et l’on comprend vite que Xenoblade Chronicles tiendra ses promesses.

xenoblade3

3 réponses
  1. Le serpent
    Le serpent dit :

    Merci mon bon Toma.

    Ce jeu là, il me fait de l’oeil depuis un moment, depuis sa sortie sur Wii en fait. Mais j’en ai peur. Peur de ne pas m’en sortir, peur d’y passer trop de temps, peur que ce soit un J-RPG trop « ado et jap' ».

    Répondre

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